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En un mois, les principaux médias d'opposition nationaux réduits au silence

En un mois, les principaux médias d’opposition nationaux réduits au silence

Publié le vendredi 28 décembre 2012. Mis à jour le mercredi 2 janvier 2013.
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Un mois après la requête en ce sens du Parquet général (voir ci-dessous), les principaux médias d’opposition nationaux ont tous été déclarés « extrémistes » et frappés d’interdiction.

« Ce coup sans précédent porté au pluralisme est le fruit d’une scandaleuse instrumentalisation de la justice kazakhe. Transformée en simple outil de répression, celle-ci ne cherche même plus à préserver les apparences : mépris complet des droits de la défense, jugements express, multiples vices de procédures… Le régime autocratique du président Noursoultan Nazarbaïev est en train d’achever sa mue ultra-autoritaire. Cela appelle une réponse forte de la communauté internationale », a déclaré Reporters sans frontières.

Pour contribuer au contournement de la censure, l’organisation a créé des sites miroirs pour chacun de ces médias, qu’elle appelle à répliquer le plus largement possible :

Interdiction des principaux médias d’opposition nationaux

Le 25 décembre 2012, un tribunal d’Almaty (capitale économique) a ordonné l’interdiction des huit déclinaisons du journal Respublika : Golos Respubliki (La voix de la république), Respublika – Delovoe obozrenie (République – revue économique), Vsya Respublika (Toute la république), etc. Respublika avait été progressivement contraint de s’enregistrer sous ces multiples noms pour échapper aux persécutions dont il faisait l’objet. L’interdiction s’applique également aux vingt-trois sites Internet et comptes sur les réseaux sociaux qui relaient ces publications.

Cette décision est la dernière d’une longue série de mesures liberticides qui se sont abattues ces dernières semaines sur les médias d’opposition nationaux. Le portail d’information Stan TV a été interdit au Kazakhstan par un tribunal d’Almaty le 4 décembre, tout comme la chaîne de télévision satellitaire K+, le 6 décembre, et le journal Vzgliad, le 20 décembre. Les médias en question ont annoncé leur intention de faire appel.

Toutes ces condamnations sont intervenues au terme de parodies de procès, au cours desquels l’accusation n’a même pas cherché à apporter la preuve du caractère extrémiste des publications. La justice prétend l’avoir déjà démontré lors du procès de Vladimir Kozlov, leader du parti d’opposition Alga, condamné en appel à sept ans et demi d’emprisonnement en novembre 2012. Un procès auquel les médias concernés n’ont paradoxalement jamais été invités à prendre part.

Avant de rendre son verdict, la justice a arbitrairement considéré que l’ensemble des titres comportant le terme « Respublika » ne constituaient qu’un seul média. Chacun d’entre eux est pourtant juridiquement distinct, doté de propriétaires et de directions différentes.

Acharnement kafkaïen contre Guljan Ergalieva

Un autre portail d’information d’opposition, guljan.org, a été suspendu pour trois mois le 5 décembre 2012. La tentative de sa rédactrice en chef, Guljan Ergalieva, d’ouvrir un journal pour remplacer le site, s’est heurtée à des manœuvres ubuesques de la part du ministère de la Culture et de l’Information : le 20 décembre, soit la veille du premier tirage, la journaliste a été informée que l’enregistrement de son titre, ADAM reader’s, était « annulé ». L’administration a expliqué qu’elle avait « oublié » d’annuler la licence du journal que Guljan Ergalieva faisait paraître sous le même titre entre 2009 et 2011. Or, légalement, cette licence aurait dû être automatiquement supprimée à partir de trois mois d’interruption.

Sur le même thème, lire le document récemment publié sur Wefightcensorship.org : "Janaozen : Comment un événement censuré sert de prétexte à la censure"


04.12.2012 - Les journaux d’opposition condamnés avant d’avoir été jugés

Reporters sans frontières dénonce l’intensification sans précédent des pressions exercées sur les médias indépendants et d’opposition kazakhs. Quelques jours après la requête en ce sens du Parquet général et alors qu’aucun jugement n’a encore été prononcé sur le fond, les deux principaux journaux d’opposition, Golos Respubliki et Vzgliad, ont d’ores et déjà été contraints d’interrompre leur diffusion.

