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Fiche Pays - Bahreïn

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Mise à jour le 7/03/2014

Au cours des deux années qui ont suivi le début du soulèment populaire au Bahreïn, les autorités du royaume ont réprimé les manifestations qui demandaient la mise en oeuvre de réformes politiques, n’hésitant pas à prendre pour cible les acteurs de l’information couvrant ce mouvement de protestation et sa répression par les forces de sécurité. Les autorités bahreïnies continuent d’entraver le travail des professionnels des médias, n’hésitant pas à interpeller, détenir ou poursuivre les acteurs de l’information malgré les engagements internationaux qu’elles ont pris devant le Conseil des droits de l’homme en 2012. Sept acteurs de l’information sont toujours incarcérés au Bahreïn à ce jour.

Neuf acteurs de l’information sont actuellement détenus

Hassan Ma’atooq, arrêté en 2011, a été condamné par la Cour de sûreté nationale à trois ans de prison ferme pour avoir publié des photos de blessés au cours des journées de soulèvements en février 2011.

Le 4 septembre 2012, Abduljalil Al-Singace, blogueur et directeur du bureau des droits de l’homme du mouvement Al-Haq, a vu sa condamnation à la prison à perpétuité confirmée par la haute cour d’appel. Il fait partie des 13 activistes et leaders de l’opposition reconnus coupables d’avoir " formé et dirigé un groupe terroriste visant à changer la Constitution et le régime monarchique (...) par la force", "d’avoir été en contact avec un groupe terroriste à l’étranger, qui agit dans l’intérêt d’un pays étranger en procédant à des actes hostiles au royaume de Bahreïn" et d’avoir procédé à une "collecte de fonds pour ce groupe".

Ahmed Humaidan, photographe de renom arrêté le 29 décembre 2012, est officiellement poursuivi pour avoir attaqué le commissariat de police de Sitra le 8 avril 2012, alors qu’il n’était pas sur les lieux ce jour-là. Depuis son ouverture, le 12 février 2013, son procès piétine et les audiences sont sans cesse reportées par le parquet qui peine à faire comparaître les témoins. La prochaine audience est fixée au 19 décembre. En vain, l’avocat du photographe a demandé à plusieurs reprises l’ouverture d’une enquête indépendante sur les déclarations de tortures de son client, et exhorté les autorités pénitentiaires à autoriser un médecin à examiner l’état de santé d’Ahmed Humaidan.

Hussain Hubail, arrêté en juillet 2013, a été inculpé le 21 août pour “administration de comptes (électroniques) appelant au renversement du régime”, “promotion et incitation à la haine contre le régime”, “incitation à la désobéissance des lois” et “appel à des rassemblements illégaux”. Il est également poursuivi pour “contribution au compte Twitter du réseau des médias du 14 Février. D’après les témoignages recueillis, Hussain Hubail aurait fait l’objet de mauvais traitements, voire de torture. Le 28 novembre dernier, le juge a décidé de reporter l’audience au 22 décembre 2013.

Jassim Al-Nuaimi, blogueur, arrêté le 31 juillet 2013 à son domicile par des agents des forces de sécurité masqués en civil, est accusé, entre autres, d’avoir utilisé les médias sociaux pour inciter à la haine contre le régime et appeler à des rassemblements illégaux. Il a été particulièrement actif pendant le soulèvement, notamment sur le site 14Feb media. Après quelques jours passés dans les mains de la Direction générale des investigations criminelles (CID), il a été transféré le 3 août à la prison de Dry Dock, avant d’être de nouveau retransféré au CID, et d’être présenté devant le procureur où il aurait été contraint de signer des aveux forcés. D’après les témoignages recueillis, Jassim Al-Nuaimi aurait fait l’objet de mauvais traitements, voire de torture.

Qassim Zain Al-Deen, cameraman freelance, a été interpellé à son domicile le 2 août 2013, à la veille des manifestations de Tamarod. Il se trouve depuis lors au centre de détention de Dry Dock. En décembre, il a a été condamné à trois mois de prison pour “participation à un rassemblement illégal”. Le 15 janvier 2014, il a été condamné à six mois de prison à nouveau pour “participation à un rassemblement illégal”, ainsi que pour “vandalisme”. Il est également poursuivi pour vandalisme à l’intérieur de la prison. Le verdict sera rendu le 16 mars prochain.

Abdullah Salman Al-Jerdabi, photographe arrêté le 13 septembre 2013, a été condamné, le 22 janvier 2014 à six mois de prison ferme pour “rassemblement illégal” et “abus d’utilisation des réseaux sociaux”.

