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Droits de l'homme et libertés absents de la visite d'Islam Karimov à Bruxelles

Droits de l’homme et libertés absents de la visite d’Islam Karimov à Bruxelles

Publié le jeudi 20 janvier 2011.
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Pour la première fois depuis la levée des sanctions européennes à l’encontre de plusieurs dirigeants ouzbeks après le massacre d’Andijan en mai 2005, le Président Islam Karimov sera reçu à Bruxelles, le 24 janvier 2011. Il s’entretiendra en particulier avec le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Le geste en lui-même pose question. L’agenda de cette visite constitue déjà un revers pour les libertés fondamentales. D’une part, on comprend mal ce qui justifie le retour en grâce d’une dictature à la brutalité extrême, en dépit du peu de progrès réalisés dans le domaine des droits de l’homme. D’autre part, le thème des libertés fondamentales ne figure pas à l’agenda de la rencontre. L’absence de conférence de presse de clôture souligne à quel point les autorités européennes entendent préserver le président Karimov des questions embarrassantes.

Non contente d’avoir offert la levée des sanctions votées en 2005, bien que l’exigence posée initialement (la création d‘une commission d‘enquête internationale sur le massacre d’Andijan) n’ait jamais été satisfaite, l’Europe fait le choix d’accueillir à son plus haut niveau le chef de l’Etat ouzbek. Ce dernier doit également rencontrer le commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger, et des membres de l’état-major de l’Otan.

Aujourd’hui en Ouzbékistan, au moins 11 journalistes sont emprisonnés, d’autres ont dû fuir le pays pour échapper à la répression et mettre leurs proches à l’abri de représailles. D’autres encore sont dans la ligne de mire des autorités et vivent au quotidien pressions, écoutes, filatures, convocations, menaces ou licenciements abusifs. La presse est partout bâillonnée, tant par la loi que par le triomphe du cynisme et de la violence.

Les opposants traditionnels ont été poussés à l’exil, par instinct de survie, et la nouvelle opposition émergente, très souvent religieuse, est si fortement réprimée au nom de la « guerre contre le terrorisme » qu’une radicalisation n’est pas à exclure. Les militants des droits de l’homme subissent un sort similaire. Leur combat est intolérable aux différents cercles d’influence qui gouvernent le pays. Lorsqu’il s’agit de dénoncer le travail forcé d’enfants dans les champs de coton - un phénomène massif - qui a tout d’une cause populaire, la communauté internationale devrait se taire ?

Cette complaisance est-elle liée au déplacement réalisé récemment par M. Barroso et M. Oettinger dans le Caucase et en Asie centrale ? Ou à l’importance grandissante de l’Ouzbékistan pour l’approvisionnement et le renfort des troupes de la coalition internationale et de l’Otan en Afghanistan ?

Nous sommes déçus, par autant de complaisance, au prétexte d’une diplomatie silencieuse, empreinte de Realpolitik, qui ne donne d’ailleurs aucun résultat. Nous sommes déçus de voir l’Union européenne - vers qui se tendent les espoirs de militants des droits de l’homme du monde - faillir à son rôle de gardienne des valeurs démocratiques. Nous sommes déçus qu’il ne soit pas possible aux journalistes présents à Bruxelles de soulever les questions que l’UE n’a ni le courage, ni l’envie de poser.

Depuis la levée des sanctions en novembre 2009, les organisations internationales n’ont cessé de mettre en garde les représentants européens contre les risques d’une politique d’ouverture qui ne s’accompagne pas de fermeté sur les questions de démocratisation et de droits humains. Et nous voyons nos pires craintes se réaliser.

Reporters sans frontières continue d’exiger la libération des professionnels des médias, injustement arrêtés et emprisonnés. Quelles que soient les accusations, souvent absurdes, portées contre eux, nous rappelons que ces professionnels des médias n’ont fait que tenter d’exercer leur métier et remplir leur mission d’information.

Les journalistes actuellement privés de liberté en Ouzbékistan, dont Reporters sans frontières demande la libération sont :

* Depuis le : 21 janvier 2010 - Khayrullo Khamidov - Nawruz (radio)
* Depuis le : 22 février 2009 - Dilmurod Sayid - Ezgulik
* Depuis le : 16 février 2009 - Bakhrom Ibragimov - Irmok
* Depuis le : 16 février 2009 - Davron Kabilov - Irmok
* Depuis le : 16 février 2009 - Ravshanbek Vafoev - Irmok
* Depuis le : 16 février 2009 - Abdulaziz Dadakhonov - Irmok
* Depuis le : 16 février 2009 - Botyrbek Eshkuziev - Irmok
* Depuis le : 7 juin 2008 - Solidjon Abdurakhmanov - Journaliste indépendant
* Depuis le : 12 septembre 2006 - Djamchid Karimov - journaliste indépendant, collaborateur des sites fergana.ru et centrasia.ru
* Depuis le : 15 mars 1999 - Jusuf Ruzimuradov - Erk
* Depuis le : 15 mars 1999 - Mohammed Bekjanov - Erk

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Rédacteur en chef de Erk, dernier journal d'opposition publié en Ouzbékistan jusqu'à son interdiction par les autorités en 1993, Jusuf Ruzimuradov a été arrêté le 18 août 1999, dans le cadre de la vague de répression qui s'est abattue sur les opposants après l'attentat manqué contre le président Islam Karimov, le 16 février 1999, à Tachkent.

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