Reporters sans frontières

39813

Accueil - Afrique - Comores

Le président Sambi poursuit les journalistes qui osent évoquer la passation de pouvoir avec son successeur

Le président Sambi poursuit les journalistes qui osent évoquer la passation de pouvoir avec son successeur

Publié le jeudi 17 mars 2011.
Version imprimable de cet article Imprimerenvoyer l'article par mail envoyer

Reporters sans frontières demande l’abandon total des charges qui pèsent contre deux journalistes qui encourent des peines de prison pour leurs articles sur la date de passation de pouvoir entre le président nouvellement élu, Ikililou Dhoinine, et le président sortant, Ahmed Abdallah Sambi. L’organisation enjoint les autorités comoriennes de cesser de s’immiscer dans la ligne éditoriale des médias.

Le Président Ahmed Abdallah Sambi (AFP)

"L’ingérence des plus hautes autorités de l’Etat dans le travail des médias est révoltante. En poursuivant en justice et en empêchant des journalistes de faire leur travail, le président Sambi porte un coup sérieux à la liberté d’expression aux Comores. Ces mesures n’ont d’autre but que de contrôler le contenu de la presse et de contraindre les journalistes à l’autocensure. Une passation de pouvoir est la conclusion logique d’un processus électoral pour lequel la presse doit jouer son rôle jusqu’au bout. Reporters sans frontières fait part de son effarement et de son incompréhension", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de l’organisation.

Le 12 mars 2011, deux journalistes comoriens ont été déférés devant le parquet pour "diffusion de fausses nouvelles" suite à une plainte du gouvernement. Ali Moindjié, directeur de publication du quotidien Albalad, et Hadj Hassanali, directeur de publication du bimensuel La Tribune des Comores, sont accusés d’avoir publié des informations "de nature à troubler l’ordre public". Dans leurs éditions respectives du 3 mars et du 20 février 2011, ils avaient écrit que la cérémonie officielle de passation de pouvoir présidentiel prévue le 26 mai pourrait être reportée. Les deux journalistes doivent comparaître à nouveau le 11 avril prochain et risquent entre un et six mois de prison.

Ali Moindjié

Le président de la République, Ahmed Abdallah Sambi, s’ingère de plus en plus dans le travail des organes de presse du pays. Son mandat a pris fin le 26 mai 2010, date à laquelle s’est ouverte une "période intérimaire" devant conduire à l’investiture du président nouvellement élu, Ikililou Dhoinine. La date de cette investiture tarde à être fixée, ce qui intrigue à juste titre les médias comoriens. En janvier 2011, le président Sambi avait déjà prouvé sa susceptibilité en obtenant que le rédacteur en chef et directeur adjoint de la publication du quotidien d’Etat Al-watwan, Ahmed Ali Amir, laisse reposer sa plume Plus d’informations. Les raisons invoquées d’une telle mise à l’index sont les mêmes qui ont poussé le gouvernement comorien à poursuivre en justice Ali Moindjié et Hadj Hassanali : les trois journalistes ont eu l’audace de s’interroger sur la passation effective de pouvoir entre le président sortant et le nouveau président élu.

Le mépris du président Sambi pour les médias et certains journalistes, qu’il qualifie de "professionnels des mensonges", nous inquiète. "La presse ne doit pas se résumer à parler politique en critiquant Sambi (…) [Elle a] aussi le devoir de promouvoir ce qui est produit dans notre pays et qui est de grande qualité", a-t-il affirmé, au début du mois de mars 2011, à la foire des produits Made in Comores, confondant outrageusement professionnels de l’information et publicitaires.

"Cet amalgame traduit le manque de considération des autorités pour les journalistes et le manque de respect pour le droit à l’information des populations. Cette dérive est dangereuse", a conclu Reporters sans frontières.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

FICHES PAYS

close
Contact | Les actions de Reporters sans frontières | Mentions légales | CGU | La boutique | Les albums