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Des diplomates chinois menacent un journaliste français après un reportage sur le Tibet

Des diplomates chinois menacent un journaliste français après un reportage sur le Tibet

Publié le mardi 11 juin 2013. Mis à jour le vendredi 14 juin 2013.
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Reporters sans frontières dénonce le harcèlement et les intimidations infligés par les services diplomatiques chinois au grand reporter de France 24 Cyril Payen. Quelques jours après la diffusion du documentaire "7 jours au Tibet" le 30 mai dernier, les services de l’ambassade de Chine à Paris se sont rendus au siège de la chaîne d’information internationale en exigeant le retrait du documentaire du site Internet de la chaîne. En vain. L’ambassade de Chine à Bangkok a également harcelé et menacé le journaliste par téléphone.

"Ces procédés inacceptables s’apparentent aux méthodes de la pègre plus qu’à celles de fonctionnaires de haut rang. Qu’une ambassade exprime son désaccord envers un reportage est concevable. Que des diplomates tentent par l’intimidation de modifier un contenu éditorial, fustigent un journaliste et le convoquent avec l’intention affichée de l’interroger, dépasse largement les limites tolérables. Ces méthodes sont sans doute habituelles en Chine, ce qui est fondamentalement regrettable, mais elles n’ont pas leur place dans un pays libre. Les menaces téléphoniques auxquelles ces diplomates se sont livrés les exposent à des poursuites judiciaires", a déclaré Reporters sans frontières.

"Nous demandons que les autorités françaises convoquent les officiels chinois en France pour protester contre ces pressions inadmissibles. Les autorités françaises doivent condamner le recours à ces méthodes agressives et les violations de la liberté de l’information commises par le régime chinois envers un journaliste français", a ajouté l’organisation.


"Sept jours au Tibet"



Ingérence et tentative de censure

Cyril Payen a exposé à Reporters sans frontières les événements qui ont suivi la diffusion du reportage. Début mai 2013, Cyril Payen, 42 ans, profite d’un relâchement du contrôle des entrées dans le territoire tibétain pour se rendre clandestinement dans la région afin d’y réaliser un reportage témoignant de la répression dont est victime la minorité tibétaine. Le 30 mai dernier, le reportage, intitulé "Sept jours au Tibet" et suivi d’un débat en direct, a été diffusé sur France 24. Le 3 juin, alors que le journaliste repartait pour Bangkok, des officiels de l’ambassade de Chine en France ont contacté la chaîne d’information pour rencontrer le journaliste. Celui-ci ayant déjà quitté la France, deux officiels de l’ambassade se sont rendus dans les locaux de France 24 pour s’entretenir avec le directeur de la rédaction de la chaîne, Marc Saikali. Pendant près de deux heures, ces dernier ont reproché à la chaîne d’avoir diffusé un reportage mensonger et "truffé d’erreurs". Ils ont également exhorté la direction de la chaîne à retirer du web le document vidéo, mais se sont heurtés à un refus ferme de cette dernière.

Du harcèlement à la menace manifeste

A son arrivée à Bangkok, le 4 juin, le journaliste français reçoit un appel de l’ambassade de Chine en Thaïlande sur son téléphone portable. Ni le grand reporter, ni sa direction n’avaient pourtant communiqué son numéro aux services diplomatiques chinois. Le journaliste est convoqué à l’ambassade dans les plus brefs délais. Cyril Payen accepte un rendez-vous dans un hôtel de Bangkok mais les diplomates chinois refusent tout rendez-vous qui ne se déroulerait pas à l’ambassade de Chine. L’ambassade accentue par la suite ses pressions sur le journaliste, qui reçoit plusieurs appels téléphoniques anonymes ainsi que de nombreux messages textuels.

