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RSF dénonce les exactions et récentes mesures contre les professionnels de l'information

RSF dénonce les exactions et récentes mesures contre les professionnels de l’information

Publié le mardi 2 juillet 2013. Mis à jour le mercredi 3 juillet 2013.
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Reporters sans frontières condamne la série d’exactions commises à l’encontre des professionnels des médias lors des manifestations qui ont eu lieu à l’occasion du premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Président Mohamed Morsi, le 30 juin. L’organisation demande aux autorités égyptiennes de prendre les mesures nécessaires afin de garantir leur protection, et de revenir sur un certain nombre de décisions arbitraires prises, mettant en danger l’indépendance des médias publics et privés.

Violences physiques : un journaliste tué et plus d’une dizaine agressés

Selon un rapport du ministère de la Santé rendu public le 1er juillet 2013, 781 personnes ont été blessées et 16 ont trouvé la mort pendant les manifestations, pour la seule journée du dimanche 30 juin. Plus d’une dizaine de journalistes ont été la cible d’agressions, alors qu’ils couvraient les manifestations et les affrontements entre les membres de l’opposition et les partisans des Frères musulmans, au Caire, mais aussi dans plusieurs régions du pays.

Reporters sans frontières demande aux autorités égyptiennes de conduire les enquêtes indépendantes, afin que les auteurs de ces agressions ne restent pas impunis. Elles se doivent d’assurer la protection des professionnels de l’information afin qu’ils puissent travailler librement et en toute sécurité.

Le Comité de Protection des Journalistes fait état d’un journaliste tué et de sept blessés les 28, 29 et 30 juin dernier. Salah El-Din Hassan, reporter pour Shaab Masr (Egyptian People), a été tué, le 28 juin au soir, lors de l’explosion d’une bombe artisanale à Port-Saïd, lancée par un inconnu en direction des protestataires, alors qu’il couvrait les manifestations. Un jeune étudiant américain a quant à lui été poignardé à mort alors qu’il photographiait le mouvement de contestation à Alexandrie, le vendredi 28 juin.

Des agressions avaient également eu lieu dès les premières manifestations, dans les jours précédant la date anniversaire. Et continuent à se produire. Selon l’ONG égyptienne Association for Freedom of Thought and Expression (AFTE), Mohamed Heeza, journaliste pour Welad El Balad, a été enlevé lors des manifestations dans la ville de Mansourah (120 km au nord-est du Caire), qui ont fait plus de 200 blessés le 27 juin 2013. Détenu pendant près de sept heures, le journaliste a été interrogé sur ses collègues de la fondation Welad El Balad, connue pour son opposition aux Frères musulmans. Il a été torturé à l’électricité, avant d’être relâché dans les rues de Mansourah. Le rapport médical a confirmé les trâces d’électrochocs et de coups à différents endroits du corps. Mohamed Heeza a fait état du vol de ses effets personnels.

L’ambassade des Pays-Bas a confirmé que, le 28 juin, une jeune femme hollandaise a été agressée sur la place Tahrir au Caire. D’après les informations recueillies, elle faisait des photos des manifestations quand elle a été victime d’un viol collectif perpétré par cinq hommes. Le groupe “Operation Anti Sexual Harassment” a recensé pas moins de 46 cas de harcèlement sexuel lors des manifestations le 30 juin, place Tahrir.

Le photographe d’Al-Watan Omar Al-Zohairy a été attaqué par des inconnus aux alentours de la place Tahrir, le 30 juin 2013 au soir, et a dû être hospitalisé. Son matériel professionnel a été volé.

Le 30 juin toujours, l’équipe de la Cairo News Company a été attaquée par des partisans des Frères musulmans armés de bâtons et de barres de fer, alors qu’elle couvrait les manifestations au Caire du haut d’un immeuble. L’ingénieur satellite, Mohamed Zidan, a eu la jambe cassée, le cameraman, Gad Alhak, a reçu plusieurs coups qui ont nécessité un traitement à l’hôpital, et le technicien du son, Kareem Hanafy, souffre de plusieurs blessures. Leur équipement, d’une valeur supérieure à 140,000$, a été détruit à 80%.

