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Jusqu'où le Conseil des médias ira-t-il pour éliminer Klubradio ?

Jusqu’où le Conseil des médias ira-t-il pour éliminer Klubradio ?

Publié le vendredi 6 juillet 2012.
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Reporters sans frontières est consternée par la décision du Conseil des médias hongrois (NMHH) d’exclure Klubradio et tous ses concurrents de l’appel d’offres pour la fréquence commerciale Budapest 95.3 MHz, qu’elle avait pourtant remporté.

« L’acharnement du Conseil des médias à l’encontre de Klubradio ne peut que renforcer, malgré ses dénégations, le constat de politisation de cette instance. Sa décision n’est que la dernière étape de multiples péripéties qui ont entre autres conduit le parti au pouvoir à tenter de contourner par la loi les décisions de justice favorables à la radio d’opposition. Elle démontre, si cela était encore nécessaire, la dangerosité de la loi sur les médias adoptée en 2010, que le gouvernement de Viktor Orban s’évertue à maintenir envers et contre tout », a déclaré Reporters sans frontières.

« En éliminant l’ensemble des candidats pour les trois fréquences de la capitale au nom d’une ‘jurisprudence Klubradio’, le Conseil des médias semble faire le choix de la politique du pire. Si le ridicule des arguments qu’il avance se confirme, force serait de constater que l’instance de régulation ne se cache même plus d’agir avec des arrière-pensées politiques. Jusqu’où le parti au pouvoir à Budapest ira-t-il dans son affrontement avec ses opposants et la communauté internationale ? »

En décembre 2011, au terme d’un appel d’offres controversé valorisant la musique et l’actualité locale, la fréquence 95.3 avait été retirée à la station d’opposition et attribuée à une nouvelle radio inconnue, Autoradio, proposant un contenu non politique. L’audience et l’ancienneté de Klubradio n’avaient pas été prises en compte.

En février 2012, le tribunal municipal de Budapest avait invalidé la décision du Conseil des médias et disqualifié Autoradio. Décision confirmée en appel le mois suivant. Klubradio, arrivé en deuxième position, aurait du récupérer sa fréquence. Mais c’était sans compter sur la ferme volonté du parti au pouvoir, le Fidesz, qui domine le Parlement et le Conseil des médias : en mai 2012, il a tenté de faire passer une loi qui aurait autorisé le Conseil des médias à passer outre ces décisions de justice.

D’après Klubradio et la presse locale, la raison invoquée par le Conseil des médias pour justifier l’exclusion de la station est que toutes les pages de son dossier n’auraient pas été correctement signées et numérotées. Contacté par Reporters sans frontières, le Conseil des médias s’est borné à lui envoyer une copie du communiqué de presse paru le 5 juillet 2012, qui fait référence de manière générale aux « critères formels (…) définis par la décision du tribunal et son raisonnement juridique ». Le communiqué n’explique pas non plus comment va se dérouler la suite des événements, dans la mesure où tous les candidats ont été disqualifiés. Nos demandes de précisions n’ont pas reçu de réponse.

Reporters sans frontières a joint par téléphone le directeur général de Klubradio, Andras Arato, à son retour du Conseil des médias où il avait examiné en détail l’original du dossier incriminé. « J’ai vérifié l’intégralité du dossier : toutes les pages sont signées et numérotées. On m’a alors expliqué que les pages blanches auraient également dû l’être ! C’est la seule raison invoquée pour justifier notre exclusion », a-t-il déclaré. « Le Conseil des médias cherche à gagner du temps. Car le temps joue contre nous : nous sommes dépourvus de licence et déjà confrontés au boycott publicitaire des compagnies liées à l’Etat. Il nous est de plus en plus difficile de percevoir des revenus publicitaires de la part de compagnies privées ». Klubradio est déterminé à contester la décision du Conseil des médias devant les tribunaux. La station dispose de huit jours pour le faire.

La composition et les pouvoirs du Conseil des médias sont au cœur de la controverse sur la loi hongroise sur les médias, adoptée en décembre 2010. Plusieurs amendements successifs n’ont pas modifié l’essentiel de ce texte liberticide. La dernière modification en date, adoptée par le Parlement le 24 mai 2012, y apporte quelques améliorations, notamment du point de vue de la protection des sources. Mais elle omet une nouvelle fois de remettre en cause son aspect central : le mode de nomination du Conseil des médias, dont le président est directement désigné par le Premier ministre, et ses attributions démesurées lui permettant d’interférer dans la politique éditoriale des médias.

(Photo : Ferenc Isza / AFP)

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