Le 10 juin, un message d’une représentante de l’ambassade de Chine à Bangkok, laissé sur le téléphone portable du journaliste, devient ouvertement menaçant :

Ecouter le message audio en anglais :
"Je vais vous dire pourquoi nous voulons vous voir. Nous voulons vos explications sur comment et pourquoi vous nous avez trompé afin d’obtenir un visa chinois. Ensuite, nous voulons que vous nous expliquiez pour quel motif vous diffusez de fausses informations sur le Tibet. Enfin, puisque vous repoussez encore notre rendez-vous, j’ai bien peur que si vous n’acceptez pas de nous rencontrer mardi dernier délai, vous aurez a en assumer l’entière responsabilité..."

L’ambassade lance un ultimatum au journaliste, sommé de se rendre avant le 11 juin, à l’ambassade chinoise, pour s’expliquer notamment des raisons qui l’ont poussé à "tricher" pour obtenir un visa. La représentante l’exhorte à cesser de repousser le rendez-vous et d’obtempérer avec la demande de l’ambassade sans quoi celui ci devrait "prendre toute la responsabilité" de ce refus.

Le Tibet, le sujet qui dérange

Les journalistes étrangers, interdits de se rendre au Tibet, sont toujours empêchés par la police de couvrir les manifestations de Tibétains dans les autres provinces chinoises. En janvier 2012, dans la région du Sichuan, une équipe de CNN avait été arrêtée par la police à un péage et empêchée de se rendre au Tibet voisin. Sachant que ces interdictions contreviennent à la loi, les autorités prennent régulièrement pour prétexte le mauvais temps et l’état des routes pour restreindre l’accès à la région autonome.

Les journalistes étrangers suspectés de vouloir enfreindre les injonctions policières sont victimes du harcèlement délibéré des forces de l’ordre. Certains d’entre eux se sont plaints d’avoir été suivis, d’autres ont été escortés par la police jusqu’à l’aéroport, interrogés pendant plusieurs heures, forcés d’effacer les images qu’ils avaient prises et ont vu leur matériel confisqué. Les contrôles ne se limitent plus à la carte de presse et au passeport mais également aux permis de résidence temporaire, que les journalistes doivent désormais porter sur eux. Autant d’atteintes à la liberté d’information qui créent un climat de surveillance permanente et qui ne sont pas sans conséquence sur le stress et l’état psychologique de certains professionnels des médias.

Le 2 février 2012, des correspondants étrangers exerçant en Chine avaient demandé aux autorités de pouvoir accéder librement aux provinces qui leur sont fermées. Via une déclaration du Club des correspondants étrangers de Chine (FCCC), organisation illégale faute de reconnaissance d’un statut officiel par Pékin, ils avaient fait valoir, en vain, leur droit à pouvoir se déplacer librement et interviewer toute personne, si celle-ci y consent.

Dégradation constante des conditions de travail des journalistes étrangers

Depuis les mouvements du Jasmin, en 2011, les autorités chinoises n’ont cessé d’accentuer leur répression à l’encontre de la presse étrangère. Si les cas de harcèlement de journalistes basés à l’étranger demeurent peu fréquents, les pressions sur les journalistes se rendant dans le pays et sur les correspondant de médias étrangers sont en nette augmentation. Le Parti n’hésite pas à recourir à la violence policière, qu’elle déguise par l’emploi de policiers en civil, pour contrôler la couverture faite par la presse étrangère.

Le passage à tabac, en mars 2011, du caméraman de Bloomberg, en constitue un des témoignages les plus marquants. Voir la vidéo :

En octobre 2012, un journaliste de l’Agence France-Presse avait été détenu par la police. En mars 2013, deux journalistes de Skynews ont été arrêtés alors qu’ils effectuaient un reportage en direct depuis la place Tian An Men. Le journaliste bénéficiait pourtant d’une autorisation de tournage. Les refus d’accréditation et de visas sont également en nette augmentation.

La Chine, qui fait partie des “Ennemis d’Internet”, se classe au 173ème rang sur 179 au classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par l’organisation. Lire le Rapport spécial surveillance 2013, “Les Ennemis d’Internet” - Chine

Photo : youtube.com

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