Médias et professionnels de l’information, victimes de l’ingérence des autorités

L’ingérence du gouvernement dans les affaires des médias égyptiens s’est faite particulièrement sentir au cours des derniers jours. “Les menaces proférées par le Président Morsi et les pressions exercées par les autorités égyptiennes vont à l’encontre de la liberté d’information et de l’indépendance des médias, privés comme publics. Cela pousse les professionnels de l’information à l’auto-censure”, a déclaré Reporters sans frontières.

Le 26 juin 2013, le Président Morsi a prononcé un discours virulent à l’égard de l’opposition et des professionnels de l’information, affirmant que ceux qui l’insulteraient seraient jugés par un tribunal militaire. Il a également accusé les médias privés de ternir son image de président, d’inciter à la violence et d’être financés par les partisans de l’ancien régime de Moubarak.

Les menaces proférées par le Président Morsi à l’encontre de certains médias, notamment les chaînes CBC et Dream, lors de son discours du 26 juin, n’ont pas été sans conséquences. Peu après, le ministre de l’Investissement, Yahya Hamid, chargé d’octroyer et de retirer les licences aux chaînes privées, a ordonné la fermeture arbitraire de la chaîne privée Al-Faraeen (Les Pharaons), particulièrement critique vis-à-vis des Frères musulmans, l’accusant d’“offense aux forces de l’ordre” et d’“incitation au coup d’Etat dans les rangs de l’armée et de la police”. Un mandat d’arrêt a en outre été émis contre le propriétaire de la chaîne, Tewfiq Okacha, accusé de “répandre de fausses informations”. En octobre 2012, ce dernier avait été condamné à une peine de prison ferme pour “diffamation” sur la base de l’article 179 du code pénal égyptien.

Le lendemain, le ministre de l’Investissement a procédé à quelques changements dans la composition du Conseil d’administration de la zone franche pour les médias, organisme public chargé de fournir des incitations financières, des facilités de production et un accès satellite aux entreprises des médias. Ainsi, les représentants des chaînes Al-Nahar, Dream et CBC ont perdu leurs sièges au conseil, sans préavis. Par ailleurs, le propriétaire de CBC, le businessman Mohamed Al-Amin, a été interdit de sortie du territoire, après que le Président Morsi l’ait accusé, ainsi que le propriétaire de Dream, Ahmed Bahgat, d’évasion fiscale dans son discours adressé à la nation. La CBC avait notamment diffusé plusieurs programmes critiques à l’égard du gouvernement.

Cette éviction des chaînes Al-Nahar, Dream et CBC du conseil d’administration et l’interdiction de sortie du territoire de Mohamed Al-Amin, sont des décisions éminemment politiques, révélatrices de la volonté du gouvernement de contrôler et de verrouiller le secteur des médias et de restreindre la liberté d’information. Volonté clairement affichée dans le discours du Président Morsi le 26 juin dernier.

Dans la même lignée, le 28 juin 2013, le ministre de l’Investissement a envoyé une note aux chaînes satellitaires les informant de leur possible fermeture dans le cas où le gouvernement estime que leur couverture médiatique des évènements “incite à la violence”, “insulte les personnes”, ou va “à l’encontre des valeurs de la société”.

Le même jour, le présentateur Jamal Al-Shaer annonçait sa démission de la chaîne Egypt TV 2, dénonçant l’annulation de son programme “Talk to Egypt” et l’interférence du gouvernement dans la gestion des médias publics, à travers les tentatives du ministre de l’Information, Salah Abdul-Maqsoud, de contrôler les programmes.

Cette démission fait écho à celle, quelques jours plus tôt, du rédacteur en chef du journal Al-Akhbar, Mohamed Hassan Al-Bana, qui protestait aussi contre l’interférence de certaines figures du parti des Frères musulmans dans la ligne éditoriale du journal.

Cette ingérence du pouvoir politique avait également été dénoncée par la pétition des employés de la télévision publique, qui appelait à la démission d’Ahmed Abdel-Azziz, le représentant du président pour les médias, l’accusant d’“interférer dans la politique éditoriale”. Ce dernier leur avait demandé, le 21 juin, de couvrir uniquement les manifestations pro-gouvernementales, et de fait, de passer sous silence les contre-manifestations en parallèle de l’opposition.

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