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Trois journalistes révoqués de la Télévision Nationale d'Haïti sont poursuivis en justice par le directeur général de la chaîne

Trois journalistes révoqués de la Télévision Nationale d’Haïti sont poursuivis en justice par le directeur général de la chaîne

Publié le lundi 11 avril 2011. Mis à jour le mercredi 3 août 2011.
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Le rédacteur en chef de la Télévision Nationale d’Haïti, Eddy Jackson Alexis, et deux autres journalistes, Josias Pierre et Jacques Innocent, sont cités en correctionnel par le directeur général de la chaîne d’Etat, Pradel Henriquez. M. Henriquez a porté plainte, le vendredi 8 avril 2011, pour diffamation au parquet de Port-au-Prince contre les trois employés. Ces derniers affirment, de leur côté, avoir été licenciés en raison de leur position politique défavorable au Président nouvellement élu, Michel Martelly.

Également responsable de la Radio Nationale, M. Henriquez a décidé d’intenter cette action en justice, estimant être la victime d’une campagne de diffamation de la part de trois journalistes, mis à pied le 5 avril, peu après une visite de courtoisie de M. Martelly à la TNH. Pradel Henriquez leur reproche de n’avoir pas su dissocier leur appartenance politique de leur devoir professionnel, faisant état d’ « insubordination grave ».

Reporters sans frontières demande la réintégration rapide des trois journalistes qui semblent payer leur préférence politique. En aucune circonstance, leurs convictions n’ont entaché la qualité de leur travail et ont brouillé leur objectivité. Cette affaire ressemble à une persécution politique. Il s’agit là d’une très mauvaise entrée en matière pour Michel Martelly, élu président il y a une semaine. Nous appelons le futur chef de l’Etat à prendre une position claire. Nous espérons que les cinq années de mandat de la nouvelle Présidence se dérouleront dans le respect de la liberté de la presse et de l’indépendance des rédactions.

Eddy Jackson Alexis et Josias Pierre ont dénoncé une campagne de propagande que la direction de la télévision aurait orchestrée durant toute la campagne du second tour en faveur du Président élu et au détriment de sa rivale, Mirlande Manigat.

Ainsi, ils rapportent que sur ordre de M. Henriquez, le temps d’antenne alloué gratuitement aux deux candidats sur la chaîne publique aurait été nettement déséquilibré dans la proportion suivante à chaque diffusion : 45 minutes pour Michel Martelly contre 10 pour Mme Manigat. Il est également reproché au responsable de la RTNH d’avoir autorisé la couverture intégrale durant quatre heures d’un concert-meeting du chanteur de Compas alors que rien n’était proposé, en retour, à la campagne adverse.

Cependant, Pradel Henriquez, tout en reconnaissant que ses anciens collaborateurs avaient affiché des opinions politiques plutôt pro-Manigat, soutient qu’ils ont été remerciés pour des raisons d’ordre professionnel liées à l’insubordination et à des « insuffisances professionnelles ».

L’Association des journalistes haïtiens (AJH), le sénateur John Joel Joseph, qui mettra à disposition son avocat, et plusieurs avocats dont Osner Fevry ont convenu d’assister juridiquement les trois journalistes. Ces derniers ont, à leur tour, décidé de porter plainte contre M. Henriquez pour diffamation après qu’il a évoqué l’incident pendant lequel un journaliste irakien avait lancé sa chaussure sur l’ancien président des États-Unis, Georges Bush, dans l’intention implicite de qualifier ses anciens employés de terroristes.

Pradel Henriquez exige à l’encontre de Josias Pierre et d’Eddy Jackson Alexis une condamnation à trois ans d’emprisonnement et une amende au profit de l’Etat s’élevant à 50.000.000 de gourdes de dommages intérêts (environ 857.000 euros).

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