Entre cette date et décembre 2011, une centaine de journalistes ont été interpellés, bon nombre passés à tabac, et une trentaine ont été condamnés à des peines d’emprisonnement plus ou moins longues. Les libertés d’expression et d’assemblée ont été si restreintes qu’il ne restait plus aux protestataires qu’à se rassembler en frappant dans leurs mains, dans toutes les grandes villes du pays, pour exprimer leur mécontentement. Mais même ces formes ultimes d’expression citoyenne ont été violemment dispersées.
A Minsk comme en régions, perquisitions et interpellations se sont multipliées. Natalia Radzina, rédactrice en chef du site d’opposition Charter97.org, a dû fuir le pays. Irina Khalip, correspondante du journal russe indépendant Novaïa Gazeta, n’a été libérée que pour être assignée à résidence. Les journaux indépendants nationaux croulent sous les amendes, tandis que les tirages de certains titres régionaux sont tout simplement régulièrement saisis. Le régime se venge des sanctions de l’Union européenne sur ses propres citoyens : journalistes indépendants, membres de l’opposition et défenseurs des droits de l’homme ont découvert avec effarement qu’ils n’étaient plus autorisés à quitter le pays.
Au total, les étonnants espaces d’autonomie vis-à-vis du pouvoir, qui avaient malgré tout subsisté depuis deux décennies, se sont brutalement réduits. Le petit jeu consistant à attribuer les accréditations de manière sélective force nombre de médias étrangers et leurs correspondants à travailler illégalement – et les rend d’autant plus vulnérables. Et ce n’est pas l’Internet qui pourra suppléer à cette absence de liberté : depuis 2010, les visiteurs des cafés Internet comme les utilisateurs de connexions partagées sont parfaitement identifiés et tracés, tandis que les contenus sont surveillés par un "centre analytique" directement rattaché à la présidence. Aux portes de l’Union européenne, Alexandre Loukachenko fait tout pour reprendre son pays sous contrôle. Mais la société civile résiste et attend son heure.
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