Reporters sans frontières

Scope TV dans le collimateur des autorités

Scope TV dans le collimateur des autorités

Publié le vendredi 4 mai 2012. Mis à jour le jeudi 3 mai 2012.
Version imprimable de cet article Imprimerenvoyer l'article par mail envoyer English

Reporters sans frontières est consternée par le verdict du tribunal de première instance koweïtien qui a condamné, le 26 avril 2012, la chaîne Scope TV, à verser une amende compensatoire de 500 000 dinars koweïtiens (environ 1 360 000 euros), dans l’affaire qui l’opposait directement aux autorités du pays.

“Sous couvert de défendre “l’unité nationale”, cette amende exorbitante et disproportionnée vise à museler Scope TV et tous les médias critiquant le pouvoir royal”, a déclaré l’organisation, qui demande la levée des sanctions infligées à la chaîne .

Le tribunal a condamné la chaîne Scope TV à verser une indemnité colossale de 500 000 dinars koweïtiens à l’ancien sous-secrétaire d’Etat au ministère de l’Information, le sheikh Faissal Al-Malek Al-Sabah. Selon le tribunal, le directeur de la chaîne et ancien député, Tallal Al-Saïd, avait diffusé, en octobre 2011, un programme jugé “offensant” envers la famille royale.

Ce jugement ne fait que renforcer une fois de plus le climat actuel de défiance envers la presse.

Les autorités koweïtiennes souhaitent renforcer les sanctions prévues par la loi sur l’audiovisuel. Le 17 avril 2012, le ministre de l’Information s’est prononcé pour une application stricte de loi sur l’audiovisuel afin de garantir “l’unité nationale”, ajoutant que les autorités étudiaient la possibilité d’amender cette loi afin de durcir les dispositions prévues à l’encontre des médias contrevenants. Le 11 avril 2012, d’après un article du quotidien Addustour, le ministre de l’Information, avait déclaré que “tous les journaux et les chaînes qui portent atteinte à l’unité nationale, seront déférés devant le procureur général sans traitements de faveur”.

Par ailleurs, le 22 avril 2012, le gouvernement koweïtien a soumis, au Parlement, un projet de loi concernant “l’unité nationale”, qui, dans son article 19, sanctionne de trois à sept ans de prison et d’au moins 3 000 dinars koweïtiens (près de 8 200 euros), toute personne qui ne respecterait pas les dispositions des articles 9 à 18 de loi. Ces derniers considèrent que “l’unité nationale” est bafouée si les médias portent atteinte aux communautés et incitent à la haine (article 9), aux croyances et à la religion (articles 10 et 11), ou si encore ils ne respectent pas la vie privée des personnes (article 12).

Le 18 mars dernier, les locaux de la chaîne Scope TV situés dans la capitale ont été investis par une cinquantaine de personnes de la tribu Al-Awazim, majoritaire dans le pays, détruisant une partie de la façade du bâtiment et vandalisant les bureaux. Les manifestants entendaient réagir à la diffusion de propos jugés “insultants” envers eux, lors de l’émission présentée par Fayez Baty, au cours de laquelle le député Hussein Al-Qalaf (député chiite) aurait critiqué le sheikh Falah Bin Jamir, leader de la tribu Al-Awazim.

Suite à cette interview, le gouvernement koweïtien a décidé d’engager des poursuites judiciaires à l’encontre de la chaîne, l’accusant de faire le lit du “sectarisme” et de vouloir “détériorer l’unité nationale”. Le lendemain de cet incident, la direction de la chaîne avait interrompu sa diffusion, en signe de protestation à l’attaque. Selon des déclarations parues dans Al-Watan le 23 mars 2012, Fayez Baty a démissionné après avoir exprimé des excuses et des regrets. Le 29 avril dernier, trois membres de la tribu des Al-Awazim accusés d’avoir participés à l’attaque de la chaîne le 18 mars 2012, ont été libérés par le procureur général, après le versement d’une caution de 1000 dinars koweïtiens chacun (environ 2700 euros).

Précédemment, lors de la campagne pour les élections législatives du 2 février dernier, Scope TV avait été poursuivie suite à la diffusion des propos du candidat de la troisième circonscription, Mohamed Al-Jouwaihel, libéral farouchement opposé à la mainmise des tribus sur la conduite de la politique. Suite à ces déclarations, les partisans du pouvoir tribal ont incendié les locaux du candidat.

Le 31 janvier 2012, les bâtiments de la chaîne Al-Watan avaient été pris d’assaut par des partisans des tribus, alors que devait se dérouler un débat entre deux candidats, Faysal Al-Muslim, affilié aux islamistes, et Nabil Al-Fadl, candidat pro-gouvernemental considéré comme hostile à la tribu des Motairi.

Reporters sans frontières a également appris le blocage sur Internet, depuis le 21 mars 2012, du quotidien Watan, journal indépendant en ligne, basé aux Etats-Unis, disponible en version arabe et anglaise. Les pages Internet de Watan sont inaccessibles depuis le territoire koweïtien. Figure uniquement la mention : “Le site a été bloqué par le ministère des Communications en accord avec l’article VII de la résolution ministérielle n°103 de 2000”. Les administrateurs du site n’ont pas été informés de cette fermeture et aucune justification ne leur a été fournie. Le 29 mars 2012, Bassam Mahdawi, rédacteur en chef du journal en ligne, a confirmé à l’organisation que les pages du site étaient toujours bloquées au Koweït. L’Arabie Saoudite, et la Syrie censurent également ce journal en ligne.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

FICHES PAYS

close
Contact | Les actions de Reporters sans frontières | Mentions légales | CGU | La boutique | Les albums