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Accusé de "trahison", le journaliste Augustine Okello risque la peine de mort

Accusé de "trahison", le journaliste Augustine Okello risque la peine de mort

Publié le mercredi 10 août 2011. Mis à jour le jeudi 1er septembre 2011.
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Reporters sans frontières s’inquiète du sort du présentateur de la station Rhino FM, Augustine Okello, alias "Rouks", placé en détention provisoire à la prison de Luzira, près de Kampala. Le journaliste sera entendu par la justice ougandaise le 12 août 2011.

Le 1er août dernier, il a été officiellement inculpé de "trahison" par la Cour de Buganda Road, à Kampala, un crime passible de la peine de mort. Ce jour-là, le prévenu a affirmé aux médias avoir été torturé par les forces de sécurité. Des allégations rejetées par le gouvernement.

"Les circonstances de l’arrestation d’Augustine Okello étaient déjà choquantes. Nous sommes désormais vivement préoccupés par les conditions dans lesquelles il est détenu et dénonçons une forme d’acharnement des autorités contre lui. Nous demandons que son dossier soit transféré devant la Haute Cour afin que le journaliste soit relâché sous caution et finalement acquitté", a déclaré Reporters sans frontières.


26.07.2011 - Disparu depuis deux semaines, un présentateur de radio est détenu par les forces antiterroristes et accusé d’activités "subversives"

Le présentateur de la station Radio Rhino FM, Augustine Okello, surnommé Rouks, est suspecté d’implication dans des activités "subversives", a appris Reporters sans frontières, le 25 juillet 2011, auprès du Lieutenant-Colonel Felix Kulayigye, porte-parole de l’armée ougandaise.

Le journaliste avait mystérieusement disparu, le 13 juillet dernier, à Lira (nord), après avoir rencontré des membres des forces de sécurité de la région, dont le District Internal Security Officer (DISO), le lieutenant Steven Eriaku, au Grand Pacific Hotel. Il est désormais détenu par le groupe de travail commun antiterrorisme (Joint Anti-Terrorism Taskforce - JATT), dans un lieu tenu secret, à Kampala. Augustine Okello n’a toujours pas été présenté devant un tribunal.

"Les conditions dans lesquelles Augustine Okello a été arrêté et est détenu au secret sont scandaleuses. Au mépris du système judiciaire ougandais et des lois internationales, les forces antiterroristes violent la présomption d’innocence dont le journaliste devrait bénéficier. Nous dénonçons ces méthodes et demandons aux autorités ougandaises de le libérer immédiatement", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 25 juillet, le Lieutenant-Colonel Felix Kulayigye a déclaré à Reporters sans frontières qu’Augustine Okello était suspecté d’implication dans des activités "subversives". Il a ajouté que le journaliste avait été arrêté dans le cadre d’une enquête sur la mort suspecte du Colonel dissident Edison Muzoora. Ce dernier avait déserté l’UPDF (Uganda People’s Defence Forces) en 2003 et s’était insurgé, depuis l’exil, contre le gouvernement ougandais. Il aurait, selon les services de renseignements ougandais, coordonné la rébellion armée à travers le groupe PRA (People’s Redemption Army), lié à l’opposition.

La dépouille du Colonel rebelle avait été retrouvée dans sa maison de campagne, dans le district de Bushenyi (ouest), le 27 mai dernier. Selon les enquêteurs, le colonel aurait été assassiné dans un pays frontalier par ses collègues qui venaient d’apprendre son intention de faire défection. Son corps aurait été ramené en Ouganda de manière inexpliquée. Furieux de cette nouvelle, le président Yoweri Museveni aurait donné l’ordre de mener une enquête afin de déterminer les circonstances exactes de la mort du colonel Edison Muzoora et du retour de sa dépouille dans le pays. Dans le cadre de cette enquête, quatre partisans du parti d’opposition Forum for Democratic Change (FDC) ont été arrêtés dans le district de Bushenyi.

L’implication d’Augustine Okello avec les partis d’opposition n’est pas avérée et sa détention dans le cadre de cette enquête reste arbitraire et choquante. Répondant aux questions de Reporters sans frontières, le Lientenant-Colonel Felix Kulayigye a déclaré : "Si les enquêteurs prouvent son innocence, il n’aura peut-être pas à comparaître devant la justice."

Reporters sans frontières rappelle que plusieurs journalistes sont poursuivis en justice en Ouganda pour des activités jugées "subversives" ou pour avoir critiqué le président Yoweri Museveni. Le procès du journaliste freelance Patrick Otim, arrêté en juin 2009, a été reporté, hier, à une date indéterminée. Il encourt la peine de mort pour "trahison". Le 31 mai dernier, le journaliste indépendant Timothy Kalyegira, propriétaire du journal en ligne The Uganda Record, avait été arrêté et poursuivi pour des articles, écrits entre le 12 et le 16 juillet 2010, qui mettaient en cause la responsabilité du président Yoweri Museveni lors de l’attentat suicide du 11 juillet 2010 à Kampala. Les poursuites ont été abandonnées. Le 24 mai, les locaux de l’hebdomadaire indépendant Ggwanga, basé à Ntinda, en banlieue de Kampala, avaient été fouillés par les forces de police, à la recherche de pamphlets et de flyers provenant du groupe activiste Action For Change (A4C) et "incitant à la violence et au renversement du gouvernement". Le directeur exécutif de l’hebdomadaire, Kizito Sserumaga, le rédacteur en chef, Alex Lubwama, et l’administratrice, Patricia Sserebe, sont poursuivis pénalement pour "diffamation".

Voir aussi :

Sur Timothy Kalyegira

L’arrestation des journalistes et les poursuites judiciaires menées contre le journal Ggwanga,

Photo : le président Yoweri Museveni (Reuters)

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