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Malgré l’élection de Thein Sein, qui est devenu, le 4 février 2011, le 8ème président de la République de la Birmanie et le premier président d’un gouvernement civil depuis presque cinquante ans, les autorités birmanes continuent de censurer et de réprimer les voix dissidentes et les médias privés. Toutefois, elles semblent mettre en place une politique d’ouverture. En octobre 2011, le gouvernement a ainsi décrété une ″amnistie générale″ pour plusieurs dizaines de prisonniers politiques, dont celles du blogueur et comédien Zarganar, des journalistes Sein Win Maung, directeur du Myanmar Nation, et de trois journalistes de la DVB.
Lors des élections générales du 7 novembre 2010, le gouvernement avait donné des signaux contradictoires, le scrutin ayant été marqué par de la censure, des arrestations et des entraves, mais les journaux ayant pu néanmoins donner la parole aux différents candidats en campagne. Les récentes libérations et la levée partielle de la censure laissent planer l’incertitude quant aux réelles intentions des autorités.
Annoncée en mai 2011, la levée de l’obligation de transmettre avant publication au Bureau de la censure les articles non politiques, sur les loisirs et le sport par exemple, a constitué une mesure cosmétique et à double tranchant. Touchant 60% des publications, elle a incité la presse à plus de précaution dans ses articles et à l’autocensure, par crainte des représailles.
Il apparaît incertain que la censure préalable touchant la majorité des 150 publications privées soit levée dans un futur proche. Effectué par la Division d’enregistrement et de vérification de la presse, toujours dirigée par un officier de la junte, ce mécanisme de vérification avant publication, quasi unique au monde, continue d’empêcher toute indépendance éditoriale.
Dans ce contexte, les médias en exil continuent de jouer un rôle crucial pour informer la population, les chaînes de télévision, les radios et les quotidiens en Birmanie étant directement contrôlés par le gouvernement ou les militaires. En moyenne, un magazine privé se voit amputé du tiers de son contenu.
La campagne "Free Burma VJ" lancée par la Democratic Voice of Burma (DVB) en mai 2011 et soutenue par Reporters sans frontières, rappelle les risques extrêmes encourus par les reporters clandestins qui envoient leurs informations à la DVB et aux autres médias birmans en exil. Quatorze vidéos journalistes de la DVB demeurent emprisonnées. Depuis 2010, deux journalistes de plus ont été arrêtés : Sithu Zeya, âgé de 21 ans, et son père, U Zeya, ont été condamnés à dix-huit et treize ans de prison ferme pour avoir voulu lever, en partie, le voile sur la situation du pays et sur des événements majeurs, tel que l’attaque à la grenade à Rangoon, en avril 2010. Toutefois, les médias internationaux en langue birmane (BBC, RFA, VOA et DVB), qui n’ont jamais été autorisés à travailler librement dans le pays ne sont désormais plus soumis au blocage de leurs sites Internet. Les attaques dont ils faisaient régulièrement l’objet dans la presse gouvernementale ont par ailleurs cessées.
Quant aux journalistes étrangers, ils obtiennent rarement des autorisations de reportage et sont contraints de travailler avec des visas touristiques, avec tous les risques que cela comporte pour leurs fixeurs et ceux qui acceptent de témoigner.
Malgré l’amorce d’une politique d’ouverture, la liberté de la presse et la liberté de l’information sur Internet sont toujours bafouées. Même si, selon certains propriétaires de cybercafés, elles seraient peu appliquées, les directives du ministère des Postes et Télécommunications de mai 2011, sont toujours en vigueur. Elles prévoient, en plus de la conservation des données personnelles des clients, de leur historique de navigation et leur mise à disposition des autorités, d’interdire l’utilisation de disques durs externes, clés USBs et CDs dans les cybercafés, tout comme l’utilisation des services de téléphonie sur Internet (VoIP) pour appeler l’étranger.
Alors que le président Thein Sein a déclaré qu’il respectait "le rôle des médias en tant que quatrième pouvoir", les récentes condamnations de blogueurs à de lourdes peines et les descentes de police dans les cybercafés illustrent l’inflexibilité du régime. En tout état de cause, les évolutions récentes que connaît le pays ne peuvent garantir que des réformes profondes, nécessaires à une plus grande liberté d’expression dans le pays, seront mises en œuvre. Les semaines et les mois à venir en diront davantage sur les intentions du gouvernement.
Mise à jour : novembre 2011
Birmanie - 7 mars 2013
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