Le photographe Sayed Salman Al-Mossawi a été arrêté à son domicile le 10 février 2014. D’après les informations recueillies par RSF il aurait été victime de mauvais traitements lors de sa détention au département d’investigation criminelle. Il est, à ce jour, détenu à la prison de Dry Dock. On ignore toujours les charges retenues contre lui.

Par ailleurs, Sayed Baqer Al-Kamel, photographe freelance travaillant notamment pour l’agence Demotix, a été arrêté par les forces de sécurité bahreïnies à un checkpoint près du village d’Al-Qadaam le 6 mars 2014, à l’aube. Selon le témoignage de son père. Il est fort probable qu’il soit détenu au Département d’Investigation Criminelle.

Bien que libérés, certains acteurs de l’information continuent d’être la cible de poursuites. Le blogueur Mohamed Hassan, incarcéré le 31 juillet 2013, a été relâché après avoir passé plusieurs semaines en détention. Toutefois, les charges qui pèsent contre lui à savoir “administration de comptes (électroniques) appelant au renversement du régime”, “promotion et incitation à la haine contre le régime”, “incitation à la désobéissance des lois” et “appel à des rassemblements illégaux” n’ont pas été abandonnées.

Plus récemment, Ahmed Al-Fardan, photojournaliste de renom, a été détenu de manière arbitraire du 26 décembre 2013 au 9 janvier dernier. Bien que remis en liberté, il fait toujours l’objet de poursuites judiciaires pour “tentative de participation à un rassemblement illégal”.

Meurtres, tortures, mauvais traitements et impunité

Plusieurs de ces acteurs de l’information ont affirmé avoir été victimes de mauvais traitements lors de leur détention. Des enquêtes indépendantes doivent être ouvertes sur ces allégations. Or, les procédures menées jusqu’à présent sont pour le moins partiales et se soldent par des non-lieux, des acquittements ou des peines de prison dérisoire. Ceci constitue un déni de justice pour les journalistes, à l’instar de la correspondante de France 24 et Monte-Carlo doualiya, Nazeeha Saeed. La policière accusée de l’avoir torturée lors de sa détention en 2011 a été acquittée par une cour d’appel le 23 juin 2013.

L’impunité règne. Ainsi, aucune enquête indépendante n’a été mise en place par les autorités suite à la mort, le 31 mars 2012, d’Ahmed Ismail Hussain. Ce jeune cameraman de 22 ans a été mortellement touché par balle alors qu’il couvrait une manifestation pacifique dans le village de Salmabad (sud-ouest de la capitale). Scénario identique après le décès en détention, en avril 2011, de Karim Fakhrawi, co-fondateur d’Al-Wasat (seul journal d’opposition) : les deux policiers accusés de l’avoir torturé à mort ont vu leur peine de prison réduite de sept à trois ans en appel le 27 octobre 2013.

Le 9 avril 2011 déjà, le net-citoyen Zakariya Rashid Hassan était mort en détention sept jours après son arrestation pour “incitation à la haine”, “publication de fausses nouvelles”, “promotion du sectarisme”, et “appel au renversement du régime sur des forums en ligne”. Il administrait le forum Al-Dair, fermé depuis, donnant des informations sur son village natal, Al-Dair. Le ministère de l’Intérieur a évoqué une drépanocytose (ou anémie à cellules falciformes) à l’origine de son décès. Explication rejetée par la famille du défunt. L’indulgence des autorités bahreïnies vis à vis des responsables de telles exactions va à l’encontre des engagements internationaux du Bahreïn.

Un contrôle sur l’information

De surcroît, les autorités entendent contrôler les médias. Dans un pays où la plupart des quotidiens (six publications sur sept) sont aux mains de proches de la famille royale ou du gouvernement, l’indépendance et la garantie d’impartialité des médias (donc la liberté de l’information) sont pour le moins compromises.

Par ailleurs, l’Autorité des Affaires de l’Information (IAA), créée par la loi de la presse de 2002, a été utilisée pour restreindre la liberté de la presse au cours des évènements de 2011. Elle est, par exemple, à l’origine de la fermeture pendant plusieurs mois du journal Al-Wasat et des poursuites judiciaires à l’encontre de son rédacteur en chef et co-fondateur Mansoor Al-Jamri. Elle dispose de larges prérogatives, en particulier du pouvoir de censurer ou empêcher la distribution de publications locales, de fermer des journaux par le biais de procédures judiciaires, de bloquer des sites Internet. L’attribution de telles prérogatives à une institution étatique constitue une grave menace pour la liberté de l’information.

Enfin, la nouvelle loi sur la presse promise par le gouvernement depuis 2012 et dont l’actuelle ministre de l’Information Sameera Rajab est l’architecte, se veut plus progressiste. Cependant, elle n’a, à l’heure actuelle, toujours pas été votée et l’on ignore encore les dispositions qu’elle comporte.

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