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Dans le monde de l'après-11 septembre, seule la paix protège les libertés

Dans le monde de l’après-11 septembre, seule la paix protège les libertés

Publié le mercredi 22 octobre 2008. Mis à jour le jeudi 9 avril 2009.
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Les démocraties engagées dans des conflits hors de leur territoire, comme les Etats-Unis ou Israël, perdent chaque année davantage de places ; plusieurs pays émergents, notamment d’Afrique ou des Caraïbes, garantissent de mieux en mieux la liberté des médias.

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Ce n’est pas la prospérité économique, mais la paix qui garantit la liberté de la presse. Tel est l’enseignement principal du classement mondial de la liberté de la presse, établi comme chaque année par Reporters sans frontières, et dont l’édition 2008 est rendue publique le 22 octobre. L’autre conclusion tirée de cette liste, où l’on trouve une nouvelle fois en dernière place le "trio infernal" Turkménistan (171e), Corée du Nord (172e), Erythrée (173e), est que le comportement de la communauté internationale envers des régimes autoritaires comme Cuba (169e) ou la Chine (167e) n’est pas assez efficace pour donner des résultats.

"Le monde de l’après-11 septembre est désormais clairement dessiné. Les grandes démocraties sont déstabilisées et placées sur la défensive, grignotant peu à peu l’espace des libertés. Les dictatures les plus puissantes économiquement revendiquent leur autoritarisme avec arrogance, profitant des divisions de la communauté internationale et des ravages des guerres menées au nom de la lutte contre le terrorisme. Les tabous religieux ou politiques s’imposent chaque année davantage à des pays qui avançaient auparavant sur la voie de la liberté", a déclaré Reporters sans frontières.

"Dans ce contexte, le musellement général à l’oeuvre dans les pays fermés au monde, dirigés par les pires prédateurs de la liberté de la presse, continue dans une absolue impunité, à mesure que les organisations internationales, comme l’ONU, perdent toute autorité sur leurs membres. Cette dérive mondiale donne d’autant plus de relief aux petits pays économiquement faibles, qui garantissent malgré tout à leur population le droit de n’être pas du même avis que le gouvernement et de le dire publiquement", a ajouté l’organisation.

Guerre et paix

La liste établie pour la période allant du 1er septembre 2007 au 1er septembre 2008 met non seulement en évidence la place prééminente occupée par les pays européens (les 20 premières places sont tenues par les pays de l’espace européen, à l’exception de la Nouvelle-Zélande et du Canada), mais également la position très honorable de certains pays d’Amérique centrale et des Caraïbes. En effet, en 21e et 22e positions, la Jamaïque et le Costa Rica côtoient la Hongrie (23e), à quelques positions devant le Surinam (26e) ou Trinidad et Tobago (27e). Ces petits pays caribéens se classent même bien mieux que la France (35e), qui recule encore cette année en perdant quatre places, ou que l’Espagne (36e) et l’Italie (44e), deux pays toujours plombés par la violence mafieuse ou politique. Selon les critères retenus pour ce classement, il ne manque qu’un point à la Namibie (23e), un grand pays pacifié d’Afrique australe, qui se classe cette année en tête des pays africains devant le Ghana (31e), pour entrer dans le peloton des vingt pays les mieux classés.

Le point commun des pays du peloton de tête, aux disparités économiques immenses (le ratio entre le PIB par habitant de l’Islande et celui de la Jamaïque est de 1 à 10), est d’être gouvernés par un système démocratique parlementaire. Et, surtout, de n’être pas engagés dans une guerre.

Or, tel n’est pas le cas pour les Etats-Unis (36e sur le territoire américain, 119e hors territoire américain), Israël (46e sur le territoire israélien, 149e hors territoire israélien), où, pour la première fois depuis 2003, un journaliste palestinien a été tué par des tirs de l’armée. La reprise de la lutte armée a affecté également la Géorgie (120e) ou le Niger, qui chute lourdement (de la 95e place en 2007 à la 130e en 2008). Ces pays, pourtant dotés d’un système politique démocratique, sont engagés dans des conflits de "basse" ou de "haute intensité". Ils ont, de ce fait, exposé au danger des combats, ou livré à la répression, les proies faciles que sont les journalistes. La récente libération provisoire de Moussa Kaka, correspondant de RFI et de Reporters sans frontières à Niamey, après 384 jours de prison, ou de Sami Al-Haj, libéré de l’enfer de Guantanamo après six ans de détention, est venu rappeler que les guerres broient les vies mais aussi, le plus souvent, les libertés.

Sous le feu de belligérants ou d’un Etat omniprésent

Faute d’avoir apporté une solution à leurs graves problèmes politiques, les pays engagés dans des conflits d’une grande violence, comme l’Irak (158e), le Pakistan (152e), l’Afghanistan (156e) ou la Somalie (153e), restent des "zones noires" de la presse. Assassinats, kidnappings, arrestations arbitraires et menaces de mort sont le lot quotidien de journalistes qui, en plus d’être pris sous le feu des belligérants, sont souvent accusés d’être partisans. Toutes les excuses sont bonnes pour se débarrasser des "gêneurs" ou des "espions", comme cela a été le cas dans les Territoires palestiniens (163e), notamment à Gaza, où la situation s’est nettement détériorée avec la prise du pouvoir par le Hamas. Dans le même temps, au Sri Lanka (165e), où le gouvernement est pourtant élu, la presse est confrontée à une violence trop souvent organisée par l’Etat.

