Reporters sans frontières

A l'approche des élections législatives, KosovaPress abandonne à son sort l'une de ses journalistes.

A l’approche des élections législatives, KosovaPress abandonne à son sort l’une de ses journalistes.

Publié le mercredi 17 novembre 2010.
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Reporters sans frontières dénonce avec la plus grande fermeté les menaces et les vexations dont est victime Sebahate Shala depuis le 12 novembre 2010. La journaliste de l’agence KosovaPress qui assistait ce jour-là à la conférence du Chef adjoint d’EULEX, Andy Sparkes, avait demandé s’il était normal que le Democratic Party of Kosovo (PDK - parti du Premier Ministre Hashim Thaci), puisse présenter aux prochaines élections législatives de décembre prochain deux personnalités qui font l’objet d’une enquête d’EULEX pour “corruption” et “meurtre”, contrevenant ainsi très clairement aux standards démocratiques européens. Andy Sparkes a reconnu que cet épisode n’était pas spécialement “bon pour l’image du Kosovo”.

« Depuis mon intervention à la conférence de presse et la publication de mon article, je reçois beaucoup de SMS très humiliants, offensants et des menaces de la part de personnes proches du PDK. On me met très clairement en garde contre ce que je pourrais écrire », a confié Sebahate Shala à Reporters sans frontières.

KosovaPress avait aussitôt publié sur son site web l’article de sa journaliste rédigé à la suite de la conférence de presse. Quelques heures plus tard, l’agence avait curieusement fait volte face et censuré ce contenu. La direction de KosovaPress a estimé, depuis, les questions de Sebahate Shala “non professionnelles” “stupides” et “n’ayant rien à voir avec la campagne électorale”. Face à une telle détérioration de l’environnement de travail, la journaliste n’a pas eu d’autre choix que de présenter sa démission.

La réaction de la direction de KosovaPress est incompréhensible et particulièrement indigne d’une profession où la solidarité doit être la règle. Les questions posées par Sebahate Shala sont non seulement fondées mais relèvent très clairement de l’intérêt public. Son licenciement est totalement injustifié et manifestement motivé par d’autres considérations qui n’ont rien de professionnelles. Nous appelons la direction de KosovaPress à revenir immédiatement sur ce licenciement et à se solidariser avec ses journalistes lorsqu’ils font face à de telles menaces.

A quelques mois des élections, cette nouvelle affaire fait naître de sérieuses inquiétudes sur la marge de couverture dont disposeront les journalistes des médias publics et privés au cours de la campagne électorale. Il est impératif que le gouvernement d’Hashim Thaci et le PDK apportent un soutien public à Sebahate Shala et qu’ils se désolidarisent des menaces proférées à son encontre. Une enquête doit être ouverte pour identifier les auteurs des SMS et les coupables doivent être sérieusement sanctionnés par la justice.

Nous appelons également les instances internationales toujours très largement représentées à Pristina à témoigner leur solidarité vis-à-vis de la victime et à alerter le gouvernement kosovar de cette situation. L’envoyé spécial de l’Union européenne, Pieter Cornelis Feith, ne peut tolérer que des journalistes soient sanctionnés et menacés lorsqu’ils suivent avec professionnalisme les activités d’Eulex et mènent les investigations nécessaires.

Nous apportons tout notre soutien à Sebahate Shala qui paye fort curieusement un professionnalisme et une déontologie qui constituent pourtant la base du travail journalistique et qui mérite plus que jamais d’être saluée au Kosovo. Nous appelons la presse kosovare à se solidariser de cette consœur en interpellant aussi souvent que possible les autorités kosovares et internationales sur les problèmes manifestes que Sebahate Shala a mis en lumière.

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