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Le gouvernement panaméen tenterait d'expulser un journaliste résident espagnol

Le gouvernement panaméen tenterait d’expulser un journaliste résident espagnol

Publié le lundi 12 juillet 2010.
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Reporters sans frontière s’inquiète de la situation du journaliste espagnol Paco Gómez Nadal, menacé depuis le 4 juillet 2010 d’être déchu de son droit de résident permanent et d’être expulsé pour sa liberté de ton dans ses chroniques et pour ses prises de position concernant les peuples indigènes.

Paco Gómez Nadal a accordé une interview à Reporters sans frontières pour expliquer les conditions dans lesquelles il a reçu cette notification ainsi que les raisons pour lesquelles il soupçonne les autorités panaméennes de s’acharner contre lui et contre les journalistes panaméens en général.

Depuis combien de temps résidez-vous et travaillez-vous au Panama ?

Je réside au Panama depuis six ans et je travaille pour le journal La Prensa depuis trois ans. Actuellement je suis correspondant pour ce journal et j’y écris un éditorial chaque mardi. Je travaille également pour plusieurs journaux étrangers : je suis conseiller éditorial des quotidiens brésiliens Diário do Amazonas et Diário do Pará, le journal bolivien Opinión de Cochabamba, les journaux vénézuéliens El Tiempo et El Sol et il m’arrive de publier des articles dans les revues El Guayacán, au Panama, ou encore Gatopardo, au Mexique.

De quelle manière avez-vous eu connaissance de votre interdiction d’entrée sur le territoire ?

Je devais me rendre en Colombie lorsque les agents du service de l’immigration m’ont notifié, lors du contrôle habituel, que si je sortais du Panama, pays dans lequel je réside légalement depuis six ans, je ne pourrai pas y rentrer à nouveau. Suite à cela, les services d’immigration m’ont retenu plus de quatre heures dans leurs locaux, m’ont confisqué mon passeport ainsi que le document attestant de mon permis de résident. L’ambassade d’Espagne a d’ailleurs été obligée d’envoyer deux émissaires pour tenter de régler la situation. Bien que le responsable du bureau de l’immigration n’ait pas voulu les recevoir, avec la pression médiatique j’ai pu finalement sortir de l’aéroport et regagner mon domicile.

Quels ont été les arguments avancés par les agents de l’office de l’immigration ?

En premier lieu, les arguments ont été d’ordre fiscal. Mais comme j’ai pu prouver que tout était en règle et qu’il n’y avait pas d’irrégularités dans le paiement de mes impôts, ils ont changé d’explications, en m’accusant d’avoir violé la législation du travail. Selon eux, comme je ne travaille plus à temps plein pour le journal pour lequel j’ai obtenu la carte de résident permanent en 2007, je ne possède plus ce droit, alors que la loi panaméenne dispose qu’une fois concédé ce permis, le citoyen étranger qui l’a obtenu n’est pas obligé de garder indéfiniment le même emploi. Finalement, la responsable du service d’immigration, María Cristina González Batista a changé la version officielle me concernant et m’a notifié que mon interdiction concernait ma sortie du territoire.

Pensez-vous que cette décision des autorités ait un lien quelconque avec votre activité de journaliste ?

Compte tenu du grand nombre d’incohérences et des versions différentes apportées par le service de l’immigration, il me paraît indéniable que ce qui m’arrive actuellement soit lié à mon activité journalistique. J’écris une chronique d’opinion dans un journal panaméen et je suis un militant des droits de l’homme pour la cause indigène.

Comment pourriez-vous décrire le climat actuel concernant la liberté d’expression au Panama ?

Il me semble que la situation des journalistes au Panama évolue dans un contexte relativement tendu. Je pense que l’on peut même parler d’une vague de harcèlement envers les professionnels des médias de la part du gouvernement.

Je tiens à rappeler la situation kafkaïenne du journaliste Carlos Nuñez, âgé de 70 ans, jugé par défaut pour diffamation, arrêté et détenu depuis près de deux semaines pour une plainte ayant été portée il y a plus de douze ans et dont il ne connaissait même pas l’existence. Le cas du photographe Mauricio Valenzuela, travaillant pour le journal Panamá América arrêté pour la seconde fois, détenu plus de six heures par des agents de police qui l’ont humilié en l’obligeant à se dévêtir entièrement au cours de sa détention, sans lui donner aucune raison valable. Ou encore les menaces dont a été victime Jean Marcel Chéry, directeur du journal El Siglo, au cours du mois de mai, menaces directes provenant du secrétariat de la communication de la présidence de la République.

Je crois donc en effet qu’il y a une volonté de la part du gouvernement d’intimider les journalistes et je crains que cela ne porte ses fruits.

Avez-vous déjà été vous-même menacé ?

J’ai été menacé en Colombie après avoir publié un livre sur la violation des droits de l’homme dans la région du fleuve Atrato et lorsque j’avais couvert le massacre de Bojayá dans cette région. Au Panama, je n’ai jamais reçu de menaces de la part du gouvernement jusqu’à ce que l’on m’annonce que j’allais être expulsé du pays.

Quels types de recours avez-vous alors entamés ?

J’ai sollicité la protection du Défenseur du peuple de Panama (Défensoria del Pueblo de Panama) qui veille à la protection des droits de l’homme des citoyens panaméens, j’ai présenté un habeas corpus préventif devant la Cour suprême et j’ai informé de ma situation la Commission interaméricaine des droits de l’homme ainsi que votre association, Reporters sans frontières.

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