Reporters sans frontières

Avertissements inquiétants contre deux éditorialistes du quotidien Prensa Libre

Avertissements inquiétants contre deux éditorialistes du quotidien Prensa Libre

Publié le mercredi 10 octobre 2012.
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Reporters sans frontières est très préoccupée par la sécurité des journalistes Carolina Vásquez Araya et Jorge Jacobs, visés au début de ce mois d’octobre par de graves menaces après avoir chacun publié un éditorial dans les colonnes du quotidien Prensa Libre. Les articles en question portaient sur des thèmes sensibles : pour l’un, les abus sexuels sur des mineures dans les fincas (propriétés agraires) ; pour l’autre, la guerre commerciale dans le secteur de la distribution alimentaire.

“Carolina Vásquez Araya et Jorge Jacobs ont démontré leur courage journalistique, en s’attaquant à des sujets aussi lourds de risques, et leur cas appelle la mobilisation de toute la profession, au nom du devoir d’informer. La justice doit sans tarder déterminer et punir les auteurs de telles menaces tout en garantissant une réelle protection aux journalistes concernés. La résolution de cette affaire doit également constituer un signal fort contre la tendance à l’autocensure”, a déclaré Reporters sans frontières.

Carolina Vásquez Araya a été la première à recevoir des menaces de mort après avoir publié, le 1er octobre dernier, son éditorial “Día del Niño”. Dénonçant les viols de filles de travailleurs agricoles par les administrateurs ou propriétaires de fincas, l’article cite notamment l’exemple – rapporté par la journaliste et écrivaine Ilka Oliva - d’une véritable industrie du viol organisée durant des décennies dans une exploitation agricole du département d’Escuintla (Sud), et dont les victimes étaient âgées de 7 à 14 ans. L’article met également en cause la responsabilité de certaines autorités ou institutions du pays dans ce type d’affaires, très nombreuses et rarement dénoncées.

Depuis, comme le rapporte le Centre de rapports informatifs sur le Guatemala (Cerigua), Carolina Vásquez Araya a reçu des menaces par courriel : “On va dépecer ta famille puis on va te la rendre dans un sac en coton“ ; “Tu sais bien qu’on a assez d’argent pour tous les faire disparaître, on a des tentacules dans tous les coins“ ; “Laisse le passé là ou il est, ou sinon tu vas regretter ton présent, ne joue pas à la petite justicière parce que tu vas avoir des problèmes, toi et cette salope de journaliste“. Résidant aux Etats-Unis, Ilka Oliva a, elle aussi, reçu des menaces similaires en provenance du Guatemala. Contactée par Reporters sans frontières, Carolina Vásquez Araya a confié avoir refusé la protection de la police - institution qu’elle n’estime pas fiable -, et s’est dite déterminée à poursuivre ses activités. Le ministère public et le procureur des droits de l’homme ont été saisis de son cas.

Présentateur à la radio Libertopolis des programmes “Todo a pulmón” et “+ negocios”, Jorge Jacobs a, quant à lui, dénoncé à l’antenne, le 5 octobre, avoir fait l’objet de menaces de mort, suite à la publication la veille d’une tribune dans Prensa Libre intitulée “Pepsi bye ?”. L’article évoquait une rumeur selon laquelle Cabcorp, une entreprise de distribution de boissons gazeuses et notamment de Pepsi, pourrait être acquise par un autre groupe régional. Le journaliste a dit avoir reçu un premier appel téléphonique menaçant envers sa famille et lui-même, et lui ordonnant de quitter le pays dans les vingt-quatre heures. Les intimidations se sont poursuivies via un texto, un second appel téléphonique puis un email.

Enfin, toujours selon le Cerigua, le quotidien La Hora a récemment fait l’objet d’une suspension de publicité officielle à la suite d’articles relatifs à des affaires de corruption qui impliqueraient l’actuel gouvernement. Une audace qui peut coûter cher aux journalistes guatémaltèques, tout aussi réticents à produire de l’information liée à des thèmes comme le narcotrafic ou les séquelles de la guerre civile (1960-1996).

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