"LA VIDA LOCA"
Date de sortie : 30 septembre 2009
Diffusé pour la première fois en 2008, le documentaire “La Vida Loca”, consacré à la “Mara 18”, a été réalisé par Christian Poveda après seize mois passés au contact des gangs du quartier “La Campanera”, dans l’est de San Salvador. Ses images sont crues, dérangeantes : les membres des gangs abattus en pleine rue, les cadavres d’adolescents, les proches qui pleurent sur les cercueils, les jeunes femmes au visage recouvert de tatouages. Selon les médias locaux, Christian Poveda a lui-même été témoin de sept homicides pendant le tournage. Trois des tués étaient des protagonistes du documentaire et d’autres membres de “Mara 18”, qui apparaissent dans le film, ont été arrêtés pendant la réalisation du film.
“La Vida Loca” est également un témoignage critique des méthodes musclées utilisées par la police contre cette jeunesse perdue. Subtil, il admet que les gangs sèment la terreur mais décrit aussi les jeunes mareros comme des êtres captivants et représentatifs de la fracture de la vie familiale. Il cherche à montrer comment les conditions socio-économiques, selon lui négligées, poussent les jeunes Salvadoriens vers le crime. “Nous devons comprendre pourquoi un enfant de 12 ou 13 ans rejoint un gang et donne sa vie pour lui”, déclarait Christian Poveda dans une interview au quotidien salvadorien en ligne El Faro. Déjà diffusé dans plusieurs pays (Espagne, Mexique, Argentine, Allemagne et Hongrie), le film n’a jamais été projeté en salle au Salvador.
SAN SALVADOR, 27 septembre 2009 (AFP)
Interview de Christian Poveda
Quelques heures avant son assassinat au Salvador, le photographe et cinéaste franco-espagnol Christian Poveda dénonçait avec virulence le violent "spectacle" et son traitement médiatique dans ce pays, dans une interview vidéo tournée par l’AFP et diffusée dimanche.
"On ne peut pas nier que dans ce pays, il y a des morts au milieu de la rue tous les jours, et que c’est un spectacle, que les gens vont même avec leurs enfants voir les morts dans la rue. Vouloir nier cela est une hypocrisie", dit-il dans l’interview de 25 minutes tournée chez lui à San Salvador, la matinée du jour de sa mort.
Christian Poveda, 54 ans, a été abattu de quatre balles dans la tête le 2 septembre dans une banlieue de la capitale par des membres de la "Mara 18", un des gangs ultraviolents du Salvador sur lequel il avait travaillé, selon la police. Christian Poveda est l’auteur du documentaire "La vida loca" (La folle vie) qui doit sortir le 30 septembre en France, où il partage la vie et les tentatives de rédemption de membres de la "Mara 18", tatoués de la tête aux pieds.
Le photographe et cinéaste, dont les cendres ont été rapatriées en Espagne d’où sont originaires ses parents, connaissait bien le Salvador, son pays d’adoption. Il avait couvert la guerre civile (1980-1992) et s’y était installé en 2003. Dans le pays, les gangs, impliqués dans le trafic de drogue et dans les extorsions, sont tenus responsables de 60% des homicides.
"Le Salvador est le pays le plus violent de toute l’Amérique latine. Il y a une moyenne de presque 15 homicides par jour", pour une population de 7,1 millions d’habitants, selon lui. Dans ce petit pays pauvre d’Amérique centrale, "ultramachiste", "la violence se reproduit de mère en fils depuis la naissance", elle est inscrite dans les "gènes des Salvadoriens", dénonce-t-il dans l’entretien vidéo. "Ici, la majorité des jeunes meurent dans des bagarres de coqs, pour vraiment pas grand-chose. Ici on dégaine ses armes pour n’importe quoi, alors quand un média veut nier cette réalité, pour moi cela ressemble à de l’hypocrisie", ajoute-t-il.
Dans son ultime interview, il critique l’effet pervers d’une initiative des médias salvadoriens intitulée "Médias unis pour la Paix", au nom de laquelle ils s’engagent à ne pas publier des photos explicites de violence. "Un pacte de silence", selon Christian Poveda. "C’est, me semble-t-il, un pacte d’une grande hypocrisie de la part des médias, une censure directe d’une réalité de ce pays", juge-t-il. "Nier cette réalité quand on est journaliste ou photojournaliste mérite de changer de profession (...) Ces gens, ceux qui ont lancé cette censure, ne sont pas des journalistes, en réalité ce sont des gens qui travaillent pour un parti politique", selon lui.
Christian Poveda estime que l’insécurité est exploitée par l’Alliance républicaine nationale (ARENA), le parti de droite qui a gouverné pendant 20 ans, avant l’élection le 1er juin du président de gauche Mauricio Funes.
"L’insécurité a profité à l’ARENA", dit-il en allusion au fait que le parti a fondé ses campagnes électorales de 1999 à 2004 sur la promesse de combattre les gangs. Pour lui, au Salvador, "la violence provient de la misère et des gènes des Salvadoriens". Le rôle des médias est justement de "changer les mentalités". "Attribuer tous les homicides aux +maras+ (nom donné aux gangs) est facile, et en même temps c’est cacher une autre réalité".
La police du Salvador a arrêté le 9 septembre cinq suspects dont un policier qui aurait fait passer le photographe et cinéaste pour un informateur de police. Le meurtre aurait été commandité par un membre de la "Mara 18", depuis sa prison.

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