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Gintaras Visockas toujours condamné à 32 000 d'euros d'amende pour « révélation d'informations avérées »

Gintaras Visockas toujours condamné à 32 000 d’euros d’amende pour « révélation d’informations avérées »

Publié le lundi 14 novembre 2011.
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Reporters sans frontières dénonce avec la plus grande fermeté le maintien de la condamnation prononcée le 23 mars 2011 contre le journaliste Gintaras Visockas, directeur du site d’information en ligne slaptai.lt (« secret.lt »). Le journaliste était poursuivi pour diffamation par un ancien général de l’armée, Česlovas Jezerskas, qui lui reprochait un article dans lequel Gintaras Visockas sous-entendait qu’il faisait partie du KGB en rappelant que l’ancien dignitaire était considéré comme un maître en arts martiaux, discipline qui était à l’époque directement liée aux anciens services russes. Dans un arrêté ubuesque, la cour a condamné le journaliste à une amende de 15 000 euros pour diffamation et à payer les 17 000 euros de frais de procédures, statuant, selon une curieuse logique, que « les faits révélés par le journaliste sont certes vrais, mais pourraient être mal interprétés ou mal compris par les lecteurs ». Gintaras Visockas a jusqu’ici refusé de payer et s’expose désormais à une peine de prison d’au moins 40 jours s’il ne s’acquitte pas dans les prochains jours les frais juridiques.

« Il n’y avait aucune preuve pour étayer cette décision de justice. Pas une seule enquête d’opinion n’a été menée pour prouver que mes propos pouvaient être mal compris par certains. A présent, je suis considéré comme un criminel alors que la cour a elle-même admis que je n’avais publié que la stricte vérité », déclare Gintaras Visockas.

Reporters sans frontières apporte tout son soutien à Gintaras Visockas qui affronte depuis trop de mois les conséquences d’une décision judiciaire qui n’a aucun sens. Si, comme chacun le reconnait, les faits sont avérés, il ne peut y avoir diffamation. La justice n’a pas à se substituer à des lecteurs qui ont les moyens de se faire leurs propres opinions à partir d’informations avérées. Les liens entre les anciens membres ou collaborateurs de l’armée soviétique et le KGB ne constituent en rien un sujet tabou et doivent être investigués en toute liberté. En tant qu’Etat membre de l’Union européenne, la Lituanie a un devoir d’exemplarité en la matière. La décision surréaliste de la cour affaiblit ce devoir et laisse à penser que certains pans de l’histoire ne peuvent être abordés. Le montant exorbitant et totalement disproportionné de l’amende constitue par ailleurs une pression non négligeable sur les journalistes qui souhaiteraient traiter le sujet. Le maintien et l’application d’une telle décision pourraient inciter à l’autocensure sur un sujet qui relève clairement de l’intérêt public.

Nous sommes par ailleurs très étonnés par le curieux silence de la cour de cassation qui n’a donné aucune réponse à la demande d’appel formulée par Gintaras Visockas alors qu’elle aurait pu rapidement clore cette mascarade. Il est urgent que la justice lituanienne se ressaisisse et qu’elle prenne enfin la seule décision logique qui s’impose : une relaxe complète et immédiate. Gintaras Visockas a certes déjà porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme, mais cette dernière ne pourra cependant pas se prononcer à temps pour lui éviter la prison. Nous resterons très attentifs aux décisions qui seront prises dans cette affaire qui doit se clore rapidement.

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