Reporters sans frontières

Le président Lech Kaczynski menace une journaliste lors du dernier sommet du Conseil européen

Publié le mardi 21 octobre 2008. Mis à jour le mercredi 22 octobre 2008.
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Lors du dernier sommet du Conseil européen qui se tenait le 15 octobre 2008 à Bruxelles, le président Lech Kaczynski était invité à l’émission “Le point sur le i” de la chaine de télévision nationale TVN24, animée par la journaliste vedette Monika Olejnik.

Le président Lech Kaczynski s’y exprimait sur la polémique qu’il avait créée autour de la représentation diplomatique de la Pologne au sommet en y assistant le 15 octobre 2008, malgré l’opposition du Premier ministre, Donald Tusk. Le président polonais était également interrogé sur la candidature de l’un de ses prédécesseurs, Lech Walesa, à un “groupe de sages” qui, doit réfléchir à l’avenir de l’Europe. Lech Kaczynski s’est opposé à cette candidature, soulignant que Lech Walesa avait, à plusieurs reprises, offensé son frère jumeau, Jaros Law Kaczynski, ancien Premier ministre et président du parti PiS (Droit et Justice, droite populiste).

Après la fin de l’émission, et en présence de plusieurs témoins, Lech Kaczynski a pris à parti la journaliste en lui hurlant : « Je vais en finir avec vous, je vais vous faire écraser. Vous êtes sur ma short-list, et vous allez le regretter. Les agents des services spéciaux, les Walter, [NDLR : du nom d’un des propriétaires principaux de la station] n’arriveront pas à vous défendre. Lech Kaczynski a également suggéré que Monika Olejnik travaillait pour des services spéciaux sous le pseudonyme de "Stokrotka" (« Pâquerette »).

Le porte parole de la TVN24, Karol Smolag a déclaré que : « C’est un événement sans précédent, très inquiétant pour la liberté de la presse, fondement de la démocratie. TVN24 a déposé plainte contre le président Lech Kaczynski auprès du KRRiT (Conseil supérieur de l’audiovisuel).

« Nous condamnons fermement les pressions exercées à l’encontre de Monika Olejnik. Les déclarations de Lech Kaczynski sont indignes d’un chef d’Etat, tout spécialement lorsque celui-ci dirige un des plus pays membre de l’Union européenne. L’exemplarité prônée par l’Europe en matière de respect de la liberté de la presse passe avant tout par le comportement responsable de ses dirigeants », a déclaré Reporters sans frontières.

Monika Olejnik a accepté les excuses qui lui ont été présentées dans la soirée du 15 octobre 2008 par Lech Kaczynski. Adam Bielan, Vice-président du Parlement européen et Porte parole du PiS, a mis les déclarations de Lech Kaczynski sur le compte d‘un énervement passager, lié aux problèmes protocolaires de la journée. Il a également expliqué que « l’expression ma ‘short-list’ n’était qu’une liste virtuelle de personnes que le président Lech Kaczynski n’aime pas du tout. Il ne s’agit pas d’une liste concrète ».

L’incident s’inscrit dans les tensions qui opposent les jumeaux Kaczynski à TVN24 et le quotidien Gazeta Wyborcza, qui formeraient selon eux une sorte de « structure » (“uklad”) regroupant des anciens agents de la police politique communiste ou des services spéciaux postcommunistes, qui nuirait, selon eux, aux intérêts de la Pologne .

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