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Décembre noir pour la liberté de la presse au Kurdistan irakien

Décembre noir pour la liberté de la presse au Kurdistan irakien

Publié le mardi 3 janvier 2012.
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Reporters sans frontières condamne fermement la multiplication des atteintes à la liberté de la presse au Kurdistan irakien au cours du mois de décembre, notamment la vague d’arrestations de journalistes en dehors de tout cadre légal.

Pour l’heure, on recense :

  • cinq locaux abritant des médias incendiés, vandalisés ou pris pour cible
  • 12 journalistes interpellés ou incarcérés en dehors de tout cadre légal,
  • plus d’une quinzaine d’agressions

Tout a commencé avec l’attaque, après la prière du vendredi, le 2 décembre 2011, de salons de massage et de magasins vendant de alcool à Zakho (Nord-Est d’Erbil). Dans la nuit qui a suivi, les bâtiments de l’Union islamique du Kurdistan dans la même ville ont été incendiés, tout comme ceux de médias affiliés à ce parti.

Par la suite, plusieurs sièges de médias ont été incendiés, parmi lesquels ceux de Speda TV, Xabir TV, Xabir Radio et du site Kurdiu. Depuis, la liste professionnels de l’information agressés n’a cessé de s’allonger, tout comme celle des journalistes interpellés. Reporters sans frontières rappelle que Xabir, Speda ainsi que Kurdiu sont des médias affiliés à l’Union islamique du Kurdistan, parti dont de nombreux journalistes sont également membres.

Dans un communiqué publié le 5 décembre dernier, Reporters sans frontières s’était alarmée des exactions commises et avait demandé aux autorités d’ouvrir des enquêtes en conséquence dans différentes villes de la région, notamment à Dohuk, Smel et Zakho.

Le 4 décembre 2011, le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a mis en place une commission, composée de quatre membres (un parlementaire, un membre de l’Union islamique et deux représentants religieux non musulmans), chargée de faire la lumière sur l’ensemble de ces incidents. Elle a rendu ses conclusions le 25 décembre dernier, pointant du doigt la responsabilité des médias proches de l’Union islamique du Kurdistan dans la provocation de l’attaque de magasins vendant de l’alcool et de salons de massage. La commission a également souligné la manière dont les services de sécurité ont été débordé, se montrant incapables d’empêcher les attaques, de protéger les locaux de médias. Elle a également insisté sur la responsabilité de certains groupes proches du Parti démocratique du Kurdistan dans les agressions. Elle demande, enfin, à la justice de se prononcer sur l’ensemble des responsabilités.

Maintenant que tous les journalistes ont été libérés et que certains médias ont pu reprendre leurs activités dans leurs mêmes locaux, Reporters sans frontières revient sur l’ensemble des violations délibérées de la liberté d’informer, en contradiction avec les dispositions juridiques et constitutionnelles en vigueur en Irak et dans la région autonome du Kurdistan irakien, tout en saluant le travail de la commission d’enquête et ses conclusions. La justice doit faire son travail. Reporters sans frontières demande aux juges de dissocier la responsabilité des organisations politiques et le travail d’information des journalistes affiliés aux médias de ces partis.

Journalistes interpellés :


  • Hassan Yasin, directeur de Xabir Radio, le 3 décembre à Zakho
  • Mahir Sagvan, présentateur à Xabir Radio, le 3 décembre à Zakho
  • Islam Saedi Kashani, présentateur et reporter pour Xabir Radio et Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Youssef Salim, présentateur à Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Delbirn Youssef, cameraman de Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Delbirn Haji, monteur pour Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Nursi Ramazan, directeur des programmes de Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Usama Nasradin, cameraman de Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Samir Ubaid, directeur des programmes de Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Bilal Jamil, présentateur d’une émission pour enfants de Xabir TV, le 3 décembre à Zakho
  • Diyar Faruq, journaliste pour le site d’information Kurdiu à Suleimanieh, a été interpellé le 4 décembre.
  • Abdallah Ahmad, cameraman à Speda TV, a été arrêté à son domicile de Zakho le 20 décembre 2011

Tous les journalistes de Xabir arrêtés le 3 décembre 2011 ont été relâchés trois jours plus tard, à l’exception d’Islam Saedi Kashani et Nursi Ramazan. Le 7 décembre, Hassan Yasin, Usama Nasradin, Youssef Salim ont été convoqués au commissariat avant d’être transférés dans un centre de détention contrôlés par les Asayesh. Hasan Yasin a retrouvé la liberté le 11 décembre. Tous trois en échange du versement d’une caution de 10 millions de dinars irakiens (660 euros). Usama Nasradin et Youssef Salim seront libérés le 15. Islam Saedi Kashani et Nursi Ramazan quant à eux été libérés le 26 septembre dernier. Tous deux ont également été contraints de verser une caution de 10 millions de dinars irakiens.

Abdallah Ahmad, cameraman à Speda TV, a été arrêté à son domicile de Zakho le 20 décembre 2011 vers 19h30. Il n’a été relâché que le 27 décembre, en échange du versement d’une caution de dix millions de dinars irakiens.

Au cours de ces détentions arbitraires, les professionnels de l’information ont témoigné avoir subi de mauvais traitements.

Journalistes agressés :

- Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2011 :

  • Abdullah Ahmed, journaliste de Speda TV, a été agressé à Dohuk et sa caméra détruite
  • Des journalistes de la chaîne KNN ont été attaqués à Smel. Leur équipement a été confisqué.
  • Le reporter de la chaîne NRT a violemment été agressé par six hommes armés à Smel.


    - Le 3 décembre 2011 :

  • Ahmed Zawetay, journaliste de la chaîne Al-Jazeera, a été attaqué à Dohuk par les forces de sécurité en civil et des Zeravani (militants du Parti démocratique du Kurdistan), alors qu’il filmait le bâtiment de l’Union islamique du Kurdistan en train de brûler. Sa caméra a été confisquée. Le journaliste a signalé que certains de ses confrères de la chaîne avaient également été visés.
  • Murad Fouad, cameraman de la chaîne Speda à Dohuk, a été agressé et sa caméra cassée.
  • Des professionnels de l’information ont été pris à partie à Erbil alors qu’ils couvraient les rassemblements de partisans de l’Union islamique du Kurdistan. Le reporter, Darbaz Saleh, et le photographe du site du journal Xandan ont été interpellés par les forces de sécurité pendant trente minutes.
  • Des journalistes des chaînes KNN, Speda et Somar News ont été agressés à Suleimanieh, alors qu’ils couvraient une manifestation pacifique organisée en réaction à l’incendie des bureaux de l’Union islamique du Kurdistan.

- Le 4 décembre :

  • Des médias ont été interdits de couvrir l’incendie d’un salon de massage à Suleimanieh dans la soirée.

Médias attaqués :

- Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2011 :

  • Des locaux de médias ont été incendiés à Zakho, parmi lesquels ceux Speda TV, Xabir TV et Xabir Radio.
  • Les bureaux de la chaîne Speda à Erbil ont été la cible de tirs.

Le 14 décembre dernier, le Consul général des Etats-Unis au Kurdistan irakien, Alex Lakares, s’était rendu à Zakho et avait exprimé son inquiétude quant à l’arrestation de journalistes.

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