Reporters sans frontières

Nouvelle vague de menaces contre la presse écrite

Publié le mercredi 10 mars 2010.
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Reporters sans frontières dénonce une nouvelle vague de menaces qui a frappé à quelques jours d’intervalle trois journalistes d’investigation.

Dans un article paru dans l’édition du 18 février 2010 du quotidien Koha Ditore le journaliste Vehbi Kajtazi, s’étonnait des luttes internes et des contradictions apparues entre les décisions prises par le Président et celles du système judiciaire. Il citait à titre d’exemple l’amnistie accordée par le Président Fatmir Sejdiu à l’occasion du deuxième anniversaire de l’indépendance du Kosovo le 17 Février, à l’un des fils de Sabit Geci, un ancien commandant local de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Alban Geci avait pourtant été inculpé avec son frère Kushtrim le 22 juin 2009 par le procureur de Pristina pour avoir participé à une attaque contre la maison du Premier ministre Hashim Thaci.

Au lendemain de la parution de l’article, Sabit Geci a téléphoné à Vehbi Kajtazi et l’a menacé de représailles s’il ne cessait pas sa "campagne de diffamation". En accord avec la direction du quotidien Koha Ditore, Vehbi Kajtazi lui a proposé à plusieurs reprises un droit de réponse qu’il a décliné. "Il m’a dit qu’il résout ses problèmes sans les tribunaux, et m’a demandé de présenter des excuses publiques pour le mal que j’avais fait à sa famille" a confirmé Vehbi Kajtazi. Sabit Geci avait déjà menacé le journaliste en avril 2009 lorsque ses deux fils avaient été inculpés.

Le quotidien Koha Ditore qui a contacté Sabit Gaci pour s’étonner de ces menaces s’est vu rétorqué : "Je ne menace pas, j’agis".

Vehbi Kajtazi a porté plainte auprès des services de police mais, en privé et sous couvert d’anonymat, un haut fonctionnaire de la police a conseillé au journaliste d’oublier la menace et d’abandonner sa plainte qui avait peu de chance d’être pris en considération par un quelconque tribunal. Citant le fonctionnaire, Vehbi Kajtazi a déclaré : "Il n’y a pas un procureur qui s’occupera d’un cas contre Sabit Geci et ses fils. Tous ont renoncé à poursuivre celui qu’il considère comme l’un des plus dangereux criminel ».

En février également, Musa Sabedini, correspondant du quotidien Lajm de la ville de Gjilan (est du Kosovo) a reçu plusieurs menaces de mort par téléphone. Les appels anonymes faisaient menace suite à un article de Musa Sabedini sur le meurtre d’un adolescent de 16 ans à Gjilan. La plainte déposée à la police n’a toujours pas permis d’identifier l’auteur des menaces.

« Il est inadmissible et particulièrement inquiétant de voir les services de police et de justice refuser de traiter des plaintes pour des menaces prononcées à l’encontre d’un journaliste. Si on peut admettre que les enquêtes ne permettent pas toujours d’identifier les auteurs de ces actes, il est en revanche scandaleux de voir les autorités faire tout ce qu’elles peuvent pour dissuader la presse de faire légitimement valoir ses droits. Cette attitude encourage l’impunité qui marque la quasi-totalité des agressions contre les journalistes au Kosovo. Nous appelons les autorités européennes à poursuivre leurs efforts à travers EULEX pour remédier rapidement à cette culture de l’impunité », a déclaré Reporters sans frontières.

Fin janvier 2010, la direction de la société publique Telecom du Kosovo a menacé de poursuivre les deux journalistes Arbana Xharra et Lavdim Halimi du quotidien Zeri après la publication de leur enquête sur la gestion de la société par son directeur général Shyqyri Haxha. Telecom du Kosovo maintient depuis un boycott complet des interviews et refuse de répondre aux questions de Zeri. Telecom du Kosovo est la plus grande entreprise nationale et les enquêtes sur ses activités sont généralement peu appréciées et pas sans conséquence pour ceux qui s’y essayent.

« Il est étonnant qu’une entreprise publique se permette de refuser de répondre à des questions relatives à l’utilisation de ses actifs. Il est du devoir des journalistes d’enquêter sur les éventuels conflits d’intérêt ou dilapidation des fonds publics au sein de la plus grande entreprise publique nationale. Si le gouvernement kosovar ambitionne réellement d’adhérer à l’Union européenne, il est impératif qu’il fasse respecter le droit d’investigation de la presse dans tous les pans de l’économie, tout spécialement quant il s’agit d’entreprises publiques contrôlées et gérées par l’Etat », a déclaré Reporters sans frontières.

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