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 Menaces sur la liberté de la presse dans un contexte postélectoral tendu : “le président élu Michel Martelly doit d'urgence calmer le jeu avant l'investiture”

Menaces sur la liberté de la presse dans un contexte postélectoral tendu : “le président élu Michel Martelly doit d’urgence calmer le jeu avant l’investiture”

Publié le vendredi 29 avril 2011.
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Quatre journalistes devaient comparaître en tant que témoin, ce 28 avril 2011, dans l’affaire de diffamation opposant le directeur général de la Télévision nationale d’Haïti (TNH), Pradel Henriquez à deux des cinq journalistes récemment congédiés par ce dernier dans des conditions et pour des motifs controversés. Reportée au dernier moment en raison du décès l’un avocat, l’audience doit se tenir sous huit jours. Les journalistes congédiés ont déposé une requête auprès de l’unité de lutte contre la corruption concernant la gestion, qu’ils jugent douteuse, de Pradel Henriquez à la tête de la TNH.

“Faute d’obtempérer à la présente citation [en qualité de témoin – ndlr], il sera fait contre eux ce que de droit”, est-il écrit dans la convocation adressée à Valery Numa et Maxime Hilaire, de Radio Vision 2000, ainsi qu’à Jean Monard Metellus et Marc Joël, de Radio Caraïbes FM. La convocation a été rendue publique le 16 avril dernier par l’avocat de Pradel Henriquez. Les quatre journalistes concernés avaient recueilli les réactions des employés licenciés. Parallèlement, une commission spéciale de trois personnes instituée le 15 avril par le ministère de la Culture et de la Communication était censée statuer dans un délai de quinze jours, à compter du 18 avril, sur le sort des cinq journalistes révoqués de la TNH : Jacques Innocent, Guemsly Saint-Preux, Stéphane Cadet, Josias Pierre et l’ancien rédacteur en chef Eddy Jackson Alexis. Ces deux derniers sont poursuivis par Pradel Henriquez pour “diffamation”.

La direction de la TNH reproche à ces journalistes d’avoir privilégié leurs préférences politiques sur leur devoir professionnel. Ceux-ci ont dénoncé, à l’inverse, de graves déséquilibres éditoriaux – voire de la propagande - lors de la campagne du second tour de la présidentielle, à l’avantage de Michel Martelly, vainqueur de l’ancienne première dame Mirlande Manigat. La mise à pied des journalistes est d’ailleurs intervenue après une visite de courtoisie à la TNH de Michel Martelly.

“L’équilibre du temps de parole en période de campagne électorale est un principe démocratique crucial, a fortiori au sein d’un média public national. La direction de la TNH doit s’expliquer sur son attitude et réintégrer des journalistes qui n’ont fait que soulever une question d’intérêt public. Le ton de la convocation adressée aux quatre professionnels de radio en dit également long sur le climat détestable provoqué par ces licenciements, très politiques. Les quatre journalistes entendus comme témoins n’ont fait que leur travail en donnant écho à l’affaire. Ils n’ont pas en s’en justifier devant l’autorité judiciaire. Utiliser des journalistes comme témoins pour faire condamner leurs collègues dans un procès en diffamation porte en soi très gravement atteinte à l’unité de la profession”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Nous espérons que la commission du ministère de la Culture et de la Communication rendra en temps voulu – il lui en reste très peu – les recommandations adéquates sur ce dossier même si elle ne peut se substituer à la justice. Il importe surtout, dans une situation postélectorale très tendue et à la veille de l’investiture du 14 mai, que le futur président prenne la parole. Très largement élu, Michel Martelly doit d’autant plus se poser en garant, du pluralisme, des libertés publiques et des principes constitutionnels fondamentaux. Une réaction d’apaisement de sa part face à l’affaire en cours pacifierait les esprits et faciliterait même son entrée en fonction”, a ajouté l’organisation.

Radio détruite
Cette démarche s’impose d’urgence alors que la proclamation des résultats électoraux a déclenché une nouvelle vague de violences, que certains médias et journalistes ont subie comme au premier tour de la présidentielle. A ce titre, Reporters sans frontières condamne l’incendie qui a réduit au silence la station communautaire Radio Tèt Ansanm, dans la nuit du 20 au 21 avril à Carice (Nord-Est). Cet acte est attribué aux partisans de l’ancien député de la plateforme Inite Jean Berthold Bastien, battu aux législatives par la candidate Fanèse Laguerre. Il appelle une enquête et des sanctions dans les meilleurs délais. Reporters sans frontières attend une évaluation détaillée des pertes subies par le média, dans la perspective de sa reconstruction.

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