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Arrestation du directeur de magazine pour calmer les ardeurs des islamistes

Arrestation du directeur de magazine pour calmer les ardeurs des islamistes

Publié le mercredi 16 mai 2012.
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Reporters sans frontières demande la libération immédiate du rédacteur en chef de Chirpa Magazine, Hamin Ary, arrêté le 7 mai 2012, suite à la publication d’un texte d’un auteur kurde controversé, jugé blasphématoire. Les charges qui pèsent à son encontre doivent être levées. L’organisation déplore une nouvelle fois le recours au code pénal pour juger un délit de presse, alors même que la Loi 35 qui régit les affaires de presse au Kurdistan ne prévoit aucune peine privative de liberté pour les professionnels de l’information.

Reporters sans frontières condamne par ailleurs les déclarations du Premier ministre de la région autonome du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, appelant implicitement à la limitation de la liberté de la presse. “Ces déclarations, qui visent à flatter et calmer les islamistes, sont particulièrement inquiétantes de la part d’un responsable politique.”

En outre, l’organisation dénonce l’intolérance et les méthodes non-démocratiques des islamistes, qui utilisent la force de la rue pour parvenir à leurs fins, au lieu de recourir à des moyens légaux de protestation. Ils avaient, en effet, la possibilité de porter plainte contre Chirpa Magazine. A la justice de trancher.

Le 3 mai 2012, Chirpa Magazine (Al-Hamsah en arabe), mensuel en kurde et arabe, a publié un article intitulé “Moi et Dieu”, de Goran Halmat, écrivain kurde controversé, exilé en Norvège ; article initialement posté sur Facebook en 2010. Imaginant une conversation avec Dieu, l’écrit de Goran Halmat a été jugé “insultant envers l’Islam”.

Le 6 mai, se sont réunis les représentants de la Commission des droits et de celle des affaires religieuses, de l’Union des Oulémas, du Syndicat des journalistes et de la rédaction de Chirpa Magazine. Malgré les excuses présentées par le journal, il a été décidé que sa parution serait suspendue pour une durée indéterminée. Le soir même, une centaine de personnes se sont rassemblées devant la mosquée Sawaf, au centre d’Erbil. L’Union des Oulémas et les partis islamiques, notamment la Jama’a Islamiya, ont appelé à la mobilisation pour le 8 mai, afin de condamner la publication de ce texte.

Le lendemain, 7 mai, le Premier ministre de la région autonome du Kurdistan irakien, a condamné cette atteinte à l’Islam, critiquant l’absence de limites à la liberté de la presse dans la région. Satisfait des déclarations de Nechirvan Barzani, la Jama’a Islamiya a déclaré “faire confiance au premier ministre pour punir les responsables”, appelant à l’annulation du rassemblement prévu le lendemain.

Près de 2000 personnes ont pourtant défilé dans les rues d’Erbil, demandant la mort de l’auteur de l’article, exilé en Norvège. Les locaux de la chaîne de télévision Zagros TV, rattaché au Parti démocratique kurde (PDK), ont été la cible d’une tentative d’incendie criminel. La police est intervenue pour disperser les manifestants.

Hamin Ary, directeur de Chirpa Magazine, a été arrêté, le 7 mai, sur la base de l’article 372 du code pénal irakien, qui vise à sanctionner les “délits qui violent les sensibilités religieuses”, a déclaré Abdullah Khaliche Talate, chef de la police d’Erbil. Hamin Ary est toujours incarcéré. Il risque jusqu’à trois ans de prison.

De son côté, Goran Halmat a déclaré, dans un interview à Lvin Magazine, avoir “écrit cet article en 2010 contre Mollah Krikar (leader du groupe armé Ansar Al-Islam). Depuis, il a été republié sur Internet, sans que cela pose problème”.

La publication de cet article intervient dans un climat de tensions entre les groupes islamistes et les autorités de la région autonome du Kurdistan irakien. Plusieurs semaines avant la parution de “Moi et Dieu” dans Chirpa Magazine, les partis islamistes avaient déjà commencé à protester contre la vente de certains articles de prêt-à-porter, portant des inscriptions à connotation religieuse en langue arabe. La re-publication de cet article polémique, a constitué un prétexte à un règlement de comptes politiques entre les islamistes et le gouvernement.

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