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Censure préalable et expulsion de journalistes étrangers : "Un coup mortel à la liberté de la presse"

Censure préalable et expulsion de journalistes étrangers : "Un coup mortel à la liberté de la presse"

Publié le mardi 14 avril 2009.
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Des militaires et des agents du ministère de l’Information ont pris position dans les rédactions de presse écrite, de télévision et de radio, pour contrôler le contenu. "Au vu des mesures prises contre la presse, le gouvernement militaire s’oriente dangereusement vers un système à la birmane où la censure préalable et les entraves sont le lot quotidien des médias", a affirmé Reporters sans frontières.

Reporters sans frontières appelle le chef du gouvernement militaire, Frank Bainimarama, et le chef de l’Etat, Ratu Josefa Iloilo, à abroger sans délai les dispositions prises le 10 avril 2009 qui institutionnalisent la censure des médias. En effet, les articles 2 et 3 des régulations d’urgence sont liberticides et violent les engagements internationaux des Fidji en matière de respect de l’Etat de droit.

"Au vu des mesures prises contre la presse, le gouvernement militaire s’oriente dangereusement vers un système à la birmane où la censure préalable et les entraves sont le lot quotidien des médias. Face à cette intention manifeste de nuire à la libre circulation de l’information, nous appelons la communauté internationale, notamment l’Union européenne et les Nations unies, à hausser le ton en condamnant fermement la censure des médias", a affirmé Reporters sans frontières.

Le 10 avril 2009, le président Ratu Josefa Iloilo a abrogé la Constitution et a annoncé la mise en place d’un « nouvel ordre légal ». Alors qu’une cour de Suva avait jugé "illégal" le gouvernement issu du coup d’Etat de décembre 2006, le contre-amiral Frank Bainimarama, chef des armées, a été confirmé par le chef de l’Etat à ce poste.

Des militaires et des agents du ministère de l’Information ont pris position dans les rédactions de presse écrite, de télévision et de radio, pour contrôler le contenu. Selon les autorités, leur mission est d’empêcher la publication d’informations "susceptibles de provoquer des troubles". Les médias sont forcés de « coopérer » et de ne pas diffuser de sujets critiquant le nouvel ordre en place ou pouvant être considérés comme « incitatifs ».

D’après les Public Emergency Regulations 2009, promulguées le 10 avril pour une période de 30 jours, le secrétaire permanent à l’Information a désormais tous les pouvoirs pour contrôler la diffusion et la publication d’informations aux Fidji. Les autorités ont appelé les médias à publier des informations "positives". Les organisations de défense de liberté de la presse du Pacifique ont dénoncé ces mesures imposées aux médias, notamment le Pacific Media Centre qui parle d’une "ère orwelienne de censure et d’intimidation sans pitié".

La presse internationale présente à Suva a également été prise pour cible. Le 14 avril, un envoyé spécial de la chaîne australienne ABC, Sean Dorney, ainsi qu’une équipe de la chaîne de télévision néo-zélandaise TV3, Sia Aston, et son cameraman, Matt Smith, ont été contraints de quitter le pays. La police a confisqué les enregistrements de Sia Aston sur la censure. Le journaliste a déclaré que les médias fidjiens subissaient une "très forte pression" de la part du gouvernement.

Si les trois journalistes n’ont pas été formellement arrêtés, les forces de sécurité ne leur ont pas laissé d’autre choix que de quitter le pays. Ils ont été escortés à l’aéroport international.

De son côté, Edwin Nand,un journaliste de la chaîne Fiji One, a été placé en garde à vue au commissariat central de Suva pour avoir interviewé un journaliste australien.

Mais les médias ne sont pas restés passifs. Le 12 avril, l’édition dominicale du Fiji Times a été publiée avec de nombreux espaces laissés blancs, avec cette note : "Ces articles ne peuvent être publiés en raison des limitations imposées par le gouvernement." Greg Baxter, le porte-parole du groupe de presse qui publie le quotidien, a déclaré : « Nous en sommes arrivés au stade où nous décidons de ne rien publier plutôt que de publier un article censuré. » Le rédacteur en chef du Fiji Times, Netani Rika, ainsi que la directrice de publication ont été convoqués le 12 avril par le ministère de l’Information, pour se voir reprocher une attitude jugée « non coopérative ». Le lendemain, le quotidien a cessé d’imprimer des pages blanches, mais semble avoir décidé de pratiquer la grève des informations politiques.

Le 12 avril, la rédaction de la télévision nationale a également exprimé son refus de la censure. Les Fidjiens ont découvert le message sur fond d’un écran noir : « Nous informons nos téléspectateurs qu’il n’y aura pas de journal télévisé ce soir à 18 heures. »

Le 13 avril, deux responsables du journal Fiji Sun ont été convoqués pour répondre de la publication, en une du quotidien, d’un article dans lequel la rédaction annonce qu’elle va pratiquer la grève des informations politiques pour protester contre la censure. Tandis que le forum de discussion sotiacentral.com a préféré fermer plutôt que d’imposer la censure à ses membres.

En réaction à cette attaque en règle contre la presse, le secrétaire général du Forum des îles Pacifique, Tuiloma Neroni Slade, a déclaré : « La limitation de l’accès des médias, de la liberté de la presse et le mépris pour l’indépendance de la justice sont très préoccupants. » Le Premier ministre australien, Kevin Rudd, a estimé que Fidji était devenue « une dictature militaire ». Le chef de la diplomatie néo-zélandaise, Murray McCully, a estimé que la suspension de Fidji du Commonwealth et du Forum du Pacifique était désormais « inévitable ».

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