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Des journalistes victimes d'intimidations pour des enquêtes sur la dictature militaire

Des journalistes victimes d’intimidations pour des enquêtes sur la dictature militaire

Publié le mardi 18 décembre 2012.
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Si le journaliste Mauricio Weibel Barahona est victime d’un véritable harcèlement suite à la publication d’archives secrètes de la dictature militaire dans son livre “Association illicite : les archives secrètes de la dictature” (Ed. Ceibo, octobre 2012, non-traduit), il n’est pas le seul. D’autres journalistes qui travaillaient sur le même sujet ont été à leur tour victimes de cambriolages et de menaces.

Carlos Dorat, co-auteur du livre “Asociacion Ilicita” écrit en collaboration avec Mauricio Weibel, a reçu des appels téléphoniques d’inconnus qui restaient étrangement silencieux au bout du fil. Dans la nuit du 15 décembre 2012, le journaliste Javier Rebolledo, auteur du livre “La danse des corbeaux“ qui raconte des cas de violations des droits de l’homme par la police secrète, s’est fait voler son disque dur. Cristobal Pena, auteur du livre “Los fusileros“ (non-traduit), un thriller politique sur les années de la dictature, s’est lui aussi fait cambrioler son ordinateur. Pascale Bonnefoy, que Reporters sans frontières avait défendue en 2010 suite aux poursuites engagées contre elle par un ancien militaire de Pinochet s’était aussi fait voler il y a un mois de cela son ordinateur, disque dur externe et appareil photo.

“Il n’y a maintenant plus aucun doute sur la finalité de ces vols et intimidations, qui sont directement liés au travail d’enquête de ces différents journalistes. Parce qu’ils travaillent sur des sujets très sensibles qui concernent directement les services secrets, ils se sont retrouvés menacés. Une protection personnelle doit rapidement leur être accordée, à eux et à leur famille. Cependant, le troisième cambriolage dont a été victime Mauricio Weibel s’est produit alors que des rondes de police étaient déjà en place autour de son domicile. De telles failles dans le dispositif de sécurité qui lui a été accordé peuvent paraître étranges. Tout cela ne mériterait-il pas une enquête interne au sein de la police et des services secrets ?” s’interroge Reporters sans frontières.

Correspondant de l’agence d’information allemande DPA, président du l’Union sud-américaine des correspondants de presse, et correspondant de Reporters sans frontières au Chili, Mauricio Weibel a été victime de trois intrusions et cambriolages à son domicile, entre le 14 et le 16 décembre 2012.

Le 14 décembre, sa voiture a été volée, puis retrouvée par la police un peu plus tard, dans la commune de la Cisterna (zone sud de Santiago), entièrement démantelée. Quelques heures après le vol de son véhicule, un individu vêtu comme un carabinier s’est rendu à son ancienne résidence et a demandé au concierge des informations sur la famille du journaliste. L’individu a refusé de s’identifier et est reparti à bord d’un taxi.

Le lendemain, des inconnus se sont introduits dans la maison de Mauricio, et y ont volé deux ordinateurs portables contenant des documents relatifs à son enquête sur le rôle des services secrets durant la dictature. Dans la même après-midi, un homme a été surpris par des amis de la famille en train de prendre des photos de la maison. Il a fuit lorsqu’on lui a demandé de s’identifier.

Le 16 décembre, alors que la police avait déjà organisé des rondes autour de son domicile, un troisième cambriolage a été commis. Cette fois-ci, un individu a réussi à s’introduire dans son foyer alors que le journaliste parlait au téléphone avec le Ministre de l’Intérieur Andres Chadwick, qui lui a garanti sa sécurité.


16.12.2012 - Vol ciblé au domicile du journaliste Mauricio Weibel, auteur d’une enquête sensible sur la dictature

Toute la lumière doit être faite, et dans les plus brefs délais, sur le vol commis dans la journée du 15 décembre 2012 au domicile de Mauricio Weibel, correspondant de l’agence d’information allemande DPA, président de l’Union sud-américaine des correspondants de presse et correspondant de Reporters sans frontières au Chili.

Il ne s’agit pas d’un cambriolage ordinaire. Les voleurs savaient ce qu’ils comptaient trouver : l’ordinateur du journaliste contenant des documents relatifs à son enquête sur le rôle tenu par les services de renseignement dépendant des forces armées sous la dictature militaire (1973-1990). De ce travail d’investigation, Mauricio a tiré un livre “Association illicite : les archives secrètes de la dictature” (Ed. Ceibo, octobre 2012, non-traduit). Vingt-quatre heures avant la violation de son domicile, la voiture du journaliste avait été dérobée puis retrouvée un peu plus tard par la police entièrement désossée dans la commune de la Cisterna, dans la zone sud de Santiago.

“Au cours de son enquête, qui l’avait amené à consulter des archives jusqu’alors inaccessibles, Mauricio s’était plaint de menaces et de risques pesant sur lui, qui auraient dû davantage alerter les autorités. Une protection à la mesure des risques en question doit être octroyée au journaliste et à sa famille. Il y a toujours danger pour les journalistes des anciens pays du Plan Condor à mener des enquêtes de fond sur cette période. Mauricio Weibel doit bénéficier du soutien de la profession, non seulement pour sa sécurité, mais pour sa contribution à la vérité sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire récente sud-américaine”, a déclaré Reporters sans frontières.

Mauricio Weibel est le fils de José Weibel, dirigeant du Parti communiste chilien, arrêté et disparu en 1976.

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