Pour l’essentiel, les pays qui ferment la marche sont des dictatures plus ou moins déguisées, où des dissidents ou des journalistes réformateurs parviennent à fissurer le carcan dans lequel on les contraint à vivre. L’année olympique en Chine (167e) a, certes, été celle de l’incarcération de Hu Jia et de nombreux autres dissidents ou journalistes, mais également l’occasion de donner quelques arguments supplémentaires à ces médias libéraux qui s’efforcent, peu à peu, de s’affranchir du contrôle policier imposé aux citoyens de la nouvelle puissance asiatique. Etre journaliste à Pékin ou à Shangai, mais aussi en Iran (166e), en Ouzbékistan (162e) ou au Zimbabwe (151e), reste un exercice à hauts risques, source de nombreuses frustrations et d’un harcèlement judiciaire permanent. Depuis de nombreuses années, dans cette Birmanie (170e) que dirige une junte xénophobe et inflexible, les journalistes et intellectuels, même étrangers, sont vus comme des ennemis de la junte au pouvoir, et en payent le prix.

Les "enfers immobiles"

Dans la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali (143e), la Libye de Mouammar Kadhafi (160e), le Bélarus d’Alexandre Loukachenko (154e), la Syrie de Bachar el-Assad (159e) ou la Guinée équatoriale de Teodoro Obiang Nguema (156e), l’omniprésence du portrait du chef de l’Etat dans les rues et à la une des journaux devrait suffire à convaincre les sceptiques sur l’absence de liberté de la presse. D’autres dictatures ne pratiquent pas le culte de la personnalité, mais l’étouffoir reste le même. Ainsi, au Laos (164e) ou en Arabie saoudite (161e), rien n’est possible, si ce n’est dans la ligne des autorités.

Enfin, la Corée du Nord et le Turkménistan restent ces "enfers immobiles" où la population est maintenue coupée du monde, sous le poids d’une propagande d’un autre âge. Tandis qu’en Erythrée (173e), qui ferme la marche pour la deuxième année consécutive, le président Issaias Afeworki et son petit clan de nationalistes paranoïaques continuent de gérer le plus jeune pays d’Afrique comme un immense bagne à ciel ouvert.

La communauté internationale, notamment l’Union européenne, répète à l’envi que la seule solution reste "le dialogue". Mais sans grand succès, manifestement, tant que les gouvernements les plus autoritaires pourront toujours ignorer les récriminations, sans risquer autre chose que le mécontentement sans conséquences de quelques diplomates.

Dangers de la corruption et des haines politiques

L’autre maladie qui ronge les démocraties et leur fait perdre du terrain dans ce classement est la corruption. Le mauvais exemple de la Bulgarie (59e), toujours lanterne rouge de l’Europe, rappelle que le suffrage universel, le pluralisme des médias et quelques garanties constitutionnelles ne sont pas des critères suffisants pour parler valablement de liberté de la presse. Encore faut-il que le climat soit favorable à la circulation de l’information et à l’expression des opinions. Les tensions sociales et politiques au Pérou (108e) ou au Kenya (97e), la politisation des médias, comme à Madagascar (94e) ou en Bolivie (115e), ou encore les violences dont sont victimes les journalistes d’investigation au Brésil (82e), sont l’illustration de ce poison qui gangrène les démocraties émergentes. Et le fait que ceux qui , dans une totale impunité, enfreignent la loi pour s’enrichir, et punissent les journalistes "trop curieux", est un fléau qui maintient plusieurs "grands pays" à des positions honteuses (le Nigeria est 131e, le Mexique, 140e, l’Inde 118e).

Et puis certains de ces prétendus "grands pays" se comportent délibérément de manière brutale, injuste ou simplement inquiétante. A l’instar du Venezuela (113e), où la personnalité et les oukazes du président Hugo Chavez sont parfois écrasants, la Russie du duo Poutine-Medvedev (141e) exige un contrôle strict des médias publics et d’opposition. Comme Anna Politkovskaïa, chaque année des journalistes tombent sous les balles "d’inconnus" souvent proches des services de sécurité dirigés par le Kremlin.

Résistance des tabous

Dans le "ventre mou" du classement se trouvent également des pays hésitant entre répression et libéralisation, où les tabous restent inviolables. Ainsi, au Gabon (110e), au Cameroun (129e), au Maroc (122e), à Oman (123e), au Cambodge (126e), en Jordanie (128e) ou en Malaisie (132e), par exemple, évoquer la personne présidentielle ou royale, son entourage et ses éventuelles turpitudes sont des interdits absolus. Des législations liberticides au Sénégal (86e) ou en Algérie (121e) envoient régulièrement des journalistes en prison, en violation des standards démocratiques prônés par l’ONU.

La répression de l’Internet est également l’un des révélateurs de ces tabous tenaces. En Egypte (146e), des manifestations initiées sur Internet ont agité la capitale et inquiété le gouvernement, qui considère aujourd’hui chaque internaute comme un danger potentiel pour le pays. L’usage du filtrage est chaque année plus important et les Etats les plus répressifs n’hésitent pas à emprisonner les blogueurs. Si la Chine reste première au palmarès des "trous noirs du Web", déployant des moyens techniques considérables pour contrôler les internautes, la Syrie (159e) est devenue championne régionale de la cyber-répression. La surveillance y est tellement poussée qu’après la moindre publication critique, l’arrestation n’est qu’une question de temps.

Seuls quelques rares pays ont connu des avancées. Ainsi le Liban (66e) retrouve-t-il une place logique après la fin des attentats ayant visé des journalistes influents ces dernières années, tandis qu’Haïti (73e) poursuit sa lente remontée, de même que l’Argentine (68e) et les Maldives (104e). En revanche, la transition démocratique en Mauritanie (105e) s’est enrayée, empêchant le pays de poursuivre sa progression. Tandis qu’au Tchad (133e) et au Soudan (135e), les maigres acquis de ces dernières années ont été balayés par l’instauration, du jour au lendemain, de la censure.

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