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Affiche du Nouvel Observateur censurée à Marseille : la justice doit réagir

Affiche du Nouvel Observateur censurée à Marseille : la justice doit réagir

Publié le mardi 12 juin 2012.
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La justice doit se prononcer aujourd’hui sur la légalité de l’arrêté municipal pris à Marseille le 7 juin 2012, et qui ordonnait le retrait par la société Médiakiosk des affiches du Nouvel Observateur reprenant la couverture de l’hebdomadaire en date du même jour dans les 4e, 5e et 6e arrondissements de la ville. Le Tribunal administratif de Marseille examinera le référé déposé par le journal pour contester cette décision à partir de 13h30.

« Nous espérons vivement que la justice annulera cet arrêté non seulement infondé, mais dangereux, dans la mesure où il assimile un organe de presse à une affiche de propagande électorale. Si elle voulait contester la couverture du Nouvel Observateur, pourquoi la municipalité ne s’est-elle pas adressée à un juge, dans le respect du débat contradictoire ? Il est frappant qu’à aucun moment, le droit de la presse n’a été invoqué, alors même que cette démarche constitue une immixtion dans la ligne éditoriale du magazine. En quoi la Une du Nouvel Observateur pourrait-elle en outre constituer un ‘trouble à l’ordre public’ ? Une telle affirmation est extrêmement inquiétante. Si cette pratique était avalisée, elle constituerait un précédent grave », a déclaré Reporters sans frontières.

Le 8 juin, l’affiche de l’édition locale du Nouvel Observateur, représentant la candidate PS aux législatives dans la 5e circonscription de Marseille Marie-Arlette Carlotti sous le titre « Carlotti, le coup de poker de Hollande », a été retirée de nombreux kiosques de Marseille. Selon l’arrêté municipal de la veille, « l’extrême proximité des élections législatives » rendait nécessaire le retrait des affiches « en des lieux où elles sont susceptibles d’occasionner des troubles à l’ordre public », compte tenu du « non respect des dispositions relatives à la propagande officielle » (voir pièce jointe).

L’adjointe au maire de Marseille, Martine Vassal, a expliqué à Reporters sans frontières que l’arrêté avait été motivé par la ressemblance alléguée entre la couverture du Nouvel Observateur et l’affiche électorale de Marie-Arlette Carlotti ; bien que les deux images ne résultent pas de la même prise de vue. « Nous avons jugé que cette affiche introduisait une distorsion de concurrence en faveur de Marie-Arlette Carlotti par rapport à tous les autres candidats. (...) Lorsqu’on est plongé dans le climat marseillais, le titre du dossier spécial, ‘Ces privilèges qu’il faut abolir’, fait clairement écho à la profession de foi de la candidate PS », a-t-elle déclaré.

Pour l’adjointe au maire, l’évocation de possibles « troubles à l’ordre public » est justifiée par le climat extrêmement tendu dans lequel se déroule la campagne des législatives dans la région. Par ailleurs, Martine Vassal s’est dite très blessée que l’arrêté municipal ait été décrit comme une mesure politisée, visant à protéger le candidat UMP Renaud Muselier. « J’ai adressé des mises en demeure à des candidats de tous bords, y compris de mon parti, pour lutter contre l’affichage sauvage », a-t-elle précisé.

Contacté au téléphone par Reporters sans frontières, l’avocat du Nouvel Observateur, Me Didier Leick, a qualifié l’arrêté municipal d’« assez effrayant ». « Nous n’avons pas affaire à une affiche électorale ! Poussée jusqu’au bout, la logique de cet arrêté (…) voudrait que dans les six mois précédant un scrutin, aucun journal ne pourrait se permettre une couverture sur tel ou tel candidat. Cela est loin d’avoir été le cas pour l’élection présidentielle ! »

Lire le texte intégral de l’arrêté municipal

(Photo : Le Monde)

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