Reporters sans frontières

 Douze personnes risquent d'être déférées devant les tribunaux militaires, parmi lesquels deux journalistes et deux blogueurs

Douze personnes risquent d’être déférées devant les tribunaux militaires, parmi lesquels deux journalistes et deux blogueurs

Publié le vendredi 9 mars 2012. Mis à jour le mercredi 14 mars 2012.
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Reporters sans frontières dénonce fermement le renvoi devant les tribunaux militaires des dossiers de deux journalistes et deux blogueurs activistes.

“Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) démontre une nouvelle fois sa volonté de museler les professionnels de médias, victimes à répétition de l’oppression militaire, a déclaré Reporters sans frontières. L’organisation condamne ouvertement le recours à la justice militaire pour juger des journalistes et blogueurs, et demande l’abandon de la procédure engagée”.

Le 7 mars 2012, suite au dépôt de plus de 700 plaintes provenant d’un groupe appelé ‘Jeunes, femmes et hommes pour une Egypte honorable’ contre douze personnalités publiques, le procureur général, conformément à l’article 9 (alinéa 1) de la loi martiale n°25 de 1966, a transmis le dossier au procureur militaire. Parmi ces douze personnes, figurent deux journalistes de la chaîne ON TV, Rim Magued et Yosri Fouda, des activistes comme les blogueurs Nawara Ngem et Wael Ghoneim, ainsi que l’écrivain Alaa Al-Aswani.

Ils pourraient être poursuivis pour “tentative de renversement de l’Etat” et “atteinte à la réputation des forces armées”, ce qui justifierait le transfert des poursuites judiciaires devant une cour martiale. L’article 9 de la loi martiale, qui permet de renvoyer à une cour militaire toute infraction touchant l’armée, porte sévèrement atteinte au droit à un procès équitable. Le recours constitue un déni de justice au regard du droit international. Nous demandons le renforcement de la justice civile et l’abandon de toutes les dispositions légales qui permettent de renvoyer à une cour militaire.

Rim Magued avait déjà été convoquée et entendue par le procureur militaire, le 31 mai 2011, suite à des critiques formulées à l’encontre du CFSA. Invités à son émission talk show sur ON TV, le journaliste Nabil Sharaf Al-Din et le blogueur Hossam Al-Hamalawy avaient accusé la police militaire d’abus et de violation des droits de l’homme lors des répressions des manifestations.

En octobre 2011, le journaliste Yosri Fouda avait volontairement décidé de ne pas réaliser son émission sur ON TV, consacrée à une interview avec l’écrivain Alaa Al-Aswany, pour dénoncer la recrudescence de la censure.

A plusieurs reprises, les autorités ont essayé de censurer et d’intimider la chaîne ON TV. Le 4 octobre 2011, l’Autorité générale pour l’investissement des zones de libre échange avait mis en demeure la chaîne satellitaire pour non respect des obligations de contenus des programmes, conformément aux clauses de l’Investment’s Guarantees & Incentives Act. Le 19 décembre, le siège de la chaîne a été la cible d’un raid des forces armées alors qu’elle diffusait un reportage sur les violences place Tahrir. Plusieurs caméras ont été confisquées.

Reporters sans frontières condamne également les actes de violence qui ont frappé plusieurs journalistes dans l’exercice de leur métier, le 4 février dernier, alors qu’ils couvraient des manifestations devant le ministère de l’Intérieur.

Le journaliste et correspondant Mahmoud Al-Ghazaly pour la chaîne Nile News, a perdu un oeil à cause d’un tir tendu à hauteur du visage de la police anti-émeute. Le photographe pour le site d’information en ligne Rassd News Network, Mohamed Jawdat, a été attaqué par les forces de police, alors qu’il commençait à filmer les manifestations. Le journaliste a immédiatement présenté sa carte de presse aux forces de l’ordre qui lui ont confisqué son appareil photo et son téléphone portable. Mustafa Ala’a-ed’din, photographe pour le même réseau Internet, a lui aussi été interpellé alors qu’il tentait de recueillir des informations auprès des officiers du ministère sur l’arrestation de son confrère, Mohamed Jawdat. Son téléphone portable a été détruit et son appareil photo confisqué. Les policiers ont sauvagement battu les deux journalistes avec la crosse de leur fusil.

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