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 Le bureau égyptien de la chaîne Al-Alam fermé par les autorités

Le bureau égyptien de la chaîne Al-Alam fermé par les autorités

Publié le mardi 15 mai 2012.
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Reporters sans frontières condamne le raid mené par la police égyptienne contre la chaîne satellitaire iranienne Al-Alam, le 13 mai 2012.

“Au motif qu’Al-Alam ne possédait pas les autorisations nécessaires pour travailler, les autorités égyptiennes ont confisqué l’équipement de la chaîne et ont émis un mandat d’arrêt à l’encontre du directeur du bureau, Ahmed Sioufi. La chaîne avait pourtant déposé de nombreuses demandes de licence au cours des dernières années, sans qu’aucune n’aboutissent. Les autorités égyptiennes semblent ne pas vouloir accorder des autorisations à certains médias, afin de pouvoir prendre discrétionnairement des mesures punitives contre ceux qui leur déplaisent. Même s’il s’inscrit dans un cadre juridique, ce raid relève de l’arbitraire,” a déclaré Reporters sans frontières.

“Les autorités égyptiennes doivent abandonner de telles pratiques, en donnant une réponse claire et motivée aux médias qui demandent des autorisations officielles. En outre, nous exigeons la restitution du matériel confisqué et l’abandon de toutes les poursuites engagées contre les employés de la chaîne”, a conclu l’organisation.

Le 13 mai 2012 en milieu de journée, de nombreux policiers ont fait irruption dans les locaux d’Al-Alam, chaîne en langue arabe de la République islamique d’Iran, confisquant l’ensemble du matériel, des caméras aux appareils de transmission et disques durs. En outre, ils ont interpellé le correspondant Khaled Sioufi et le responsable des relations publiques Tamer Abou Gami, qui ont tout deux été relâchés le lendemain, après avoir été interrogés, apparemment en tant que témoins.

Les policiers disposaient d’un mandat d’arrêt à l’encontre d’Ahmed Sioufi, le directeur de la chaîne en Égypte, qui aurait entamé une grève de la faim suite à ce qu’il juge être une “tentative de musèlement”. Depuis le raid, les forces de sécurités aurait encerclé les deux bureaux de la chaîne au Caire - le siège, dans le centre ville, et celui situé dans le quartier de Dokki -, menaçant d’arrêter quiconque essayerait d’y accéder ou d’y sortir.

Une correspondante de la chaîne a expliqué sur le site Internet d’Al-Alam, le 13 mai 2012, que “le bureau a demandé à de multiples reprises aux autorités égyptiennes les autorisations nécessaires pour pouvoir opérer de façon officielle. Cependant, à chaque fois, elles reportent leur décision et, aujourd’hui encore, nous n’avons toujours pas les autorisations demandées”.

Contrainte de travailler sans autorisation depuis l’ouverture de ses bureaux en Égypte, en 2004, Al-Alam avait déjà fait l’objet d’un raid similaire en 2008. Selon les informations obtenues, d’autres chaines feraient face aux mêmes difficultés dans l’obtention des autorisations officielles.

Le raid contre Al-Alam semble également s’inscrire dans un contexte plus large. La chaîne en langue arabe de la République islamique d’Iran, organe de propagande du régime, est en effet connue pour ses critiques acerbes envers le Conseil suprême des forces armées, qui dirige l’Égypte depuis la chute de Hosni Moubarak. Al-Alam accuse régulièrement de perpétuer les pratiques despotiques de l’ancien régime. En outre, à moins de dix jours de l’élection présidentielle égyptienne, le conseiller diplomatique de l’Ayatollah Khamenei, Ali Akbar Velayati, a récemment déclaré souhaiter un gouvernement islamique en Égypte.

Par ailleurs, Reporters sans frontières rappelle que, de son côté, la République islamique d’Iran refuse de délivrer des autorisations à plusieurs médias étrangers, notamment les chaînes satellitaires en langue arabe.

L’opération menée par la police égyptienne a suscité de nombreuses critiques et contestations. Les employés de la chaîne ont manifesté devant le parlement dans la soirée du 14 mai 2012, demandant aux députés de prendre les mesures nécessaires pour protéger les médias. Quant au Syndicat des journalistes égyptiens, il a qualifié le raid “d’arbitraire”.

Dans un communiqué sur l’affaire, l’Arab Network for Human Rights Information a déclaré que “l’armée égyptienne hait la liberté de la presse, car celle-ci a révélé au grand jour leurs exactions pendant la période de transition”, signalant que deux chaînes religieuses ont également rencontré des problèmes avec les autorités égyptiennes la semaine passée. L’une, Al-Hikma, a été menacée de fermeture après avoir diffusé des propos jugés trop virulents envers le Conseil suprême des forces armées. Les policiers ont mené un raid contre la seconde, Al-Umma, qui avait récemment critiqué la commission électorale. Une partie de son équipement aurait été détruit.

En septembre 2011, la police égyptienne avait utilisé le même prétexte du “défaut d’autorisation” pour faire irruption dans les locaux d’Al-Jazeera Mubasher Egypt, branche locale de la chaîne qatarie, confisquant les équipements de transmission mobile et arrêtant un des techniciens de la chaîne. Ce raid s’était déroulé quarante-huit heures après l’attaque de l’ambassade d’Israël au Caire, dont les scènes de violences avaient été retransmises par Al-Jazeera. La gestion de l’évènement par les autorités et la passivité des forces de l’ordre avaient été vivement critiquées.

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