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Des stages de formation pour les reporters en mission périlleuse

Des stages de formation pour les reporters en mission périlleuse

Publié le jeudi 12 avril 2007. Mis à jour le jeudi 16 décembre 2010.
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"Je réfléchirai davantage avant de partir maintenant, c’est certain", confie, songeur, un journaliste de la chaîne BFMTV. Je suis déjà parti sur des terrains difficiles, en Afghanistan par exemple, mais je ne partirai plus de la même façon. Cette semaine, j’ai vu des armes et les effets des armes. J’ai aussi vécu les check-points. Ce stage m’a appris que la logistique, c’est quelque chose d’important."

Dix-sept journalistes ont participé, en décembre 2009, au stage d’information sur les risques en zones de conflit. Du 8 au 12 février 2010, ils étaient vingt. Organisé au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Mont-Louis – Collioure (Pyrénées-Orientales), ce stage existe depuis 1993 et a formé, à raison de deux sessions par an (février et décembre), plus de 300 journalistes français et européens.

Exercice de tir Au menu des réjouissances, entre autres : cours théoriques, présentation des différents types d’armes (de l’arme de poing au fusil-mitrailleur), exercice de tir, apprentissage de techniques de dégagement et de self-défense, simulation de reportage "en situation de guerre", parcours de franchissement d’obstacles...

L’utilité de ces exercices ? Être sensibilisé aux risques pour mieux se protéger en zones dangereuses. Apprendre quelques gestes pour gérer le stress, quelques rudiments de premiers soins. Quelques règles aussi : "En cas d’accrochage, revendiquez votre statut de journaliste." Retenir certains conseils enfin : éviter dans la mesure du possible les déplacements ; faire venir plutôt qu’aller voir ; éviter d’être seul ; ne pas mettre le pied sur le pas d’une porte ; à un check-point, se montrer courtois, mais pas soumis.

"C’était intéressant de voir la façon qu’ont les militaires de préparer un sac, estime l’un des stagiaires. On n’a pas vraiment de raisons de faire le même type de sac, mais cela m’a appris le besoin d’organisation. Là où militaire prévoit son couteau, sa lampe, sa gourde, moi je mettrai les cassettes, les bloc-notes, mais à l’arrivée, c’est pareil. Et en cas de pépin, il vaut mieux avoir prévu les choses les plus urgentes sur le dessus du sac."

Reportage "en situation de guerre" Le stage ne manque pas de susciter des débats entre confrères, comme après l’exercice qui consiste à suivre un groupe de militaires, caméra au poing, dans un fort désaffecté transformé en champ de bataille. "Si je suis au milieu du bordel et que ça canarde, et si le chef du groupe de militaires qui m’encadre me demande d’abandonner ma caméra car elle gêne et ralentit le groupe, je suis sûr que je la laisse. J’obéis", reconnaît un journaliste. "Ça ne va pas, non ? Pas question. C’est ton métier, tu es journaliste, tu es là pour filmer. C’est inenvisageable que je la laisse. En plus, si tu l’as au bout du bras et que tu laisses tourner, tu auras certainement des images inédites. Le militaire, je ne lui demande pas de lâcher son arme. Donc il ne me demande pas de lâcher la cam’. Et je laisse tourner", lui répond un autre.

L’armée voit aussi son propre intérêt dans ce type de stages. À l’heure où les reporters accompagnent de plus en plus les soldats sur les théâtres d’opération, y compris jusque sur les lignes de front parfois, former et sensibiliser le journaliste, c’est aussi éviter, en cas de manœuvre, qu’il gêne les soldats. À cet égard, les instructeurs sont très honnêtes : "Il faut éviter que vous soyez un boulet." Lucide, un journaliste de la chaîne M6 explique : "On est des outils de communication pour l’armée. Elle ne nous emmène pas pour nous faire plaisir."

Il poursuit : "Quand tu es sur le terrain, le but ce n’est pas d’être avec l’armée ! Sinon, tu ne peux rien faire. Être embedded, c’est exactement l’inverse que d’être libre pour son reportage."

Et il ajoute : "L’exercice a quand même ses limites. Ce qui me frappe, c’est que pour les militaires, il n’y a jamais de place pour l’imprévu. Tout doit être parfaitement organisé, anticipé. Chez nous journalistes, c’est l’inverse. Moi ce que j’aime, c’est précisément qu’on ne sache pas toujours comment ça va se passer et surtout si on est bien préparés. On ne fait pas le même métier."

Un check-point qui tourne mal "En tout cas, on a vécu des sensations fortes", conclut un journaliste de la Radio et Télévision du Portugal (RTP), venu exprès de Porto pour suivre le stage. Ancien commando de l’armée portugaise, rompu aux théâtres difficiles pour avoir couvert, entre autres, la guerre en Irak et l’opération "Plomb durci" à Gaza, il dit ne pas avoir été déçu par le contenu de la formation.

Une formation qui prépare aux zones de guerre, mais pas seulement. Elle peut également mettre en condition pour des reportages dans des situations – notamment psychologiques – difficiles. Un mois après leur passage à Collioure, certains stagiaires de la session de décembre 2009 étaient envoyés par leur rédaction à Haïti où, au milieu des décombres, vingt-quatre heures seulement après le tremblement de terre meurtrier ayant frappé l’île, ils devaient constater l’étendue des dégâts et commenter le nombre de victimes.

Plus d’informations :

  • Ministère de la Défense, Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense (DICOD), Centre de presse, Tél : 01 44 42 54 02, Email : presse@dicod.defense.gouv.fr
  • Reporters sans frontières, Bureau Assistance, Tél : 01 44 83 60 56, Email : assistance@rsf.org

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