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Un journaliste de Público espionné par les services de renseignements de l'État

Un journaliste de Público espionné par les services de renseignements de l’État

Publié le lundi 29 août 2011.
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Reporters sans frontières est scandalisée par l’enquête publiée par l’hebdomadaire Expresso dans son édition du 27 août 2011 qui révèle que des dirigeants du Service d’informations stratégiques de défense (SIED, services de renseignements extérieurs), auraient eu accès en toute illégalité aux relevés téléphoniques du journaliste Nuno Simas. Le SIED chercherait ainsi à identifier les personnes citées dans un article publié dans le quotidien Público du 7 août 2010 dans lequel Nuno Simas décrivait le climat tendu qui existait au sein du SIED et dans ses relations avec le Service d’informations et de sécurité (SIS - les services de renseignements intérieurs). Expresso a publié des copies des documents envoyés à Jorge Silva Carvalho, directeur du SIED en 2010, où on retrouve une liste très détaillée de tous les appels et SMS effectués par Nuno Simas entre le 19 juillet et le 12 août 2010. Contacté par l’hebdomadaire, le journaliste, qui a quitté Público en juillet 2011, a confirmé que la liste correspondait bien à ses activités téléphoniques pendant la période en question. La direction de Público a porté plainte contre X pour violation de données privées.

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté les agissements plus que douteux du SIED et de son ancien directeur qui contreviennent très gravement non seulement à la vie privée de Nuno Simas mais aussi au droit légitime de chaque journaliste à garantir la protection de ses sources. Le SIED vient d’écorcher un peu plus encore le bilan déjà très inquiétant du Portugal en matière de liberté de la presse. L’enquête publiée par Nuno Simas en août 2010 relevait très clairement de l’intérêt public et les services de renseignements intérieurs et extérieurs devraient mettre tout leur zèle à apporter une solution durable aux tensions qui les animent plutôt qu’à chercher à identifier ceux qui ont légitimement tiré le signal d’alarme.

Toujours d’après Expresso, les relevés téléphoniques de Nuno Simas auraient été transmis à Jorge Silva Carvalho par un ancien directeur opérationnel du SIED qui aurait été limogé de ses fonctions après avoir procuré des informations à Jorge Silva Carvalho, alors que ce dernier ne faisait plus partie du SIED. Ce fonctionnaire n’aurait par ailleurs pas agi seul, bénéficiant de la complicité d’un collaborateur au sein d’Optimus, l’opérateur téléphonique du journaliste, dont la société mère est également la propriétaire de Público. La démarche semble avoir été menée de manière officieuse, car les fichiers internes du SIED ne gardent aucune trace d’une telle action.

Nous saluons l’ouverture par le Ministère public d’une information judiciaire. Nous exigeons cependant que le suivi soit assuré et que les moyens soient véritablement dégagés pour identifier tous les acteurs impliqués dans ce dossier, y compris aux plus hauts rangs hiérarchiques qui ont manifestement joué un rôle actif dans cette affaire. Les services de renseignements sont des organes officiels qui ne doivent pas échapper au contrôle de l’Etat. Jorge Silva Carvalho doit impérativement s’expliquer sur ces agissements.

Nous demandons également à la direction de l’opérateur Optimus d’ouvrir une enquête pour identifier les personnes qui ont directement ou indirectement fourni au SIED les données privées de Nuno Simas. Optimus n’est en effet pas autorisée à divulguer les données de ses clients à des tiers sans leur consentement ou, à tout du moins, en dehors d’une décision judiciaire qui ne lui a manifestement pas été communiquée. Les services de renseignements ne sont pas les seuls fautifs dans ce dossier et chacun doit assumer ses éventuelles responsabilités.

Le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, a pour sa part considéré l’affaire comme “très grave” et demandé au secrétaire-général du Système d’informations de la République portugaise (SIRP), l’organisme qui chapeaute l’ensemble des services de renseignements, d’ouvrir une enquête interne sur les actions illégales dévoilées par Expresso.

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