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Deux journalistes morts dans un camp de prisonniers

Deux journalistes morts dans un camp de prisonniers

Publié le mardi 14 septembre 2010. Mis à jour le lundi 27 septembre 2010.
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Grâce au témoignage d’un ancien prisonnier politique nord-coréen, Reporters sans frontières a pu établir que deux journalistes nord-coréens étaient décédés, au début des années 2000, dans le camp de prisonniers, dit “Kwan-Li-So”, de Yoduk, situé au nord-est de Pyongyang. "Oui, il y avait plusieurs journalistes dans ce camp, car en tant qu’intellectuels ayant accès aux informations sur le monde extérieur, ils sont les premiers à critiquer le régime. Je suis convaincu que de nombreux journalistes sont encore incarcérés dans des conditions tragiques dans les camps de Corée du Nord", a expliqué Jung Gwang-il, ancien prisonnier à Yoduk.

Reporters sans frontières rend hommage à Kim Kyungcheon, cameraman de la télévision d’Etat Chosun Jungang, mort des suites de ses blessures après un accident de travail forcé en mai 2001. Il avait été arrêté en mars 2000 pour avoir critiqué le culte de la personnalité de Kim Jong-il. Dans le camp de Yoduk, pendant l’hiver, la majorité des prisonniers sont contraints d’effectuer des tâches de bûcheron dans des conditions très difficiles.

"Malgré le danger que cela représentait, Kim Kyungcheon continuait à critiquer le régime. Il disait souvent : ’Pourquoi ne peut-on pas montrer à la télévision les images de gens qui sont morts de faim ?’ ou ’Notre Constitution nous accorde la liberté de la presse, mais en réalité, rien n’est respecté.’ Il payait cher son ton critique. Puisque régulièrement le directeur du camp lui criait dessus : ’On devrait te tuer tout de suite.’ Après s’être cassé la jambe, il a été conduit à l’infirmerie du camp. Il est mort de ses blessures quelques jours plus tard. Nous avons été obligés de creuser sa tombe à mains nues. Et sa famille n’a même pas été informée de sa mort", a expliqué Jung Gwang-il à Reporters sans frontières à propos de Kim Kyungcheon, mort à l’âge de 60 ans.

Nous rendons également hommage à Cha Gwangho, âgé de 65 ans, lui aussi reporter pour la chaîne de propagande Chosun Jungang, mort de malnutrition en décembre 2001, dans le même camp. Il était détenu depuis janvier 1999 pour avoir critiqué le régime de Kim Jong-il. Après avoir été blessé en effectuant du travail forcé, il a vu ses rations alimentaires diminuées, du fait qu’il n’était plus productif. En effet, les prisonniers ne disposent que d’une ration de soupe par jour, et sont contraints pour survivre de manger des plantes, des rats ou des grenouilles.

"Le sort des dizaines de milliers de prisonniers d’opinion nord-coréens est largement négligé par la communauté internationale par manque d’informations. Cette révélation sur la mort de deux journalistes au début des années 2000, parmi tant d’autres cas, doit inciter les Nations unies à agir avec plus de force pour obtenir la fermeture des camps de concentration nord-coréens", a affirmé Reporters sans frontières.

Le témoignage de Jung Gwang-il offre une description assez précise de la structure du camp : des baraquements abritant des milliers de prisonniers, hommes et femmes, contraints au travail forcé, et entourés de barrières en barbelé et surveillés par un millier de gardes armés. Le camp de Yoduk était divisé en deux : le District de contrôle total pour les prisonniers à vie et le "District de révolutionisation" pour les détenus passibles d’être libérés.

Jung Gwang-il et ses collègues de l’organisation Free the North Korean Gulag ont identifié 250 personnes détenues dans ce camp pour des délits politiques. Fonctionnaires, ouvriers, militaires, écrivains, businessmen, étudiants ou encore un diplomate nord-coréen interné pour avoir, lors de son séjour à Paris, à la fin des années 1990, rencontré des Sud-Coréens, sont morts ou sont toujours détenus dans ce camp. Au total, pas moins de 200 000 personnes seraient toujours emprisonnées dans les camps de concentration ou de rééducation de Corée du Nord.

La Constitution nord-coréenne définit les prisonniers politiques comme des "criminels" contre l’Etat, notamment "celles qui ont conspiré pour renverser la République ou pour fomenter des révoltes subversives".

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