Reporters sans frontières

Après la publication d'un article satirique sur le président polonais, la pression contre les journalistes allemands continue

Après la publication d’un article satirique sur le président polonais, la pression contre les journalistes allemands continue

Publié le mardi 25 juillet 2006. Mis à jour le jeudi 27 juillet 2006.
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Reporters sans frontières exprime sa consternation après les poursuites judiciaires lancées par le parquet contre un journal allemand pour s’être moqué du chef d’Etat polonais et de son frère jumeau. Plusieurs journalistes allemands présents dans la capitale ont par ailleurs reçu des menaces anonymes inquiétantes.

Reporters sans frontières exprime sa consternation devant l’acharnement des autorités polonaises à l’encontre du quotidien allemand Die Tageszeitung et de Peter Kohler, auteur d’ un article publié en juin 2006 qui avait provoqué la colère du gouvernement. Le journaliste y critiquait les frères jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski, président de la République et premier ministre polonais.

Le 7 juillet 2006, Reporters sans frontières avait dénoncé des propos véhéments du président polonais qui avait qualifié l’article de « salaud » et s’était inquiétée des poursuites judiciaires annoncées par le gouvernement. Le parquet régional de Varsovie a mis ces menaces à exécution et ouvert, le 19 juillet, une enquête contre le journal allemand et son auteur en vertu de l’article 135 du code pénal polonais. Celui-ci prévoit une peine allant jusqu’à trois ans de prison pour offense publique au président de la République.

Par ailleurs, la correspondante du journal Die Tageszeitung à Varsovie, Gabrielle Lesser, a reçu des appels anonymes sur son téléphone portable, la menaçant de s’en prendre à elle et la provoquant au cri de « Heil Hitler ! ». Elle a également été informée par le ministère polonais des Affaires étrangères qu’aucun journaliste travaillant pour son quotidien ne serait autorisé à réaliser des interviews avec des responsables de cette administration.

Une autre journaliste allemande, Doris Heimann, correspondante du Rheinische Post à Varsovie, a également reçu des messages de provocation par courrier électronique sur son appartenance à la communauté juive.

Le 13 juillet, une liste de seize correspondants allemands a été publiée par le quotidien catholique polonais Nasz Dziennik invitant ses lecteurs à « retenir ces noms » et regrettant que les journalistes allemands n’aient jamais été sanctionnés pour des délits d’opinion.


7 Juillet 2006

Reporters sans frontières dénonce des propos scandaleux contre les médias

“Nous sommes scandalisés par la réaction excessive du gouvernement polonais qui exige des excuses de l’Allemagne pour un simple article satirique visant le président Lech Kaczynski. Les propos de ce dernier contre le journal allemand qui a publié l’article sont indignes d’un chef d’Etat européen qui prétend respecter la liberté de la presse. Toute la diplomatie polonaise s’est mise en branle pour invectiver la presse allemande et promettre des sanctions contre des journalistes. Comment, dans un pays membre de l’Union européenne, peut-on encore menacer de prison des journalistes pour avoir critiqué des personnalités politiques ? La loi polonaise qui prévoit des peines d’emprisonnement pour des délits de presse est contraire aux standards européens. Il est urgent d’amender ces textes rétrogrades”, a déclaré Reporters sans frontières.

Le journaliste du quotidien allemand Die Tageszeitung, Peter Kohler, a publié, les 25-26 juin 2006 (édition du week-end), un article satirique intitulé « Les nouvelles patates de Pologne ». L’article de ce journal, réputé pour son insolence, attribue au Président des opinions homophobes et se moque de son frère, Jaroslaw, président du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), parce qu’il habite chez sa mère.

Les autorités polonaises ont exprimé leur indignation et comparé le quotidien Die Tageszeitung à la presse pro-hitlérienne allemande. Elles ont même exigé, le 4 juillet, de l’Etat allemand, qu’il condamne l’article. Le Premier ministre polonais Kazimierz Marcinkiewicz a déclaré qu’« il était difficile d’imaginer que quelqu’un en Pologne se permette d’écrire des textes pareils sur d’autres chefs d’Etat ». D’après lui, « une réaction est nécessaire ».

Le ministère des Affaires étrangères a annoncé qu’il ne répondrait plus aux questions posées par Gabrielle Lesser, correspondante du Die Tageszeitung à Varsovie. La chancellerie a précisé que la presse allemande devait respecter les standards de la presse polonaise et qu’en Pologne, on ne devait pas se moquer des chefs d’Etat.

Le 7 juillet, le président Lech Kaczynski a qualifié l’article satirique publié par Die Tageszeitung le 26 juin 2006 de « infâme » et « salaud ».

L’article 135 du code pénal punit d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison l’injure envers le président de la République de Pologne et l’article 136.3 punit de la même peine les offenses à l’encontre de chefs d’Etat étrangers ou de représentants diplomatiques. L’article 226.3 précise que l’outrage public à l’encontre d’une institution constitutionnelle polonaise est punie d’une amende jusqu’à une peine de prison maximale de deux ans.

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