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Trois semaines de silence forcé pour Radio Erena, la voix érythéenne indépendante

Trois semaines de silence forcé pour Radio Erena, la voix érythéenne indépendante

Publié le lundi 3 septembre 2012. Mis à jour le jeudi 6 septembre 2012.
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La station Radio Erena ("Notre Erythrée") lancée par Reporters sans frontières en juin 2009, qui émet à destination de l’Erythrée et de la diaspora de ce pays parmi les plus fermés du monde, a été victime d’un sabotage qui a entrainé l’interruption de sa diffusion pendant trois semaines sur le satellite Arabsat.

Seule source d’information indépendante en langue locale pour les Érythréens de l’intérieur, la station Radio Erena (Voir le film de présentation de Radio Erena, réalisé en mars 2010) est l’objet de l’hostilité réitérée du gouvernement d’Erythrée. Le 14 août, une porteuse pirate brouillait le signal et empêchait la transmission jusqu’à son rétablissement le 2 septembre, vers 18 heures.

"La suspension de Radio Erena pendant plus de trois semaines n’a rien d’anodin. La station joue un rôle essentiel, en proposant une information impartiale et responsable à tout un peuple qui en est privé. Ouverte à tous les acteurs de la vie érythréenne, qu’ils soient de l’opposition, de la société civile ou du gouvernement, elle paie aujourd’hui son indépendance au prix fort", a déploré Reporters sans frontières.

Le 14 août 2012, la société Arabsat, propriétaire du satellite BADR-6 par lequel Radio Erena diffuse ses programmes, a suspendu la station en raison de l’existence d’une porteuse pirate venant brouiller son signal. La veille, la société avait reçu une réclamation de la part du gouvernement érythréen. Ce dernier prétendait auprès de l’opérateur que, lors d’une interview avec le ministre éthiopien de l’Information, Bereket Simon, la station Radio Erena avait "incité ses auditeurs à des actes de violence contre les représentants du gouvernement de l’Erythrée". Ces allégations sont strictement mensongères, comme Reporters sans frontières s’en est expliqué en fournissant à Arabsat la retranscription de l’interview en question.

Allégations infondées

L’entretien avec le ministre éthiopien de l’Information, diffusé en trois parties les 6, 8 et 10 août 2012, comprend plusieurs thèmes, dont celui des relations entre l’opposition érythréenne et le gouvernement d’Addis-Abeba, ou le développement de l’économie éthiopienne. Si Bereket Simon s’exprime librement et sans détour vis-à-vis du pouvoir en place à Asmara, la station n’a lancé absolument aucun appel à la révolte ni à des actes de violence.

Au lendemain de cette réclamation du gouvernement d’Issaias Afeworki, l’un des pires prédateurs de la liberté de la presse, les journalistes érythréens qui animent Radio Erena se sont étonnés de l’interruption du signal de la radio. A partir du 14 août 2012, aux alentours de 16 heures, plus aucun Érythréen n’a pu bénéficier d’une information fiable et équilibrée. Seule la propagande politique, alimentée en permanence par les médias d’Etat - Eri-TV, Radio Dimtsi Hafash, et le quotidien gouvernemental Hadas Eritrea - se faisait entendre.

Actes de sabotage

Les investigations et tests menés par la société Arabsat ont conclu à l’existence d’une porteuse pirate émettant depuis l’Erythrée. Ce brouillage a provoqué la paralysie de l’ensemble du satellite BADR-6 et la suspension par Arabsat de la totalité des services que la société propose en temps ordinaire. Selon Arabstat, une fois le signal de la radio érythréenne suspendu du satellite, la porteuse pirate paralysant l’ensemble du service de communication a aussitôt disparu. Le 28 août, nouveau coup de théâtre : le site web de Radio Erena a été victime d’une cyberattaque.

Le rétablissement du signal est finalement intervenu le 2 septembre 2012, tandis que le site internet de la radio a été rétabli la veille.

Guerre des mots

"Irrité par l’entretien accordé au ministre éthiopien, le gouvernement d’Asmara a entendu mettre sous silence la voix alternative que propose Radio Erena aux citoyens érythréens", a constaté Reporters sans frontières.

Depuis l’accession de l’Erythrée à l’indépendance, en mai 1993, les relations entre Addis-Abeba et Asmara ont toujours été tendues. Renforcée par la guerre de 1998-2000, l’hostilité réciproque que se vouent les deux pays s’est déplacée partiellement sur le terrain médiatique. Pourtant étrangère à cette querelle, Radio Erena a été prise pour cible.

En dernière position, depuis cinq ans, du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, l’Erythrée est "une prison à ciel ouvert", la plus grande d’Afrique pour les professionnels de l’information et la quatrième à l’échelle mondiale, après la Chine, l’Iran et la Syrie. Détenus depuis de nombreuses années dans les geôles du pays, notamment depuis les rafles de septembre 2001 et la suspension de la presse privée, des journalistes meurent, les uns après autres, dans l’indifférence et l’oubli..

Pour éviter qu’une nouvelle cyberattaque prive les érythréens des informations du site Web de Radio Erena, Reporters sans frontières a crée un site miroir. L’organisation invite les internautes à se rendre sur http://erena.commentcontournerlacen..., où ils peuvent accéder à l’exacte copie du site.

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