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Absence de protection réelle pour deux journalistes d'opposition cibles de menaces attribuées à l'armée

Absence de protection réelle pour deux journalistes d’opposition cibles de menaces attribuées à l’armée

Publié le mardi 15 novembre 2011.
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Bien qu’officiellement bénéficiaires de mesures de protection sur ordre de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), Arnulfo Aguilar, directeur de la station Radio Uno, située à San Pedro Sula (Nord-Ouest), et Luis Galdamez, directeur de programme pour Radio Globo, à Tegucigalpa, ont chacun dénoncé de graves menaces survenues au début de ce mois. Opposants au coup d’État du 28 juin 2009, les deux journalistes sont également connus pour suivre de près les agissements de l’armée et de la police.

“Depuis longtemps, les mesures de protection ordonnées par la CIDH en faveur de journalistes persécutés restent lettre morte faute de réel concours des autorités à leur mise en œuvre. Il incombe à celles-ci de mettre fin au calvaire d’Arnulfo Aguilar et Luis Galdamez en assurant réellement leur sécurité et celle de leurs médias. Cette exigence compte parmi les engagements passés par le gouvernement hondurien en contrepartie de la réintégration du pays à l’Organisation des États américains. Elle doit être respectée”, a déclaré Reporters sans frontières.

Victime d’une tentative d’attentat le 27 avril dernier à son domicile, Arnulfo Aguilar a fait état auprès du Cofadeh (Comité des familles de détenus et disparus au Honduras) de menaces de mort sur son portable dirigées contre lui et sa fille. Le directeur de Radio Uno, régulièrement pris pour cible avec son média par la force publique depuis le coup d’État, a perdu l’un de ses collaborateurs, Medardo Flores, assassiné le 8 septembre dernier.

Selon C-Libre (Comité pour la libre expression), organisation partenaire de Reporters sans frontières, Luis Galdamez a reçu l’appel menaçant d’un individu se déclarant militaire, alors qu’il était à l’antenne de son programme “Tras la Verdad” (Derrière la vérité). “Viens par ici, nous t’attendons, comme tu passes ton temps à déblatérer sur la police et l’armée…”, a averti l’interlocuteur. Luis Galdamez a, lui aussi, subi la violence militaire après le coup d’État. Il faisait partie des journalistes présents auprès du président renversé Manuel Zelaya, lorsque celui-ci s’était réfugié dans l’ambassade du Brésil après un retour clandestin au pays.

Enfin, le 9 novembre à Tegucigalpa, Gabriel Álvarez Padget, fils du journaliste du groupe Televicentro Renato Álvarez, a échappé de peu à un attentat par balles en sortant de son domicile. Renato Álvarez a récemment plaidé pour une véritable purge au sein de la police, dont au moins huit membres ont été désignés pour leur implication dans l’assassinat de deux étudiants. L’enquête reste au point mort en l’absence de collaboration de l’institution policière elle-même.

“Les ambitions du gouvernement à travers le lancement de l’Opération Éclair (Operativo Relámpago) de lutte contre la délinquance ne règlent pour l’heure ni la question de l’insécurité, ni celle de l’impunité. Cette situation n’évoluera pas tant que les hauts commandements de la police et de l’armée, anciens ou actuels, n’auront pas répondu publiquement des violations des droits de l’homme commises depuis le coup d’État et n’auront pas livré tous les documents nécessaires à la manifestation de la vérité dans l’assassinat de seize journalistes depuis 2010”, a conclu Reporters sans frontières.

L’Opération Eclair suscite de très vives inquiétudes des mouvements communautaires et sociaux, en particulier dans la région militarisée du Bas Aguán, où de nombreuses violations des droits de l’homme et exécutions extrajudiciaires ont été constatées. Le pluralisme de l’information appelle d’urgence une reconnaissance légale et un espace de diffusion pour les communautés locales et leurs médias, cibles des propriétaires terriens avec la fréquente complicité des forces armées.

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