Reporters sans frontières

22853

Accueil - Afrique - Lesotho

L’hebdomadaire Public Eye menacé de disparition à cause du boycott publicitaire ordonné par le gouvernement

Publié le lundi 9 juillet 2007.
Version imprimable de cet article Imprimerenvoyer l'article par mail envoyer

Reporters sans frontières exprime son inquiétude pour la survie de l’hebdomadaire privé Public Eye, après que le gouvernement du Lesotho a ordonné à toutes les entreprises publiques et parapubliques, début juin 2007, de ne plus lui acheter d’espace publicitaire.

"L’utilisation politique et malveillante de la publicité est une technique scandaleuse que le gouvernement du Lesotho devrait avoir banni. Non seulement cela met en danger l’existence même d’une presse libre dans le royaume, mais cela constitue également un cas de censure déguisée et un abus de pouvoir. Le gouvernement n’étant pas le propriétaire des biens publics, il ne devrait pas les utiliser pour satisfaire ses petits intérêts politiciens", a déclaré l’organisation.

Début juin, le fondateur et directeur de publication de Public Eye, Bethuel Thai, a été informé par plusieurs annonceurs publics et parapublics qu’ils avaient reçu l’ordre de ne plus acheter d’espace publicitaire dans son journal. Le journaliste ayant demandé de voir un ordre écrit motivant la décision, tous ses interlocuteurs l’ont renvoyé vers le secrétaire général du gouvernement, Tlohang Sekhamane. Celui-ci a confirmé auprès de la direction du journal la décision prise le gouvernement, mais a affirmé qu’il n’existait pas d’ordre écrit.

Toutefois, la direction de Public Eye possède une copie d’un message adressé par la direction des ressources humaines du ministère de l’Intérieur (Ministry of Local Government) aux directeurs, chefs de projet et de sections, affirmant : "J’ai l’ordre de vous informer que les demandes de services publicitaires adressées au journal Public Eye et à la radio Harvest FM doivent cesser avec effet immédiat. Je vous remercie pour votre coopération habituelle."

Depuis cette date, aucun espace de publicité pour les entreprises concernées n’a été commandé. Bethuel Thai a donc été contraint d’informer ses employés qu’il devait suspendre tous les salaires jusqu’à nouvel ordre, la publicité représentant environ 85% des revenus du journal. Ses tentatives pour contacter les plus hautes autorités et obtenir des explications ou un arrangement ont été infructueuses. Selon l’estimation de Bethuel Thai, son journal ne pourra survivre au-delà de six mois dans ces conditions.

Fondé en 1997 sous la forme d’un bulletin photocopié, Public Eye est devenu en dix ans un hebdomadaire respecté et de grande qualité, employant 26 personnes et une quinzaine de pigistes. Il est l’un des rares journaux indépendants et le plus lu du royaume.

La station privée Harvest FM est régulièrement accusée par le gouvernement du Lesotho d’être une officine du principal parti d’opposition, la All Basotho Convention. L’un de ses journalistes vedettes, Thabo Thakalekoala, est actuellement inculpé de "non-dénonciation d’activité subversive" après avoir lu à l’antenne une lettre demandant le départ du Premier ministre qui lui aurait été donnée par des membres de l’armée.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

FICHES PAYS

close
close
close
Contact | Les actions de Reporters sans frontières | Mentions légales | CGU | La boutique | Les albums