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Deux journalistes de la presse étrangère menacés de mort

Deux journalistes de la presse étrangère menacés de mort

Publié le mercredi 30 septembre 2009.
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Reporters sans frontières exprime son extrême préoccupation pour Mouctar Bah, correspondant à Conakry pour l’Agence France-Presse (AFP) et Radio France Internationale (RFI), et Amadou Diallo, de la British Broadcasting Corporation (BBC). Après avoir été brutalisés lors de la sanglante répression de l’opposition le 28 septembre 2009, les deux journalistes seraient actuellement recherchés par la junte militaire.

"Le rôle des journalistes est primordial pour que soient portés à la connaissance des Guinéens et de la communauté internationale les événements tragiques qui secouent Conakry depuis quarante-huit heures. Nous condamnons avec la plus grande fermeté le comportement des militaires guinéens qui, après s’être rendus coupables d’une tuerie, ont décidé d’organiser la chasse de ceux qui ont été les témoins des exactions. Dans un contexte aussi grave, la sécurité de ces deux hommes est en jeu", a déclaré l’organisation.

Le 30 septembre, Mouctar Bah et Amadou Diallo ont été alertés par des amis que des militaires étaient à leur recherche. Ces derniers leur reprocheraient de les "vendre" à la communauté internationale. Pour leur sécurité, ces deux correspondants sont actuellement contraints de se cacher.

Deux jours plus tôt, ils avaient couvert l’un et l’autre la violente répression du meeting de l’opposition qui avait coûté la vie à des centaines de personnes et fait des milliers de blessés. Mouctar Bah a raconté à Reporters sans frontières comment son confrère et lui-même ont été brutalisés par des militaires : "Ils étaient quatre, ils hurlaient ’foutez le camp’. Nous avons dit que nous étions journalistes. ’On s’en fout’. Le militaire m’a demandé : Vous avez vu cela ? J’ai répondu oui. Vous n’allez pas raconter ça, m’a-t-il dit. Les militaires nous ont mis a genoux, devant les corps. Il y avait des corps partout, des mares de sang. A nouveau : ’Ces corps-là, vous n’en parlez pas, vous n’avez rien vu’. L’un des militaires a mis son flingue sur ma poitrine et m’a dit qu’il allait me tuer. J’ai répondu ’Si c’est le remède pour la Guinée, vas-y’. Il n’a pas tiré. Ils nous ont fouillés, volé l’argent, le téléphone. Puis ils ont détruit notre matériel. Le micro a été fracassé contre le goudron. Ils étaient complètement ivres. Ils m’ont versé une bouteille de bière sur la tête et la chemise. Ils ont frappé mon collègue Amadou au bras gauche. Puis l’un de leurs chefs nous a reconnus. Il s’agit d’Ansoumane Camara, le commandant de la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS). Il a ordonné qu’on nous laisse aller, mais les militaires continuaient de nous insulter : ’Salopards’."

Selon Mouctar Bah, plusieurs de ses confrères ont été brutalisés ce jour-là. C’est le cas par exemple d’un journaliste de la station FM Liberté et de Ba Mamadou, du journal satirique Le Lynx.

Les événements de Conakry, qualifiés de "massacre" et de "bain de sang", ont été unanimement condamnés par la communauté internationale. Le chef de la junte, Dadis Camara, a dit être "désolé". "C’est malheureux, c’est dramatique [...]. Très franchement, je suis très désolé, très désolé", a-t-il déclaré à l’antenne de RFI le soir-même avant d’ajouter, deux jours plus tard sur la station française Europe 1 : "L’événement m’a débordé. Cette armée, je ne contrôle pas toutes ses activités [...]. Dire que je contrôle cette armée, ce serait de la démagogie", a -t-il déclaré.

Photo : AFP

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