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Nouveaux décrets sur la presse : les bases légales de la censure et de la répression

Nouveaux décrets sur la presse : les bases légales de la censure et de la répression

Publié le jeudi 8 avril 2010.
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Reporters sans frontières est vivement préoccupée par l’impact que pourrait avoir sur la liberté de la presse le Media Industry Development Decree 2010 soumis par le gouvernement militaire. L’organisation dénonce la dérive autoritaire d’un régime qui ne jouit d’aucune légitimité démocratique. L’organisation appelle le Premier ministre Frank Bainimarama à entamer une vraie consultation sur ces décrets qui sont inacceptables en l’état.

"Nulle part la liberté de la presse n’est mentionnée dans cette proposition de décret. Il semble que cette nouvelle régulation ne vise qu’à renforcer l’emprise des autorités militaires : contrôle de propriétés des médias, contrôle des contenus et contrôle de la diffusion de l’information dans le pays. La période de consultation de trois jours est bien trop brève et ne permet absolument pas à toutes les parties, notamment les médias et défenseurs de la liberté de la presse, de faire des contre-propositions", a affirmé Reporters sans frontières.

Les Fidji ont perdu 73 rangs dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2009. Le pays a chuté à la 152e place sur 175. En effet, lors du coup d’Etat, les militaires se sont installés pendant plusieurs semaines dans les rédactions pour censurer les articles avant publication et des journalistes étrangers ont été expulsés.

Le 7 avril 2010, le gouvernement militaire, au pouvoir depuis décembre 2006, a présenté un projet de décret sur les médias, lors d’une consultation à laquelle leurs représentants ont été "conviés". Le Premier ministre a exigé que tous les représentants des médias participent à ce "débat" : "Personne n’échappera à cette consultation."

"Ce décret établira un code éthique pour les médias, tout en mettant l’accent sur une couverture de la presse juste et responsable. Les médias doivent assumer leur responsabilité vis-à-vis du peuple en termes de contribution au développement de Fidji", a annoncé le ministre de la Justice. Malgré les menaces, plusieurs représentants de médias ont critiqué le projet, tandis que le professeur de journalisme David Robie déplorait un climat d’autocensure "implacablement effrayant" qui détruit l’une des "industries des médias traditionnellement les plus fortes dans le Pacifique".

Selon un représentant du gouvernement, une fois ce décret entré en vigueur, les médias seront surveillés par une "agence d’Etat", dénommée l’Autorité de développement de l’industrie des médias (Media Industry Development Authority). Le gouvernement compte également mettre en place un Independent Media Tribunal pour recueillir les plaintes de la population à l’encontre de la presse.

Les peines définies par ce décret sont très lourdes : les médias risquent jusqu’à un demi-million de dollars fidjiens d’amende (plus de deux cent mille euros) et les directeurs de publication et journalistes jusqu’à cinq ans de prison.

Le décret vise particulièrement le groupe Fiji Times, propriété de Rupert Murdoch, puisqu’il limite à 10% la part de capital détenu par des étrangers dans un média.

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