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Affaire Zunar : la Haute Cour établit un précédent inquiétant pour la liberté de la presse

Affaire Zunar : la Haute Cour établit un précédent inquiétant pour la liberté de la presse

Publié le mardi 31 juillet 2012.
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Reporters sans frontières n’accueille pas favorablement le verdict prononcé par la Haute Cour de Kuala Lumpur, le 31 juillet 2012, concernant la plainte lancée contre l’Etat malaisien par le caricaturiste Zulkiflee Anwar Haque, plus connu sous le nom de Zunar. Celui-ci poursuit les autorités malaisiennes pour la confiscation de ses ouvrages, les pertes financières et la détention illégale qu’il avait subies, en 2010, mais la Haute Cour n’a que partiellement reconnu le préjudice subi par le caricaturiste.

"Ce verdict sonne comme un avertissement à tous les journalistes du pays. Il pourrait établir un précédent aussi inédit qu’inquiétant pour les principes fondamentaux de la liberté de la presse et la liberté d’expression, qui auraient dû prévaloir dans la décision de la Haute Cour. Si la confiscation des 66 copies de son ouvrage ’Cartoon-o-phobia’ a été jugée illégale, il aurait dû en être de même pour la détention de Zunar", a déclaré Reporters sans frontières.

"Les ouvrages de caricatures ne constituent en aucun cas des instruments de ’sédition’, mais des œuvres journalistiques et artistiques nécessaires à la démocratie malaisienne. Nous réitérons notre demande de levée d’interdiction de tous les ouvrages de Zunar, ainsi que le retrait de la prohibition de caricatures, décidée par le gouvernement du Premier ministre, Najib Razak, pour la prochaine période électorale", a ajouté l’organisation.

Durant l’audience, le juge de la Haute Cour, Vazeer Alam Mydin, a déclaré que "la loi ne (permettait) pas aux autorités de conserver le matériel saisi pendant une période prolongée" et que " la confiscation prolongée des ouvrages (affecterait) les moyens d’existence du plaignant."

Contacté par Reporters sans frontières, Zunar a qualifié le jugement de la Haute Cour de "comique" et "contradictoire" : "Mes ouvrages et ma personne ne sont pas dissociables. Par ailleurs, comment des ’doutes raisonnables’, auxquels le Sedition Act fait référence, ont pu permettre aux autorités de me détenir, alors qu’elles n’avaient même pas vu le contenu de ’Cartoon-o-phobia’ ? "

Mécontent du verdict concernant l’arrestation de Zunar, son avocat, Me Surendran a déclaré qu’il ferait appel. Selon lui, la détention de son client "montre que le gouvernement souhaitait saboter la sortie des ouvrages de Zunar".

Dans un communiqué de presse paru le 31 juillet 2012, l’organisation Lawyers for liberty a précisé que la Haute Cour avait "omis de regarder objectivement les faits entourant l’arrestation et la détention de Zunar, qui montrent clairement la mauvaise foi (mala fide) de la part de la police et du gouvernement pour saboter le lancement du livre qui avait été prévu dans la nuit de l’arrestation".

Le caricaturiste et sa société d’édition Sepakat Efektif Sdn Bhd avaient engagé une action en justice, pour détention arbitraire, contre le ministère des Affaires intérieures, l’inspecteur général de la police, Ismail Omar, et les officiers de police Arikrishna Apparau et Marina Hashim.

Zunar avait également déposé plainte pour les pertes matérielles qu’avaient occasionnées la confiscation de ses ouvrages (et d’une peinture), dont le lancement était prévu le jour même de son arrestation, le 24 septembre 2010.

L’arrestation de Zunar avait été successivement justifiée par la loi sur la sédition (Sedition Act) et la loi sur la presse et les publications (Printing Presses and Publications Act), régulièrement dénoncées par Reporters sans frontières pour leur caractère répressif http://fr.rsf.org/surveillance-mala.... La loi sur la sédition punit la critique à l’égard des autorités malaisiennes ainsi que le fait de remettre en cause l’ordre établi et les droits ou privilèges de la souveraineté. Toute personne inculpée risque jusqu’à cinq ans de prison et 5 000 ringgits d’amende.

A l’instar de la loi sur la presse et les publications de 1984, une trentaine d’autres lois peuvent également être utilisées pour contrôler les médias et Internet.

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