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Bahreïn

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Le code des publications – décret-loi n°47 –, imposé par le pouvoir en 2002, avait engendré un certain dynamisme au sein de la presse écrite, stimulant la création de nouveaux titres. Les articles du code prévoyant des peines de prison pour les journalistes avaient été supprimés.

Mais les autorités ont recours au code pénal contre les journalistes, qui préfèrent s’autocensurer. En outre, ce décret-loi n°47 autorise le ministère de la Culture et de l’Information à ordonner la fermeture de toute publication, ou site Internet, portant “atteinte au régime, à la religion officielle de l’Etat, aux bonnes mœurs ou aux différentes confessions de façon à troubler la paix publique“, sans passer par une décision judiciaire.

L’Etat a conservé un monopole dans le secteur de l’audiovisuel. Mais près de 99% de la population possède une antenne parabolique.

Dans ce contexte, Internet offre aux journalistes du royaume un espace de liberté très apprécié., mais de plus en plus surveillé. La société bahreïnie des télécommunications, dont l’Etat est un des principaux actionnaires, – officiellement – censure les pages incitant à la violence, à la “discorde nationale“ ou encore celles à “caractère pornographique“. En réalité, de nombreux sites d’ONG nationales ou internationales sont rendus inaccessibles. Le ministère de l’Information met régulièrement à jour la liste des sites interdits. En janvier 2009, la nouvelle ministre de la Culture et de l’Information, Shaikha May bint Ibrahim Al-Khalifa, a adressé une circulaire aux fournisseurs d’accès à Internet, leur demandant de procéder à la censure des sites figurant sur la liste noire du gouvernement. Depuis cette date, certains sites permettant de contourner la censure en ligne sont également inaccessibles. Ainsi, les internautes ne peuvent pas consulter les pages de certains groupes du réseau social Facebook, jugées critiques envers l’action du gouvernement, tout comme de nombreux autres sites Internet traitant de sujets relatifs aux droits de l’homme ou à la politique.

Depuis le début du mouvement de contestation le 14 février, les autorités bahreïnies se sont efforcées de contrôler l’information sur les rassemblements et sur les exactions commises par les forces de l’ordre, en décidant un impressionnant arsenal de mesures : interpellations et expulsions de journalistes étrangers qui se heurtent à d’importantes difficultés pour obtenir des visas ; intimidations de personnes voulant témoigner auprès de médias étrangers ; harcèlement des défenseurs de la liberté d’expression ; arrestations de photographes, blogueurs et net-citoyens, parmi lesquels un est mort en détention ; poursuites judiciaires contre des militants de la liberté d’expression ; démissions forcées de journalistes du principal journal d’opposition, et leur convocation par le procureur ; interdiction de publier toute information relative à des enquêtes en cours conduites par le Procureur militaire, et ce pour raisons de sécurité nationale, etc. Les autorités sont parvenues ainsi à imposer un black-out médiatique sur les événements.

En parallèle, elles ont lancé, grâce aux médias officiels ou inféodés au pouvoir, une véritable campagne de propagande contre les principales figures du mouvement de protestation, n’hésitant pas à les afficher publiquement comme traîtres ou à les qualifier de terroristes. Le quotidien de l’opposition Al-Wasat a été suspendu pendant 24 heures début avril 2011 ; les trois principales figures de la rédaction, Mansour Al-Jamari, Walid Nouihid, et Aqil Mirza, ont été contraintes de démissionner. Deux journalistes irakiens travaillant pour le journal ont été expulsés. Le 12 avril, Karim Fakhrawi, fondateur et membre du directoire d’Al-Wasat, est décédé alors qu’il se trouvait en garde à vue depuis une semaine. Les causes exactes de son décès restent à éclaircir. Mansour Al-Jamari, Walid Nouihid, et Aqil Mirza, poursuivis devant la Cour pénale supérieure du royaume du Bahreïn, ont été condamnés à payer une amende le 11 octobre 2011, pour avoir « diffusé des informations fausses et mensongères, portant atteinte à l’image et à la réputation du pays à l’étranger ». Entre-temps, le conseil d’administration du journal a décidé de réintégrer Mansour Al-Jamari en tant que rédacteur en chef du journal.

L’état d’urgence, imposé le 15 mars 2011, a été levé le 1er juin. L’ouverture d’un dialogue national début juillet dernier a quelque peu apaisé les tensions, mais de nombreux journalistes, dans un premier temps poursuivis devant des juridictions militaires, voient aujourd’hui leur procès s’ouvrir devant des juridictions civiles. Certaines condamnations tombées avant l’ouverture de ce fameux dialogue national ont été récemment reconsidérées.

Toutefois, le 27 septembre 2011, un tribunal d’exception a confirmé en appel les peines de prison, prononcées en première instance le 22 juin dernier, à l’encontre de 14 opposants chiites, parmi lesquels le blogueur Abdeljalil Al-Singace, condamné à la prison à perpétuité. Ils ont été reconnus coupables d’avoir "formé et dirigé un groupe terroriste visant à changer la Constitution et le régime monarchique (...) par la force", "d’avoir été en contact avec un groupe terroriste à l’étranger, qui agit dans l’intérêt d’un pays étranger en procédant à des actes hostiles au royaume de Bahreïn" et d’avoir procédé à une "collecte de fonds pour ce groupe". Les sept autres activistes jugés par contumace en première instance, parmi lesquels le blogueur Ali Abdulemam, condamné à quinze ans de prison ferme, ne pouvaient faire appel à moins de se rendre aux autorités.

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