Reporters sans frontières

Al-Jazira fête ses dix ans : une liberté de ton parfois cher payée

Publié le mercredi 1er novembre 2006.
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Lancée le 1er novembre 1996 par l’émirat du Qatar, la chaîne de télévision satellitaire Al-Jazira continue de susciter les passions. Tour à tour encensée et critiquée, la chaîne rassemble aujourd’hui un public estimé à 50 millions de téléspectateurs et son site Internet fait partie des cinquante sites les plus visités du monde. Reporters sans frontières revient sur les principales atteintes subies par Al-Jazira au cours de ces deux dernières années.

"Cette chaîne satellitaire, présente dans une grande majorité des foyers arabes, prend à contre-pied l’information traditionnelle diffusée par les médias nationaux autorisés. D’une part, ses émissions irritent régulièrement les dirigeants arabes parce qu’elles donnent la parole à leurs opposants ainsi qu’aux téléspectateurs, et abordent des sujets politiques et sociaux considérés comme tabous dans beaucoup de pays du monde arabe. D’autre part, le gouvernement des Etats-Unis a, à maintes reprises, accusé la chaîne d’encourager le sentiment antiaméricain dans la région et d’inciter à la violence contre les troupes de la coalition américano-britannique en Irak", a déclaré l’organisation.

"Appels au boycott commercial et publicitaire, fermetures des bureaux de la chaîne, interdictions de couvrir des événements-clés, expulsions, arrestations ou morts de ses journalistes, bombardements de ses locaux et pressions diplomatiques à l’encontre du Qatar : de nombreux gouvernements ont ainsi tenté de censurer Al-Jazira. Mais si sa liberté de ton a véritablement créé un précédent dans le paysage audiovisuel arabe, les questions internes au Qatar n’y sont toujours que rarement abordées", a ajouté Reporters sans frontières.

Un cameraman d’Al-Jazira de nationalité soudanaise est détenu par les autorités américaines depuis 2002 sur la base militaire de Guantanamo (Cuba). Sami Al-Haj a été arrêté le 15 décembre 2001 au sud de l’Afghanistan alors qu’il couvrait la campagne militaire américaine dans le pays. Il a déjà passé plus de quatre ans en prison alors qu’aucun chef d’inculpation n’a encore été retenu contre lui.

En Egypte, le 7 décembre 2005, la journaliste Leena El-Ghadban, qui couvrait les élections pour le compte d’Al-Jazira, et son équipe, constituée du cameraman Mohamed Ezz, du preneur de son Mohamed Galal et du chauffeur Medhat Sayed Abdou, ont été empêchés par des agents de sécurité de l’Etat de filmer à l’intérieur d’un bureau de vote dans le district de Bandar-Domyat (191 km au nord du Caire). Au nord-est de la capitale, dans le district d’Al-Arish, la même mésaventure est arrivée à un autre reporter d’Al-Jazira, Mohamed Yousef. Une autre équipe de la chaîne a également été harcelée dans la province d’El Sharqiya (83 km à l’est du Caire). Le journaliste Sameer Omar, le cameraman Yasser Sulaiman et son assistant Ahmed Shaqi ont été priés de quitter immédiatement les lieux, sous peine d’être aspergés d’acide nitrique. Par ailleurs, le 27 avril 2006, Hussein Abdel Ghani, directeur du bureau d’Al-Jazira au Caire, avait été arrêté alors qu’il réalisait un reportage sur une série d’explosions dans le sud du Sinaï. Le journaliste était accusé d’avoir diffusé des "informations erronées de nature à nuire à la réputation du pays", informations qui avaient été publiées par de nombreux médias égyptiens et étrangers. Enfin, en mai 2006, le cameraman Yasser Sulaiman, et son preneur de son, Nasr Youcef, ont été empêchés de prendre des images d’une manifestation de soutien à deux juges égyptiens devant le tribunal du Caire. Le cameraman a également été frappé au visage. Sa caméra a été saisie puis rendue sans la cassette. Mohamed El Daba et Lina Ghadban, respectivement producteur et journaliste pour Al-Jazira au Caire, ont subi un long interrogatoire avant d’être relâchés.

