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Les néo-nazis se répandent en menaces contre la presse

Les néo-nazis se répandent en menaces contre la presse

Publié le jeudi 10 mai 2012.
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Reporters sans frontières est vivement préoccupée par les menaces proférées de manière répétée à l’encontre des médias par le parti néo-nazi Aube dorée (Chryssi Avgi). Celui-ci vient de faire son entrée au Parlement après avoir remporté près de 7% des suffrages lors des élections législatives du 6 mai 2012.

« Nous sommes véritablement inquiets du discours haineux vis-à-vis de la presse développé par le parti Aube dorée. Les mots ont un sens. Les journalistes sont déjà régulièrement désignés à la vindicte populaire dans le climat extrêmement tendu que connaît actuellement la Grèce, et nombreux sont ceux qui ont été agressés. Les dirigeants politiques ont le devoir de faire preuve de responsabilité et de ne pas envenimer la situation. Faut-il le rappeler, la protection de la presse est indispensable à une démocratie saine », a déclaré Reporters sans frontières.

Les médias ont été violemment pris à partie lors de la conférence de presse organisée par le leader d’Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, au soir des élections le 6 mai. « Levez-vous tous ! Faites preuve de respect ! », ont hurlé les militants à l’adresse des journalistes présents alors que le dirigeant faisait son entrée. Ceux qui s’y refusaient ont été expulsés de la salle.

M. Michaloliakos a ensuite consacré une bonne part de son discours à des propos agressifs à l’égard de la presse : « Vous m’avez accusé, vous m’avez diffamé, vous m’avez empêché de parler. Je vous ai vaincu. La victoire d’Aube dorée est une victoire contre la tyrannie des médias de masse ; contre la junte de la télévision et de la presse à scandales. Le combat va continuer (…) au Parlement et en-dehors. (…) Alors que les sales chaînes de télévision diffusaient des films pornographiques après 2h ainsi que des publicités dégoûtantes et illégales, [nos braves partisans] couraient dans les villages en brandissant le drapeau grec. (…) Pour les traîtres à la patrie, l’heure de la peur a sonné. Nous arrivons. (…) Honte à ceux qui nous accusent ! »

Ces propos ne sont pas nouveaux de la part d’un parti qui a fait de la critique acerbe des médias un thème de campagne. Aube dorée avait déjà répondu par des menaces de mort à un article critique de Xenia Kounalaki, publié le 12 avril 2012 dans le quotidien I Kathimerini. La journaliste y estimait que le parti n’aurait pas dû être autorisé à participer au scrutin. Un texte anonyme est alors apparu sur le site Internet d’Aube dorée, contenant de nombreux détails sur la vie de Xenia Kounalaki, moquant ses supposées « racines étrangères » (elle est née à Hambourg) et mentionnant sans raison explicite sa fille, âgée de 13 ans. L’article se concluait par une menace rédigée « dans la langue maternelle de Xenia l’étrangère : ‘Kommt Zeit, kommt Rat, kommt Attentat !’ [‘Avec le temps vient la sagesse, ou l’attentat’] ».

« Les menaces proférées à l’encontre de Xenia Kounalaki sont inacceptables et doivent faire l’objet d’une enquête sérieuse. Elles constituent un évident facteur d’intimidation à l’adresse de tous les journalistes qui seraient tentés de critiquer Aube dorée. De telles manœuvres sont intolérables dans un Etat de droit », a conclu Reporters sans frontières.

La journaliste a porté plainte auprès de la police, mais elle se serait vue répondre qu’il y avait peu d’espoir de voir sa demande aboutir, dans la mesure où l’article était anonyme. Le site d’Aube dorée a depuis été fermé par la plate-forme de blogs Wordpress pour « violation des termes de service », notamment pour « incitation à la violence et menaces à l’encontre d’une personne privée ».

Les médias ne sont pas épargnés par la grave crise économique, sociale et politique dans laquelle s’enfonce la Grèce. Le pays figure à la 70e place sur 179 dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Exposés aux mêmes difficultés économiques que leurs concitoyens, les journalistes sont aussi délibérément pris pour cible par certains représentants des forces de l’ordre lorsqu’ils couvrent les manifestations qui secouent le pays.

(Photo de la conférence de presse : Louisa Gouliamaki / AFP)

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