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Aveux télévisés contre grâce présidentielle

Aveux télévisés contre grâce présidentielle

Publié le vendredi 6 mai 2011.
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Le journaliste Ernest Vardanean, incarcéré depuis le 7 avril 2010 et condamné pour « espionnage » au profit de la Moldavie au terme d’un procès inique, a été gracié par le président de la république auto-proclamée de Transnistrie, Igor Smirnov, le 5 mai 2011. Il est rentré chez lui à Tiraspol hier soir.

« Nous sommes extrêmement soulagés par la remise en liberté d’Ernest Vardanean, a déclaré Reporters sans frontières. Mais ce geste faussement magnanime des autorités de Transnistrie ne doit pas faire oublier que le droit du journaliste à un procès équitable n’a été respecté à aucun moment. Il ne fait guère de doutes que cette ‘grâce’ était la contrepartie des ‘aveux’ télévisés qui lui ont été extorqués, rappelant des pratiques soviétiques que l’on espérait oubliées. »


17.12.2010 - Le journaliste Ernest Vardanean condamné à 15 ans de prison

Le 16 décembre 2010, la cour de Tiraspol (capitale de la Transnistrie, région séparatiste, située entre la Moldavie et l’Ukraine) a reconnu le journaliste Ernest Vardanean coupable “d’espionnage et de haute trahison” et l’a condamné à 15 ans de prison “sous un régime sévère”, en vertu de l’article 272 de la Constitution de la République, autoproclamée en 1990. Reporters sans frontières s’indigne et dénonce ce verdict fondé sur des aveux extorqués par la torture et destiné à réduire le journaliste moldave au silence. Ernest Vardanean avait été arrêté le 7 avril 2010 par des agents du MGB (ministère de la Sécurité d’Etat de Transnistrie) qui l’accusaient d’espionnage pour les services sercrets moldaves. Il travaillait en tant que correspondant pour l’agence d’information moldave Novyi Region et avait publié plusieurs articles particulièrement critiques envers le leader transnitrien, Igor Smirnov.

Les conditions dans lesquelles il a été détenu pendant sept mois, avant que son procès ne soit ouvert le 3 novembre, ont été sévèrement dénoncées par les Etats-Unis et l’OSCE. Début mai, sa femme s’était inquiétée de la dégradation de son état physique et mental. Ernest Vardanean semblait avoir subi des heures d’interrogatoires épuisants. Le 11 mai, les autorités de Transnistrie avaient diffusé sur la chaîne nationale une vidéo dans laquelle le journaliste “avouait” qu’il travaillait pour les services secrets moldaves depuis 2001. Ses proches avaient dénoncé des aveux obtenus sous la torture.

Le déroulement du procès, à l’occasion duquel tous les droits d’Ernest Vardanean ont été bafoués, a démontré la partialité de la justice transnistrienne et la détermination des autorités à enfermer le journaliste. Son avocate a été empêchée de se rendre à Tiraspol pour “des raisons de sécurité”. L’accès aux audiences était interdit au public, aux représentants de l’OSCE et aux proches d’Ernest Vardanean. L’avocat commis d’office a systématiquement refusé de parler à sa femme après les audiences. Son avocate a déclaré vouloir faire appel à ce verdict et a déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

Reporters sans frontières appelle les gouvernements moldave, russe, la Cour européenne des droits de l’homme et l’OSCE à exiger l’acquittement d’Ernest Vardanean.

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