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La correspondante de Reporters sans frontières et un confrère accusés de collaborer avec l'opposition : l'organisation écrit au Premier ministre

La correspondante de Reporters sans frontières et un confrère accusés de collaborer avec l’opposition : l’organisation écrit au Premier ministre

Publié le mercredi 16 avril 2008. Mis à jour le vendredi 18 avril 2008.
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Reporters sans frontières s’est adressée au chef du gouvernement après qu’un tract anonyme, distribué le 14 avril 2008 dans les rues de la capitale Saint-Georges, a accusé de complicité avec le principal parti d’opposition les journalistes indépendants Linda Straker, correspondante de l’organisation pour la région, et Rawle Titus.

Monsieur Keith Mitchell
Premier ministre de Grenade
Ministerial Complex
Botanical Gardens
Tanteen, Saint-Georges

Monsieur le Premier Ministre,

Reporters sans frontières a appris avec inquiétude les accusations de complicité politique pesant sur les journalistes indépendants Linda Straker, correspondante de Reporters sans frontières pour la région, et Rawle Titus. Leurs visages ont été imprimés sur un tract anonyme, distribué en plusieurs exemplaires, le 14 avril 2008, dans les rues de la capitale, Saint-Georges, insinuant que les journalistes en question étaient au service du principal parti d’opposition, le Congrès démocratique national (NDC).

Les tracts, éparpillés par terre dans les rues de Saint-Georges, montrent les photos de Linda Straker et Rawle Titus à côté de celles de trois hommes politiques du NDC, le rival politique de votre parti, le Nouveau parti national (NNP). Sur le modèle de bande dessinée, les auteurs des tracts montrent les deux journalistes s’adressant à un agent de police soupçonné d’espionner des dirigeants du NDC. Ce même policier avait, le 9 avril dernier, tenu une conférence de presse où il avait été la cible des questions acerbes de journalistes, dont Linda Straker et Rawle Titus. Les prétendus propos des deux journalistes récréent la conférence de presse, et attribuent à Linda Straker les phrases suivantes : “Monsieur l’agent, je suis payée par le NDC pour vous poser des questions stupides. Veuillez répondre, sinon...”. Pour sa part, le texte attribué à Rawle Titus affirme : “Si nous, le NDC, arrivons au pouvoir, la police ne pourra plus rien dire. Vous feriez mieux de répondre, sinon...”. De leur côté, les trois hommes politiques font allusion à une supposée agression du policier en question par des militants du NDC.

Ces attaques infondées portent directement atteinte à l’honnêteté professionnelle de nos deux confrères et sont de nature à mettre en danger leur intégrité physique, en particulier dans une période électorale comme celle que s’apprête à traverser votre pays cette année. Mais nous tenons à vous rappeler que les accusations dont sont victimes Linda Straker et Rawle Titus vont au-delà d’une simple affaire personnelle : elles ébranlent également un des piliers fondamentaux d’un État de droit, la liberté d’information. C’est le rôle des journalistes, n’importe où dans le monde, de poser les questions visant à informer les citoyens. Les pouvoirs publics et ses fonctionnaires, responsables devant les citoyens, doivent être les premiers à se soumettre à l’examen de l’opinion nationale, sans entraves ni contraintes.

Nous nous adressons à vous non seulement en tant que Premier ministre et ministre de l’Information, régulateur et garant de la liberté de la presse grenadine, mais aussi comme président du Nouveau parti national (NNP), actuellement au pouvoir. Si nous sommes sûrs que, par la voie légale, la justice prendra en main la plainte déposée par Linda Straker contre les auteurs du tract, nous vous demandons d’utiliser tous les moyens à votre disposition afin d’éviter de nouvelles intimidations contre les professionnels de la presse. Dans une année marquée par un processus électoral, la mission des journalistes devient encore plus importante, car c’est aussi par intermédiaire de leur travail que les citoyens peuvent comparer les alternatives proposées et faire leur choix librement et en pleine conscience.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Robert Ménard
Secrétaire général

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