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 La censure et la répression déjà réélues

La censure et la répression déjà réélues

Publié le jeudi 8 novembre 2012. Mis à jour le vendredi 9 novembre 2012.
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Le 8 novembre 2012 s’ouvre le 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC) au cours duquel seront nommés les nouveaux cadres dirigeants du pays au premier rang desquels : le secrétaire général du Parti, également président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale.

Reporters sans frontières s’inquiète du renforcement du contrôle de l’information par les autorités qui, depuis plus d’un mois, déploient des moyens considérables pour museler la presse et les voix dissidentes. L’organisation appelle les autorités de Pékin à assouplir leur surveillance et leur contrôle d’Internet pour que les Chinois puissent exercer leurs droits à l’expression libre et à l’information.

"Il est très inquiétant de constater que cinq années après le dernier Congrès, n’ont faibli ni la sévérité des autorités ni leur volonté de contrôle absolu de l’information. Si nous ne connaissons pas encore les noms des nouveaux membres du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste, nous constatons déjà que la politique de censure de l’information et de répression de ceux qui cherchent à faire valoir leur liberté d’expression n’est pas prêt de finir. Les arrestations et les condamnations se poursuivent tandis que les ’soldats’ de la censure surveillent inlassablement les auteurs de propos politiques qui tentent de faire émerger un débat démocratique sur la toile", a déclaré l’organisation.

"Nous demandons au futur secrétaire général du Parti et président de la République de mettre fin aux arrestations de journalistes, blogueurs et dissidents ainsi qu’aux violations quotidiennes de la liberté de l’information. Le maintien de l’ordre et de la stabilité de l’Etat ne peut justifier davantage la répression envers les militants des droits de l’homme et les défenseurs de la liberté d’expression", a ajouté Reporters sans frontières.

Reporters sans frontières dresse un bilan, non exhaustif, des dernières semaines précédant l’ouverture du 18e Congrès, et des nombreuses atteintes de la liberté de l’information qui témoignent de la continuité de la politique autoritaire du pouvoir.

L’organisation redoublera de vigilance durant toute la tenue du Congrès en listant tout nouveau cas de censure sur une page prévue à cet effet.

Voir le fil d’information ici

Répression, arrestations, condamnations et dissuasion des dissidents, de leurs familles et de leurs soutiens

L’échéance du Congrès approchant, le Parti s’est empressé de faire le grand ménage dans les rangs des défenseurs des droits de l’Homme.

Les autorités se sont d’abord évertuées à museler les dissidents chinois qu’elles suspectent en permanence de vouloir déstabiliser l’Etat. Le célèbre activiste pour les droits de l’homme Hu Jia, assigné à résidence depuis sa sortie de prison en juin 2011, a témoigné du durcissement des autorités en amont du congrès. Passé à tabac et brièvement détenu après avoir lancé une grève de la faim, Hu Jia avait vu sa connexion internet temporairement coupée suite à des commentaires publiés sur son compte Twitter. Internet constitue le seul moyen pour Hu Jia de communiquer avec son épouse, Zeng Jinyan, et sa fille actuellement établies à Hong Kong. Les pressions ou représailles visant les familles des dissidents sont une pratique régulière du pouvoir politique. Continuer de défendre Liu Xiaobo, c’est mettre en danger son épouse, Liu Xia, dont les conditions de vie se sont aggravées au cours des derniers mois. L’artiste photographe est également assignée à résidence, où des policiers la surveillent en permanence. Le 13 octobre dernier Reporters sans frontières a diffusé une vidéo montrant Liu Xia à son domicile, totalement isolée de extérieur. La famille de l’avocat Chen Guangcheng, est elle aussi harcelée par les autorités qui, à la fin du mois d’octobre dernier, ont violemment perquisitionné le domicile de son frère, Chen Guangfu, et arrêté son fils. Le père de ce dernier avait déposé plainte auprès de la cour intermédiaire de Yinan, dans la province du Shandong, qui a refusé d’ouvrir un dossier.

Plus récemment, dans la nuit du 5 au 6 novembre 2012, les autorités de Jinan dans la province du Shandong ont arrêté l’avocat Shu Xiangxin, et l’ont inculpé de "chantage et extorsion". Elles ont également saisi son ordinateur. Son épouse, dont les propos ont été recueillis par Radio Free Asia, a également été interrogée pendant plusieurs heures par la police. Pour avoir publié en ligne des informations sur la spoliation des terres que subissent des villageois de la province, Shu Xiangxin a fait l’objet de pressions émanant d’officiels provinciaux et a récemment été passé à tabac par des individus non identifiés.

Censurer l’information “sensible”

Durant tout le mois d’octobre, les autorités se sont appliquées à accroître leur mainmise sur les informations “sensibles” qui pourraient perturber le bon déroulement du Congrès. Les censeurs de Pékin ont redoublé d’effort afin de mettre en place un contrôle total sur l’information dans le pays.

Ainsi, les informations relatives à la manifestation survenue dans le village de Yingge, sur l’île d’Hainan (Sud), ont été censurées aussitôt après avoir été publiées sur Internet. La manifestation, visant à contrer le projet de construction d’une centrale électrique, avait rassemblé plusieurs centaines de milliers de manifestants. Les messages concernant les manifestations publiés sur Weibo ont été supprimés et les comptes les hébergeant bloqués. Les plateformes de microblogging Sina Weibo, Wang Yi, Teng Xun et Tian Ya She Qu ont également été censurées de la sorte.

Le site pékinois “Réseaux de justice et lutte anti-corruption de Chine” a été perquisitionné et son serveur mis hors de service par les autorités. Le site faisait état de différentes violations des droits de l’homme en Chine, et notamment des expropriations foncières menées par les autorités de différentes provinces. Le responsable du site, Mr Cheng confiait que la cyber police chinoise avait coupé ses serveurs et bloqué plusieurs adresses IP de son site.

