Reporters sans frontières

Maldives

Publié le jeudi 7 février 2008. Mis à jour le mercredi 15 avril 2009.
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Les journaux indépendants et d’opposition se sont installés dans le paysage médiatique malgré les menaces et les arrestations. La police a interpellé près de dix journalistes en 2007. Le gouvernement a enfin accordé des licences à des radios privées, mais la station indépendante Minivan en reste démunie.

Le président Abdul Gayoom, au pouvoir depuis 1978, a ralenti le processus de réformes. De plus en plus contesté par l’opposition démocrate et islamiste, le chef de l’Etat a préféré gouverner avec les conservateurs, conduisant à la démission de plusieurs ministres. Celui en charge de l’Information a mené à bout la rédaction d’une loi sur les médias audiovisuels, ouvrant la voie à la création de radios privées. Mais le prix exorbitant des licences a exclu des ondes la seule station indépendante déjà existante, Minivan Radio.

La loi sur la liberté de la presse qui, malgré son nom, comporte de nombreuses restrictions, a été adoptée en août. En revanche, la loi sur l’accès à l’information a été rejetée en novembre par le Parlement. Le ministre de l’Information a regretté ce vote qui, selon lui, prive les Maldives d’un outil pour faire évoluer la culture nationale hostile aux droits des citoyens et de la presse de pouvoir consulter les informations gouvernementales. Enfin, en mai, la création de la Maldives Media Association a été officialisée par l’élection de ses dirigeants.

La Star Force en action

La police, et plus particulièrement les membres du corps d’élite Star Force, a procédé à une dizaine d’arrestations de journalistes de la presse privée. Ahmed Rifah, photoreporter du quotidien d’opposition Minivan, a ainsi été détenu du 1er au 10 juin 2007. Il a été interpellé à la sortie d’un rassemblement de musulmans, qualifié d’illégal par les autorités.

La police n’a pas hésité à monter de toutes pièces des accusations contre des journalistes. Ahmed Rifah a été accusé de "violences". Tout comme Ibrahim Mohamed, reporter pour Miadhu, qui a été accusé en avril d’avoir organisé une manifestation, de s’en être pris à des policiers et d’avoir lancé la rumeur selon laquelle des agents avaient tué une personne. En réalité, le jeune reporter avait photographié le passage à tabac et l’arrestation du président du Parti démocratique maldivien, Mohamed Nasheed. Ibrahim Mohamed a passé 48 heures au poste de police. Quelques jours plus tard, trois journalistes ont été arrêtés lors de l’enterrement de Hussein Salah, un ancien prisonnier retrouvé mort le visage et le corps tuméfiés. Zeena Zahir, du journal progouvernemental Miadhu, Adam Miqdad, le rédacteur en chef du site e-Sandhaanu, ainsi que Mohamed Nasheed, photographe pour Minivan, ont été interpellés, accusés par la police d’être des manifestants et non pas des reporters. En septembre, Moosa Anwar, de l’hebdomadaire Sangu, a été interpellé, battu puis accusé de "désobéissance" par des policiers à Malé.

Deux journalistes du journal Minivan sont par ailleurs détenus pour consommation de drogue. Abdulla "Fahala " Saeed, condamné à la prison à vie en avril 2006 pour “possession et trafic de drogue”, est très affaibli physiquement et moralement par des conditions de détention difficiles dans la prison de Maafushi. Des observateurs ont dénoncé de nombreuses irrégularités lors de son procès. Sa condamnation à la prison à vie semble liée au ton très critique du journaliste dans les colonnes de Minivan. Et fin 2007, Ali Rasheed, journaliste qui a collaboré à de nombreuses publications d’opposition, a été incarcéré à Maafushi après avoir été condamné à la prison à vie également pour trafic de drogue. Ali Rasheed, qui reconnaît avoir consommé de la drogue, a affirmé être la victime d’un procès manipulé. Début 2007, il avait notamment dénoncé le régime dans des articles virulents et auprès de médias étrangers, dont la chaîne Al-Jazira.

Minivan, encore et toujours dans le collimateur

Comme au cours des années précédentes, la répression s’est concentrée sur le journal d’opposition Minivan, au ton parfois agressif. Aminath Najeeb, rédactrice en chef du quotidien proche du Parti démocratique maldivien, a été convoquée devant la justice à maintes reprises en 2007. En avril, elle a comparu devant une cour criminelle de Malé, accusée de "désobéissance civile". Les autorités lui ont reproché d’avoir publié un article, en septembre 2006, dans lequel un journaliste, sous couvert d’anonymat, a dénoncé les travers du système judiciaire. Selon l’auteur, les juges s’attaquent plus au peuple qu’ils ne le défendent. Aminath Najeeb a dû répondre du même chef d’inculpation dans deux autres procès. Elle risque une peine allant jusqu’à 18 mois de prison. Le rédacteur en chef de Minivan, Nazim Sattar, a également été accusé de "désobéissance civile". A l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai, les autorités ont annoncé que les charges contre les deux responsables de Minivan allaient être levées ou réduites.

En mai également, Aishath Ainya, collaboratrice de Minivan et militante des droits des femmes, a été arrêtée pour être interrogée par le Conseil suprême islamique. Elle avait dénoncé dans un article l’obligation faite aux femmes de porter le voile.

L’une de ses déclarations virulentes, publiée dans Minivan, a valu six mois de prison au caricaturiste et opposant Ahmed Abbas. En mars, une cour de Malé a rejeté son appel après sa condamnation par contumace pour "désobéissance à l’ordre", en novembre 2006. Dans une interview, Ahmed Abbas avait déclaré que les militants de l’opposition devaient se défendre des violences policières. Le 3 mai encore, Ahmed Abbas a été relâché de la prison de Maafushi.

Les autorités ont également entravé le travail des journalistes du site d’informations Minivan News, basé à l’étranger. En janvier, le reporter américain Phillip Wellman, correspondant de Minivannews.com, a été expulsé. Sous prétexte qu’il n’était pas détenteur d’un visa en règle, le journaliste a été interdit de séjour dans le pays pour une période de deux ans. Phillip Wellman était arrivé aux Maldives quelques jours auparavant. Il avait déjà été arrêté et expulsé en septembre 2006, alors qu’il disposait d’un visa de travail. Il avait été assuré de pouvoir retourner aux Maldives au bout de deux semaines.

Enfin, Patrick Browne, correspondant de la chaîne Canadian Broadcasting Corporation en Asie du Sud, et son cameraman ont été malmenés, en mars, par la police, lors d’une manifestation organisée à l’occasion du retour aux Maldives de l’opposante Mariya Ahmed Didi qui venait de recevoir le titre de "femme internationale de courage" par Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américain.

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