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9 juillet, black-out de la presse en Italie : "Un avant-goût de ce qui risque de nous arriver..."

9 juillet, black-out de la presse en Italie : "Un avant-goût de ce qui risque de nous arriver..."

Publié le mercredi 7 juillet 2010. Mis à jour le jeudi 8 juillet 2010.
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Dans une interview publiée sur Internet, Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières, a apporté son soutien à l’ensemble des journalistes et des médias qui seront en grève le 9 juillet 2010 pour protester contre le projet de réformes visant à réglementer l’investigation judiciaire. Approuvé en commission sénatoriale, le projet de loi prévoit d’imposer deux mois de prison et des amendes pouvant atteindre 464 700 euros aux journalistes et au personnel des médias qui publieraient, même partiellement, le contenu d’écoutes téléphoniques dont le juge aurait ordonné la destruction. Les mêmes sanctions pourraient être appliquées pour la publication de certains documents publics. Le projet de loi prévoit également l’interdiction pour tout média de publier une quelconque information relative à une enquête judiciaire en cours et ce jusqu’à la fin de l’enquête et le début du procès. La réforme imposerait par ailleurs des peines de prison aux journalistes qui ne seraient pas membres d’un ordre des journalistes et qui feraient usage de caméra cachée ou d’enregistrement audio dans leurs reportages.

« Nous saluons la mobilisation de la presse italienne. Elle prouve que les problèmes soulevés par le projet de loi ne sont pas de l’ordre du caprice irresponsable ou d’un quelconque corporatisme. Les kiosques de presse seront vides, les sites d’informations ne seront que peu actualisés, les Italiens ne seront, ce 9 juillet, que partiellement informés. Cette situation atypique offre un avant-goût de ce qui risque d’arriver en Italie si l’Assemblée ne prend pas ses responsabilités », a déclaré Reporters sans frontières.

« Le texte proposé s’attaque aujourd’hui à l’investigation judiciaire. Si l’Assemblée accepte de revenir sur les fondements de ce droit de base de la presse, pourquoi s’arrêterait-elle là ? Que penser du projet de loi visant à introduire des licences pour l’ouverture de Web-TV ? Comment accepter que les télévisions publiques ne puissent pas organiser de débats politiques en pleine période électorale ? En matière d’information, le gouvernement italien ne travaille manifestement plus à la défense de l’intérêt public. Nous espérons qu’il n’en est pas de même pour l’Assemblée et que les Italiens ne devront pas aller chercher auprès de la Cour européenne des droits de l’homme la protection de leurs droits à une information libre et indépendante », a ajouté Reporters sans frontières.

« Les conséquences de ce texte dépasseront les seules frontières de l’Italie. Il est capital que les députés italiens prennent en considération la portée internationale que pourrait avoir cette loi dans la remise en question du rôle des chroniqueurs judiciaires. La légalisation de la censure par un arsenal législatif de plus en plus sophistiqué est un phénomène en constante progression. Les dictatures ont appris à s’inspirer des ambiguïtés des textes de lois européens. Ne leur offrons pas, sous le faux prétexte de la défense de la vie privée, une nouvelle opportunité de justifier leurs exactions », a poursuivi l’organisation.

« En tant que membre fondateur de l’Union européenne, l’Italie a une responsabilité permanente dans la défense de nos libertés publiques. Ce projet de loi ne peut qu’affaiblir cet engagement. Si elle revient aujourd’hui sur un des fondements de l’indépendance de la presse, comment espérer que demain l’Europe puisse faire en la matière entendre sa voix ? Quelle crédibilité le Parlement européen pourrait-il conserver en condamnant légitimement les pratiques liberticides d’un Etat tiers tout en tolérant les mêmes dérives au sein des pays membres ? » a poursuivi l’organisation.

« Nous réitérons notre appel à tous les députés pour qu’ils refusent de voter cette réforme. Nous espérons que la culture démocratique qui anime l’Assemblée nationale aura gain de cause. Nous appelons également le Parlement européen réuni en séance plénière à Strasbourg à se saisir de la question. La tenue d’un simple débat sur la situation de la liberté de la presse en Italie a déjà été curieusement refusée par une partie des députés européens. Il nous semble que la persistance et l’amplification des problèmes mériteraient un peu plus d’attention », a conclu Reporters sans frontières.

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