Reporters sans frontières

Pour un traitement humain des journalistes emprisonnés et le respect de la charte de la presse

Publié le jeudi 19 août 2010.
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Reporters sans frontières est choquée par le traitement infligé à Ulugbek Abdusalomov, rédacteur en chef du journal indépendant Diydor. Hospitalisé en raison de graves problèmes cardiaques, le journaliste demeure menotté à l’hôpital, sous surveillance policière constante.

Dans le cadre des enquêtes sur les violences interethniques de juin, Ulugbek Abdusalomov a été arrêté le 14 juin 2010 et mis en accusation le 10 août pour « incitation à la haine interethnique », « organisation et participation à des désordres de masse », « extrémisme » et « activités séparatistes visant à détruire l’intégrité territoriale de l’Etat », et ce en vertu de quatre articles du code criminel. Il a été transféré à la prison de Jalal-Abad où les conditions de détention ne conviennent en aucun cas à une personne gravement malade. Considéré prisonnier de conscience par Amnesty International, il encourt entre 3 et 12 ans de prison.

Le journaliste effectue son troisième séjour à l’hôpital depuis sa détention, et ce malgré les demandes répétées de son avocat pour une assignation à domicile que son état de santé justifierait. Victime d’une hémorragie cérébrale il y a deux ans, Ulugbek Abdusalomov souffre d’hypertension, de maladies intestinales et cardiaques, et a besoin de soins médicaux réguliers.

Les semaines précédant les émeutes qui ont soulevé le sud du pays en juin 2010, Ulugbek Abdusalomov avait évoqué dans ses articles les problèmes rencontrés par la minorité ouzbek. Le gouvernement avait alors accusé le journaliste d’être en lien avec les mouvements de protestation ouzbeks, responsables, selon lui, des affrontements avec la population kirghize.

Autre prisonnier de conscience selon Amnesty International, Azimzhan Askarov, journaliste au site d’informations Pravo dlia vsekh (Droits pour tous) et à la tête de l’association locale de défense des droits de l’homme Vozdukh (Air), est poursuivi pour des motifs similaires.

Mis en accusation le 13 août, il avait dénoncé les abus des forces de l’ordre de Jalal-Abad, les violations des droits de l’homme et la crise humanitaire dans le sud du Kirghizstan. Selon les autorités, Azimzhan Askarov aurait incité les manifestants à la violence lors des désordres du 13 juin qui avaient mené au décès d’un officier de police.

Battu en détention, le journaliste serait, selon des témoins, couvert d’ecchymoses. Le site d’informations ferghana.ru rapporte que l’avocat de Azimzhan Askarov a lui aussi été victime d’une agression alors qu’il se rendait à la prison pour rendre visite à son client. Les autorités refusent d’ouvrir une enquête sur les mauvais traitements subis par le journaliste et son avocat.

Les charges retenues contre les deux journalistes reflètent l’acharnement des autorités contre les membres actifs de la communauté ouzbek. Cibles des services de sécurité qui enquêtent sur les affrontements de juin, les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et les membres de la société civile sont harcelés, placés en détention et souvent maltraités.

Reporters sans frontières incite les autorités à améliorer les conditions de détention de Ulugbek Abdusalomov et à s’assurer qu’il bénéficie des soins médicaux nécessaires. L’organisation appelle également à reconsidérer les condamnations des deux journalistes et à accorder une liberté conditionnelle pour Azimzhan Askarov, qui n’est pas en sécurité en prison, et une assignation à domicile pour Ulugbek Abdusalomov, dont l’état de santé ne lui permet pas de purger sa peine en cellule.

Reporters sans frontières appelle néanmoins les journalistes à leurs responsabilités, les invitant à faire preuve de professionnalisme et à s’interdire les prises de position partisanes. L’organisation s’était félicitée de l’adoption de la charte, le 21 mai 2010, par l’ensemble de la presse sur les principes éthiques des reporters et des médias. Elle souligne à nouveau l’importance de ne pas y déroger.

Sakhira Nazarova, reporter indépendante à Osh (sud du Kirghizstan) et première signataire de la charte, rend compte de certaines dérives de la presse lors des violences interethniques : « L’appartenance ethnique était mentionnée en permanence dans les articles, que ce fut un élément déterminant ou non. Certaines citations n’ont fait qu’accentuer la colère des deux côtés du conflit. »

Voici plusieurs principes de la charte en question :

  • « Nous nous engageons à éviter de mentionner l’appartenance ethnique d’une personne ou d’un groupe de personnes. »
  • « Nous savons et nous gardons en mémoire que les vraies raisons d’un affrontement sont liées aux intérêts politiques, sociaux et économiques, et non à l’appartenance ethnique. »
  • « Nous comprenons que, dans une société, les médias peuvent contribuer à répandre des informations selon une approche ethnique et à visée idéologique… Nous n’utiliserons pas de stéréotypes et de clichés qui pourraient porter atteinte à un groupe ethnique. »

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