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Eutelsat renoue-t-elle avec la censure politique ?

Eutelsat renoue-t-elle avec la censure politique ?

Publié le jeudi 25 février 2010. Mis à jour le jeudi 11 mars 2010.
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Le premier opérateur européen de satellites, Eutelsat, a-t-il renoué avec la censure en refusant de diffuser les émissions de la chaîne publique géorgienne Pervyi Kakvazkyi , en violation de l’article 3 de sa convention ? C’est ce que nombre d’éléments pourraient amener à penser. Et une question à laquelle la justice française donnera une première réponse le 22 mars prochain.

La chronologie des relations entre les deux parties opposées, la société de droit français d’une part, et l’audiovisuel public géorgien (GPB) d’autre part, soulève des interrogations.

Pourquoi, alors qu’elle avait transmis à la direction de GPBS un contrat stipulant un début de diffusion au 31 janvier 2010 sur son satellite W7, Eutelsat a-t-elle subitement décidé de se rétracter ? Cette décision est-elle liée au lucratif contrat signé, le 15 janvier, entre la société de droit français et l’opérateur russe Interspoutnik, certes partenaire commercial de longue date, mais aussi client de la filiale média de Gazprom, contrôlée par l’exécutif russe et l’un des plus importants groupe de presse de Russie ?

Malgré les dénégations d’Eutelsat, revenons sur quelques aspects :

Pervyi Kakvazkyi, est une chaîne publique géorgienne, en langue russe, qui aurait du être diffusée dans l’ensemble du Caucase, y compris en Russie.

Dans le cadre de la guerre de communication que se livrent la Russie et la Géorgie, il ne fait aucun doute que cette initiative est très mal perçue côté russe. Ce d’autant que les intentions de la chaîne géorgienne sont claires. A savoir, concurrencer la parole de l’Etat russe, lui opposer un autre discours. Ainsi, la chaîne géorgienne se présentant comme la "première chaîne russophone du Caucase hors du contrôle du Kremlin" prétend-elle dire la "vérité". Par ailleurs, parmi les présentateurs vedettes de la chaîne on compte Alla Doudaïeva, la veuve du dirigeant séparatiste tchétchène Djokhar Doudaïev.

Les explications avancées par Eutelsat pour justifier la fin de la retransmission de Pervyi Kakvazkyi sont peu claires. Tout d’abord, il est fait mention de la nécessité d’une "discussion urgente" sur le contenu de la chaîne, ce qui est illégal puisque les opérateurs ne peuvent contrôler le contenu des émissions.

Puis les représentants de la société mentionnent des "interférences", mettant en danger le satellite W7 et proposent que le contenu de la chaîne soit encrypté. Très vite, cette option est abandonnée et selon GPB, Eutelsat ne voit plus d’autre alternative que le changement de satellite. Ce qui aurait pour conséquence de ne plus assurer la même couverture géographique à la chaîne et contraindrait ses téléspectateurs à s’équiper en antennes. GPB refuse. Sa retransmission est suspendue.

Ces éléments éveillent d’autant plus les soupçons qu’en 2008 Eutelsat a déjà été impliquée dans une affaire présentant de grandes similarités avec celle-ci. L’opérateur de satellite avait ainsi cessé de transmettre la chaîne NTDTV, cédant aux pressions de Pékin et prétextant des "problèmes techniques".

En début d’année, les émissions télévisées en farsi de la BBC (BBC Persian TV) ont, elles aussi, cessé d’être transmises par Eutelsat. C’est dans ce cas l’Iran qui a fait l’objet de critiques et d’une plainte pour avoir brouillé, par des interférences répétées, la transmission des programmes . Mais là aussi, Eutelsat s’est trouvée dans la position d’obtempérer aux pressions politico-commerciales d’un Etat qui viole régulièrement les droits fondamentaux de ses citoyens, à commencer par le droit à être informé.

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