De même, les réseaux sociaux ont été placés sous surveillance : le principal service de messagerie instantanée chinois, QQ, fait, par exemple, l’objet de toute l’attention des cyber autorités. Propriété de la société Tencent, le logiciel permet notamment aux autorités de monitorer en détail les échanges de tous les internautes, en recherchant certains mots clés ou expressions. L’identification de l’auteur de chaque message est rendue possible grâce au numéro d’utilisateur du logiciel (voir photo).

Interface de surveillance du logiciel QQ

Interface de surveillance du logiciel QQ

Tibet : pacification de l’information et suppression des “mauvaises nouvelles”

A défaut de rétablir la paix en assouplissant sa politique discriminatoire à l’encontre de ses minorités ethniques, le régime persiste à étouffer la voix des citoyens qui tentent de faire parvenir des informations hors de la région enclavée du Tibet. Elles procèdent à des arrestations à répétition et interdisent tout rassemblement public. L’intensification de la répression au Tibet s’est traduite par des arrestations massives et arbitraires au sein des monastères tibétains. L’illégitimité des arrestations dans la zone devient de plus en plus flagrante. La multiplication des opérations policières pousse les moines à des gestes de désespoirs : on décompte désormais près d’une soixantaine d’immolations depuis le début de l’année 2009, autant de drames que les autorités cherchent à dissimuler à la communauté internationale.

Afin de limiter les flux d’information hors de la région, les mouvements physiques des populations sont sévèrement réglementés. L’accès à la ville de Lhassa s’avère de plus en plus difficile, les autorités exigeant une carte d’identité spécifique pour les Tibétains habitant dans la ville. A Hezuo, ville de la province de Gansu (Sud du Tibet), les écoliers se sont vu interdire de partir en vacances en dehors de la région. Elles ont aussi supprimé les moyens de communications mobiles dans la région tibétaine de la province Sichuan, limitant les communications aux réseaux de téléphone fixe. Des sources anonymes font état d’un blocage quasi total des moyens de communication à Gannan (Sud du Tibet), où la vente de cartes SIM a été suspendue et les cybercafés fermés.

Pékin cherche en particulier à restreindre les informations concernant les fréquentes immolations de moines. Le 1er novembre 2012, Tibet Post International, média en ligné basé à Dharamsala et soutenu par Reporters sans frontières, a appris l’arrestation de quatre moines du monastère de Tsoe Gaden Choeling, pour avoir "disséminé des informations et des preuves à l’extérieur" concernant les immolations. La situation actuelle de Lobsang Choephel, Tsundue, Losel, et Topden demeure inconnue ainsi que le lieu de leur détention.

De même, le 25 octobre 2012, un moine de 38 ans, Jinpa, a été arrêté sans raison apparente. En 2008, il avait déjà été détenu pour avoir diffusé de l’information à l’international. Deux jours plus tôt, le 23 octobre, Tashi Norbu, jeune moine tibétain de 19 ans, a été arrêté pour avoir eu une conversation via un Smartphone, qui permet également de se connecter à Internet. Les propriétaires de ce type de téléphone ont d’ailleurs été pris pour cible par les autorités lors de rafles organisées dans les monastères.

Par ailleurs, l’arrestation du moine Golog Jigme Gyatso, qui avait collaboré avec Dhondup Wangchen, réalisateur du documentaire tourné en secret, "Leaving Fear Behind", a récemment été confirmée. Ce dernier avait été interpellé le 20 septembre dernier, alors qu’il retournait dans la région tibétaine de l’Amdo.

Endiguement de la presse étrangère

Le Parti entend également contrôler les dires de la presse étrangère dont le rôle demeure primordial, tant pour informer la communauté internationale que la population chinoise, victime de la censure accrue que les autorités imposent à la presse locale.

Après la censure, le 29 juin 2012, du site d’information du groupe Bloomberg, spécialisé dans l’économie et la finance, suite à son enquête sur la fortune de la famille de Xi Jinping, vice-président de la République populaire de Chine et successeur annoncé de Hu Jintao au secrétariat général du Parti et à la présidence du pays, le New York Times a lui aussi été censuré et menacé de poursuites judiciaires après la publication d’un article sur la fortune accumulée par la famille du Premier ministre, Wen Jiabao.

La presse étrangère s’est également substituée aux médias chinois dans la couverture des manifestations survenue dans la ville côtière de Ningbo, à la fin du mois d’octobre, contre le projet d’agrandissement d’une usine de traitement pétrochimique. Si la couverture des événements par la presse chinoise a été restreinte, les autorités privilégiant le traitement de l’information par les agences de presse officielles, les journalistes étrangers ont pu se mêler aux manifestants, qui les ont même assisté dans leur reportage.

Conscient du poids toujours croissant des médias étrangers, les autorités ont renforcé le blocage des sites de Voice of America, la BBC, Radio Free Asia et Deutsche Welle. S’il y a encore quelques semaines il était possible de contourner la censure par l’utilisation de Proxys et de logiciels VPN, certaines sources rapportent que les autorités ont redoublé d’effort pour limiter leur efficacité.

Les professionnels des médias locaux sont aussi la cible des autorités chinoises : les offensives lancées à leur encontre se multiplient ; au cours du mois d’octobre, deux journalistes de Skynews ont été arrêtés et un journaliste de l’agence AFP a été détenu.

La Chine figure à la 174ème place sur 179 pays dans le classement mondial 2011-2012 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Le pays figure sur la liste des “Ennemis d’Internet” identifiés en 2012 par l’organisation.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

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