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Neuf ans après les rafles de septembre 2001, la chasse aux journalistes se poursuit

Neuf ans après les rafles de septembre 2001, la chasse aux journalistes se poursuit

Publié le vendredi 17 septembre 2010.
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Neuf ans exactement après la brutale opération de nettoyage politique lancée le 18 septembre 2001 à Asmara, le pouvoir érythréen continue de museler toute forme de liberté d’expression. Alors que Reporters sans frontières a adressé une lettre à la police britannique, le 16 septembre 2010, pour lui demander d’engager des poursuites contre l’un des responsables de cette campagne de répression, un journaliste vient à nouveau d’être arrêté alors qu’il tentait de fuir le pays, a appris Reporters sans frontières.

Au cours de l’été 2010, Eyob Kessete, journaliste du service amharique de la radio publique Dimtsi Hafash, a été arrêté alors qu’il tentait de franchir la frontière avec l’Ethiopie. Son lieu de détention est inconnu. Arrêté une première fois au début de l’été 2007, alors qu’il tentait déjà de faire défection, le journaliste avait été détenu dans plusieurs centres pénitentiaires avant d’être relâché fin 2008 ou début 2009. Sa remise en liberté avait été obtenue grâce à la garantie apportée par certains de ses proches.

Le sort d’une vingtaine d’autres journalistes emprisonnés est toujours entouré du même silence pesant des autorités. On est par exemple sans nouvelles du journaliste Said Abdulhai, arrêté au cours de la dernière semaine de mars 2010. De même l’incertitude demeure sur le lieu de détention du journaliste suédo-érythréen Dawit Isaac, arrêté le 23 septembre 2001 à Asmara. La semaine prochaine, la foire du livre de Göteborg, en Suède, présentera pour la première fois un recueil de nouvelles écrites par l’ancien journaliste du quotidien disparu Setit, intitulé "Hope – The Tale of Moses’ and Manna’s Love and other texts".

Les rafles de septembre 2001, la suspension de la presse privée et l’arrestation des principaux directeurs de journaux ont fait basculer l’Erythrée dans une période sombre. Le pays n’est toujours pas sorti de cette ère de terreur, par la faute de l’intolérance et des délires paranoïaques de ses dirigeants. Il n’existe aujourd’hui aucun média indépendant, les correspondants de la presse étrangère sont personae non gratae, et les employés des médias publics, transformés en fonctionnaires zélés de la propagande gouvernementale, n’ont d’autre choix que de fuir ou d’obéir aux ordres.

Le 16 septembre 2010, Reporters sans frontières a écrit au War Crimes Department de Scotland Yard pour connaître l’état d’avancement de l’enquête menée sur Naizghi Kiflu, citoyen érythréen résidant en Grande-Bretagne. Ministre de l’Information et conseiller présidentiel à l’époque des rafles, ce dernier peut être arrêté et poursuivi en vertu de l’article 134 du Criminal Justice Act de 1988 qui sanctionne la pratique de la torture. En mai 2008, Reporters sans frontières avait publié un rapport sur le rôle de cet homme dans l’appareil répressif érythréen intitulé « Enquête sur Naizghi Kiflu, l’éminence grise du dictateur ». Lire le rapport.

Depuis trois ans, l’Erythrée se trouve en dernière position du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, à la 175e place sur 175 pays. Dictateur le plus impitoyable du continent, hier héros de la libération, aujourd’hui Président opprimant son peuple, le chef de l’Etat, Issaias Afeworki, figure dans la liste des "prédateurs de la liberté de la presse".

Signez la pétition pour la libération des journalistes emprisonnés en Erythrée.

Photo : Le président Issaias Afeworki (Reuters / Ho New)

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