“La justice kazakhe agit au mépris de toutes les lois et fait preuve d’un cynisme indigne, a déploré l’organisation. La suspension des journaux avant jugement équivaut de facto à une condamnation, alors même qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de se défendre. Le recours à cette procédure, une première au Kazakhstan, relève d’une distorsion des lois d’autant plus étonnante que celles-ci sont taillées sur mesure par le Parlement. Le début des procédures judiciaires est marqué par de tels vices de procédure et de telles incohérences que l’équité du jugement ne peut qu’être mise en doute. La saisie immédiate de toute reproduction des journaux interdits et les perquisitions dans leurs locaux, parachèvent le constat d’une campagne organisée d’etouffement des voix critiques au Kazakhstan.”

“Alors que le culte de la personnalité prend de l’ampleur autour du président Noursoultan Nazarbaïev, nous renouvelons notre appel à la communauté internationale, afin qu’elle signifie clairement au régime d’Astana qu’une telle dérive est inadmissible. L’évolution rapide des événements ces dernières semaines montre si besoin était qu’il y a véritablement urgence. La société civile kazakhe a plus que jamais besoin de soutien”, a conclu Reporters sans frontières.

Censure immédiate

Le 21 novembre 2012, le Parquet général a annoncé avoir demandé à la justice de reconnaître le caractère « extrémiste » de deux partis d’opposition et des principaux médias indépendants et d’opposition du pays. Le jour même, le tribunal d’Almaty a ordonné la suspension du journal Golos Respubliki à titre conservatoire. Le 27 novembre, la même décision a été notifiée à Vzgliad. Les deux journaux ont été contraints de suspendre leur impression et leur diffusion. Ils ont annoncé qu’ils comptaient se transformer en médias en ligne - même si leurs sites Internet et leurs comptes sur les réseaux sociaux sont également visés par la requête du Parquet général.

Acharnement contre les journaux interdits et leurs reproductions

Le 28 novembre, des représentants du Département de l’exécution des actes judiciaires ont brutalement perquisitionné les locaux des deux journaux. L’avocat de Golos Respubliki, Sergueï Outkine, a rapporté avoir été violemment bousculé par les huissiers lorsque ces derniers ont pénétré dans les locaux de la rédaction. Selon le rédacteur en chef de Vzgliad, Igor Viniavski, incarcéré durant près de deux mois au début 2012, les huissiers ont enfoncé la porte et menacé le personnel en réclamant les derniers exemplaires du journal.

Les représentants de la justice voulaient également mettre la main sur un recueil d’articles, publié par la rédaction à 99 exemplaires sous le nom de Ne Vzgliad (“Ceci n’est pas Vzgliad”). En droit kazakh, un titre publié à moins de 100 exemplaires n’a pas besoin d’enregistrement auprès des autorités. Pourtant, la plupart des exemplaires de Ne Vzgliad ont été saisis par les forces de l’ordre au moment de leur distribution dans la rue. De même, le numéro du 30 novembre du journal d’opposition Azat, qui reprenait quelques articles de Golos Respubliki, a été retiré de la vente.

Déni de justice

Les audiences préliminaires, tenues le 27 novembre pour Golos Respubliki et le 30 novembre pour Vzgliad, ont donné le spectacle d’une justice prête à tous les vices de procédure pour avancer à marche forcée vers l’interdiction des journaux. Ni le fait que l’inculpation soit fondée sur le jugement d’une autre personne (le leader du parti Alga, Vladimir Kozlov) ; ni l’assimilation par le parquet d’au moins huit titres différents sous l’appellation générique de Respublika ; ni le fait que les médias ne soient pas des personnes morales en droit kazakh, n’ont été reconnus par le tribunal. La demande des avocats de la défense d’assigner les propriétaires des journaux, et non les journaux eux-mêmes, conformément au droit, a été rejetée. Le procès reprendra le 6 décembre pour Golos Respubliki et le 14 décembre pour Vzgliad.

La chasse aux médias indépendants et la partialité de la justice ne constituent que quelques-uns des signes de la dérive ultra-autoritaire dans laquelle sombre le Kazakhstan. Le 1er décembre 2012, le pays a célébré en grande pompe une nouvelle fête : la “Journée du premier Président”. Noursoultan Nazarbaïev, “prédateur de la liberté de la presse” au pouvoir depuis l’indépendance du Kazakhstan en 1991, a été porté aux nues dans tout le pays aux cris de : “Un pays ! Un destin ! Un leader !”


Retrouvez Respublika, Vzgliad et Ne Vzgliad sur Facebook.


(Photo : le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev - crédit Viktor Drachev / AFP)

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