Reporters sans frontières

Après un raid orchestré par la Sécurité nationale et le licenciement de son directeur, Och TV passe sous le contrôle des autorités locales

Publié le mardi 20 juillet 2010. Mis à jour le jeudi 22 juillet 2010.
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Reporters sans frontières s’inquiète de la situation des médias télévisés au Kirghizstan, presque tous passés sous contrôle du gouvernement provisoire, et des procédures employées pour les nationaliser. En témoigne le cas de la chaîne en langue ouzbèke Och TV. Reporters sans frontières dénonce le licenciement arbitraire de son directeur et le rachat des actions de la chaîne, auparavant privée, par l’Etat.

Depuis le mois de mai, toutes les grandes sociétés audiovisuelles ont été « temporairement » nationalisées, suite à une loi adoptée le 7 avril dernier. La chaîne Och TV, qui a cessé toute diffusion depuis une semaine, connaît le même sort que les chaînes Fifth Channel, Pyramida TV, NBT ou NTS, déjà nationalisées.

En mai 2010, Och TV et Mezon TV ont diffusé en direct –sans commentaires –un meeting de la communauté ouzbèke qui s’est tenu à Jalal-Abad, une ville voisine de Och (capitale du sud du Kirghizstan). Au cours de ce meeting, les participants ont débattu sur leur représentation dans les organes du pouvoir et sur l’éventuelle création d’une république autonome ouzbèke dans le sud du Kirghizstan. Ce meeting a provoqué la colère de la communauté kirghize et le 20 mai, le gouvernement provisoire a envoyé des troupes pour calmer les foules. Le 11 juin dernier, après avoir relaté l’attaque et les pogroms qui se sont produits à Och, Och TV a été suspendue pendant deux semaines par ordre du maire de la ville, Melisbek Myrzakmatov. D’autres chaînes privées, telles que Mezon TV, Pyramidy et DDD ont également été interrompues alors que les médias nationaux n’ont subi aucune perturbation.

Och TV avait à peine repris du service que, le 9 juillet dernier, des agents armés de la Sécurité nationale kirghize (GSNB) ont fait irruption dans ses locaux. Après une fouille méticuleuse des lieux, ils ont saisi une partie des ordinateurs ainsi que des archives (des disques avec des enregistrements vidéo), et arrêté Khalil Khudoïbedyev, directeur de la chaîne depuis vingt ans, pour un interrogatoire de plusieurs heures. Il a été relâché le jour même après que son téléphone lui a été confisqué. Selon ses dires, les autorités ne lui ont posé de questions que sur la taille de sa famille et l’âge de ses enfants.

Khalil Khudoïbedyev, dont on ignore la localisation actuelle pour des raisons de sécurité, a été licencié sans explication. Aucune charge « d’incitation à la haine interethnique » n’a été retenue contre lui. Bien que la chaîne n’émette toujours pas, son nouveau dirigeant, Kamil Sydykov, a déjà été nommé. Selon le site d’information Fergana.ru, le « transfert » du contrôle de la chaîne à son nouveau propriétaire, qui se trouve être ethniquement kirghize (contrairement à son prédécesseur ethniquement ouzbèke), se serait effectué avec la participation directe des autorités de la ville, à savoir le maire de Och, Melisbek Myrzakmatov.

Reporters sans frontières est choquée par « l’interrogatoire » subi par Khalil Khudoïbedyev, qui ressemble surtout à une menace tacite, et condamne l’intervention des agents de la GSNB, qui n’ont fait valoir aucune affaire criminelle dans le cadre de laquelle aurait pu se justifier la perquisition des locaux, puis la réquisition d’une partie des biens de la compagnie télévisée. De plus, ces agents ne disposaient d’aucun mandat autorisant la détention et l’interrogatoire du directeur de Och TV. Enfin, dans la mesure où aucune charge n’a été retenue contre ce dernier, son téléphone portable ainsi que le matériel réquisitionné à Och TV devraient être restitués.

Suite à son entretien avec la présidente kirghize par intérim Rosa Otunbaeva, la représentante de l’OSCE sur la liberté des médias, Dunja Mijatovic, a donné une conférence de presse à Bichkek (capitale) le 19 juillet dernier. Elle a mentionné les problèmes rencontrés par les journalistes qui travaillent dans le sud du pays mais a cependant refusé d’évaluer la situation de la liberté de la presse au Kirghizstan, en expliquant que le pays se trouvait actuellement dans une des périodes les plus sombres de son histoire.

Aux regrets de Reporters sans frontières, la représentante de l’OSCE n’a pas précisé si son entretien avec Rosa Otunbaeva avait également porté sur les cas d’assassinats de journalistes d’opposition kirghizes. Un point important qu’elle avait pourtant soulevé lors de son intervention devant la commission de l’OSCE à Helsinki, qui avait pour thème les menaces sur la liberté de la presse dans les états membres de l’OSCE.

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