Les autorités iraniennes ont annoncé, le 18 avril 2005, la fermeture du bureau à Téhéran de la chaîne qatarie pour "incitation au trouble". Al-Jazira avait été l’une des premières chaînes à couvrir les affrontements qui ont eu lieu, le 15 avril, dans le sud du pays et à faire état du bilan des morts et des blessés. La chaîne avait en effet été accusée « d’avoir incité des éléments subversifs à déclencher les troubles ». En novembre 2004, Téhéran avait déjà menacé de sanctionner Al-Jazira si elle ne retirait pas de son site Internet une caricature jugée insultante. La chaîne avait été menacée d’expulsion une seconde fois, peu de temps après, pour avoir parlé du golfe « Arabique » et non du golfe Persique.

Suite à des interdictions temporaires de couvrir certaines activités des officiels irakiens, le bureau d’Al-Jazira à Bagdad est fermé depuis le 7 août 2004 après que la chaîne avait été accusée d’"incitation à la haine et aux tensions raciales".

En Israël, Awad Rajoub, journaliste palestinien du site Internet de la chaîne, avait été arrêté le 30 novembre 2005 et accusé d’"atteinte à la sécurité" de l’Etat". Les autorités avaient affirmé que son arrestation n’était pas liée à sa profession. Il a été relâché après six mois de détention faute de preuves. Par ailleurs, le 4 novembre, Nabil Al-Mazzawi, cameraman d’Al-Jazira en Cisjordanie, a été frappé puis retenu pendant plusieurs heures par des soldats israéliens alors qu’il filmait une manifestation contre le "Mur" de séparation construit par Israël. En juillet 2006, le chef du bureau d’Al-Jazira, Walid Al-Omari, a été interpellé à deux reprises en deux jours alors qu’il couvrait le conflit armé à la frontière avec le Liban. En même temps, les membres d’une autre équipe de la chaîne avaient également été interpellés alors qu’il réalisaient un reportage à Haïfa, au sud de la frontière libanaise. Une autre équipe qui couvrait une incursion de l’armée israélienne à Naplouse en Cisjordanie a essuyé des tirs. Le technicien Waël Tantous a été touché au pied par des balles en caoutchouc.

Abdessalam Razzak, correspondant au Maroc de la chaîne satellitaire, a été refoulé sans motif à l’aéroport de Laâyoune, le 27 mai 2005, suite à des manifestations qui se sont déroulées du 24 au 29 mai opposant des Sahraouis aux forces de l’ordre. Il n’a pu revenir dans la ville que deux jours plus tard dans le cadre de la visite officielle organisée par le gouverneur. D’autre part, le 15 juin 2006, Hassan Fatih, un autre correspondant de la chaîne dans le pays et son équipe ont été frappés par les forces de sécurité marocaines alors qu’ils couvraient un sit-in des familles de 68 prisonniers salafistes en grève de la faim.

En octobre 2006, la Tunisie a décidé de fermer son ambassade au Qatar pour protester contre la "campagne hostile" d’Al-Jazira. Cette décision est survenue suite à la diffusion, le 14 octobre 2006, de deux interviews de Moncef Marzouki, opposant tunisien qui avait, à cette occasion, appelé à la "résistance" contre le pouvoir. Les relations entre le Qatar et certaines capitales se sont détériorées suite à la diffusion d’émissions qui ont irrité plusieurs gouvernements arabes. En 2001, l’ambassadeur de Tunisie à Doha avait déjà été rappelé en consultation pour protester contre la couverture du pays par la chaîne. En 2002, l’Arabie saoudite avait fait de même, suite à la diffusion d’une émission critique envers la famille royale saoudienne.

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