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Les deux animateurs de Free FM relâchés

Les deux animateurs de Free FM relâchés

Publié le jeudi 3 mai 2012.
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La directrice et animatrice de Free FM, Lalatiana Rakotondrazafy, et son collaborateur Fidèle Razarapiera ont été libérés, le 3 mai 2012, aux alentours de 16 heures, après 24 heures de garde à vue. Selon leur avocat, Andry Fiankinana, cité par l’Agence France-Presse (AFP), les deux journalistes sont poursuivis pour "diffamation", "diffusion de fausses nouvelles", et "incitation à la haine".


03.05.2012 - Deux animateurs de Free FM en garde à vue, la radio menacée de fermeture

La directrice et animatrice de la radio Free FM, Lalatiana Rakotondrazafy, et son collaborateur Fidèle Razarapiera se trouvent en garde à vue à la gendarmerie de Betongolo, à Antananarivo, depuis le 2 mai 2012, et ont passé la nuit en détention, a appris Reporters sans frontières qui demande que les deux journalistes soient relâchés. La raison de cette privation de liberté pour interrogatoire, qui ne doit pas, selon la loi malgache, excéder 48 heures, n’a pas été communiquée.

La radio est actuellement poursuivie en justice par un opérateur économique pour "diffamation" et a également été mise en demeure par le ministre de la Communication, qui a ensuite saisi le tribunal administratif.

"Le fait que le ministre de la Communication décide de se tourner vers la justice plutôt que de fermer lui-même la radio de manière discrétionnaire pourrait sembler rassurant, mais derrière le masque de la procédure juridique, transparaît une volonté politique d’aboutir à la suspension ou à la fermeture de la radio Free FM. A Madagascar, aussi longtemps qu’elle sera sous le contrôle du ministère de la Communication, l’instance de régulation des médias ne pourra pas être prise au sérieux. Cette institution n’est pas indépendante. L’argumentaire vague et laconique contenu dans les deux lettres de mise en demeure ne fait que le confirmer", a déclaré Reporters sans frontières.

La Commission spéciale à la communication audiovisuelle (CSCA, organe de régulation), présidée par le ministre de la Communication, Harry Laurent Rahajason, ancien journaliste plus connu sous son nom de plume Rolly Mercia, a adressé deux lettres de mise en demeure à la radio Free FM.

La première, en date du 16 avril 2012, reproche à la radio de "diffuser des émissions publicitaires à caractère politique" pour une bande dessinée qui comporterait "des propos diffamatoires et outrageants" envers les institutions. Cette même mise en garde a été adressée également au quotidien Tia Tanindrazana, qui annonçait son intention de publier la bande dessinée.

La seconde lettre invite la radio à se conformer aux obligations et statuts officiels contenus dans l’autorisation d’agrément, délivrée en septembre 2011. Après un délai de huit jours, le ministre de la Communication a saisi le tribunal administratif.

La situation de Free FM n’est pas sans rappeler celle qui avait préexisté à la crise politique de 2009, lorsque Radio Viva avait été fermée manu militari "pour troubles politiques". A l’époque, Harry Laurent Rahajason, Lalatiana Rakotondrazafy, et Fidèle Razarapiera, animaient ensemble "Anao ny fitenenana" (A vous la parole), un talk-show virulent et acerbe à l’égard du président d’alors, Marc Ravalomanana. Suite à une divergence d’opinions, Lalatiana Rakotondrazafy et Fidèle Razarapiera ont quitté Radio Viva en mai 2011 pour continuer leurs émissions sur Free FM, devenant ainsi de nouveaux opposants à la Haute autorité de transition (HAT, au pouvoir).

Le 27 avril, le ministre de la Communication a annoncé que l’avant-projet de code la communication prévoit l’accessibilité de la couverture nationale aux stations de radio et de télévision privées. Reporters sans frontières salue ce projet, de même que la dépénalisation des délits de presse également contenue dans l’avant-projet de législation, mais déplore pour l’heure la politique du "deux poids deux mesures" des autorités à l’égard de la presse publique ou proche du pouvoir d’un côté, et de la presse critique de l’autre côté. Alors que les médias favorables au gouvernement actuel d’Andry Rajoelina disposent d’une grande facilité pour émettre sur l’ensemble du territoire malgache, plusieurs radios privées, dont la station Free FM, se sont vues refuser leur demande d’extension en province.

Repoussées trois fois depuis mai 2011, des élections sont prévues avant la fin de l’année 2012. Leur calendrier reste aléatoire, et la nature du scrutin (présidentielle et/ou législatives) indéterminée.

Reporters sans frontières avait publié en juillet 2010 un rapport d’enquête sur le paysage médiatique malgache et le rôle des médias dans la crise qui a secoué l’île en 2008 et 2009

Photo : Lalatiana Rakotondrazafy et Fidèle Razarapiera (Madahoax.com)

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